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AVANT-PROPOS

Depuis que le régime parlementaire existe, les communications de documents diplomatiques aux assemblées sont devenues chaque année plus fréquentes ; ils fournissent des renseignements utiles, mais incomplets. De môme qu'on faisait autrefois des éditions de livres à l'usage des Dauphins, on fait de nos jours des éditions de dépêches à l'usage des Chambres. Dans le premier cas, il s'agissait d'embellissements; dans le second, on a principalement en vue les retranchements. Tout ce qui peut donner naissance à des susceptibilités, refroidir les rapports, compromettre une négociation entamée ou nuire à celle qui

demeure encore à l'état de projet, est soigneusementet avec grande raison mis de côté. Plus tard, l'histoire reprend ses droits ; les esprits se calment, l'ardeur des polémiques s'affaiblit, les chances de froissement sont moindres, et le besoin d'exposer les faits sous leur véritable aspect domine toute autre considération. C'est alors que des pièces ou des fragments de pièces laissés primitivement dans l'ombre peuvent être produits. Il n'est pas rare que des comptes rendus envoyés sous l'impression du moment, des récits d'entretiens, des échanges de vues, les développements d'un thème, le ton d'une lettre, donnent, quand beaucoup d'années se sont écoulées, une base d'appréciation nouvelle.

Rien ne peint mieux une situation que les correspondances écrites au jour le jour dans le seul but de renseigner un ministre ou de tracer à un agent son plan de conduite. Les dépêches du temps, avec leurs répétitions ou leur obscurité, avec le développement que reçoivent de petits détails tellement oubliés qu'ils sont à peine compréhensibles, restent la source historique la meilleure.

Dès qu'on analyse les correspondances, elles perdent une partie de leur cachet. La pensée a comme l'individu un habillement qui est particulier à chaque époque, et qu'on doit respecter si l'on veut conserver à cette époque sa physionomie spéciale.

Un grand nombre des dépêches contenues dans le présent ouvrage et qui sont reproduites d'après le texte original n'ont jamais été publiées, d'autres ne Tout été que partiellement. Elles se rapportent à des sujets qui ont été souvent traités; mais toutes celles qui paraissent pour la première fois fourniront un complément d'informations sur des événements qui ont eu beaucoup de portée et sur le rôle des hommes qui y ont pris part. J'ajouterai que je n'ai pas entrepris ce travail sans m' être muni de l'assentiment du ministère des affaires étrangères.

Les relations extérieures d'un pays s'accommodent avec peine des changements de régimes et

de personnes dont nous avons pris l'habitude depuis un demi-siècle. Par suite de cette instabilité, la France sert difficilement de cadre à ces grandes existences diplomatiques dont le comte de Nesselrode, le prince de Metternich, lord Palmerston, le prince Gortchakoff ont été au dehors les types les plus saillants. On n'acquiert pas dans ces matières un crédit considérable sans les avoir maniées longtemps. L'homme d'État français qui, pour la génération actuelle, se rapprocherait le plus des types que je viens de citer est M. Drouyn de Lhuys. La diplomatie a été l'unité de sa vie; il a passé par tous les grades avant d'arriver aux premiers rangs. Son goût, ses aptitudes, l'extrême variété de ses connaissances l'attiraient vers les questions extérieures. Audessus des formes passagères des gouvernements ., il mettait notre rôle vis-à-vis des autres nations et cet ensemble d'intérêts permanents dont nos dissentiments intérieurs compliquent la gestion sans modifier l'essence. Pendant trente ans, sa maison a été le rendez-vous de toutes les personnes qui ont touché directement ou indirectement aux questions extérieures. Il était entouré et consulté

avec la même déférence par des hommes appartenant aux nuances d'opinion les plus diverses. Le portefeuille des affaires étrangères, quia été quatre fois entre ses mains, ne semblait jamais lui être retiré qu'à titre momentané. En quittant le pouvoir, M. Drouyn de Lhuys gardait toujours une incontestable autorité. Lorsque les agents du ministère des affaires étrangères n'avaient plus à recevoir ses ordres, ils venaient lui demander ses avis ou ses impressions.

Dans tous les événements importants qui se sont passés depuis l'avènement de la seconde République jusqu'à la chute de l'Empire, il a eu sa part d'influence. Mais je ne m'attacherai ici qu'aux grandes lignes de sa carrière. La vie d'un homme politique se résume ordinairement en quelques dates, parfois en une seule. Si l'on met ces dates en relief, on le fait mieux connaître; et cette tâche permet d'apporter sur des points dignes d'intérêt les éclaircissements qui résultent souvent des notes ou correspondances laissées par un personnage considérable. Il y a eu dans l'existence ministérielle de M. Drouyn de Lhuys quatre épisodes essentiels que je me propose de

traiter à l'exclusion de tous les autres : l'expédition de Rome, en 1849, qui semble appartenir à un autre âge; les conférences de Vienne, en 1855, qui ont marqué une des principales phases de la diplomatie impériale; la convention du 15 septembre 1864, par laquelle on essaya de concilier les intérêts du Saint-Siège et de l'Italie; enfin les négociations qui ont précédé ou suivi la bataille de Sadowa, en 1866, et dont les résultats ont si gravement pesé sur les destinées de la France.

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