‹ Direction chrétienneChapitre 22 sur 36 · PREMIER JOUR · texte numérisé non relu

PREMIER JOUR

Sur le peu de foi qu'il y a dans le monde.

Croyei-vous que le Fils de l'bomme, Tenant sur la terre, y trouvera de la foi?

(Luc, xvin,8.)

I . S'il y venait maintenant, en trouveraitil en nous? Où en sont les marques? Croyonsnous que cette vie n'est qu'un court passage à une meilleure? Pensons-nous qu'il faut souf-

frir avec Jésus-Christ, avant de régner avec lui? Regardons-nous le monde comme une figure trompeuse, et la mort comme l'entrée dans les vrais biens? Vivons-nous de la foi? Nous anime-t-elle ? Goûtons-nous les vérités éternelles qu'elle nous présente ? En nourrissons-nous notre âme avec le même soin que nous nourrissons notre corps des aliments qui lui conviennent? Nous accoutumons-nous à ne regarder toutes choses que selon la foi? Corrigeons-nous sur elle tous nos jugements? Hélas I bien loin de vivre de la foi, nous la faisons mourir dans notre esprit et dans notre cœur. Nous jugeons en païens, nous agissons de même. Qui croirait ce qu'il faut croire, ferait-il ce que nous faisons ?

II. Craignons que le royaume de Dieu ne nous soit ôté , et ne soit donné à d'autres qui en produiront mieux les fruits. Ce royaume de Dieu est la foi, quand elle est régnante et

SUJETS DE MÉDITATION 3o3

dominante au milieu de nous. Heureux qui a des yeux pour voir ce royaume I La chair et le sang n'en ont point. La sagesse de l'homme animal est aveugle lù-dessus et veut l'être. Ce que Dieu fait intérieurement lui est un songe. Pour voir les merveilles de ce royaume intérieur, il faut renaître, et pour renaître, il faut mourir. C'est ù quoi le monde ne peut consentir. Que le monde méprise donc, qu'il condamne , qu'il .«^c moque tant qu'il voudra; pour nous, mon Dieu , il nous est ordonné de croire et de goûter le don céleste. Nous voulons être du nombre de vos élus, et nous savons que personne ne peut en être sans conformer sa vie à ce que vous enseignez.

IP JOUR L'unique chemin du ciel.

Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite.

(MA.TTH. TU, 8.)

I. Ce n'est que par la violence qu'on entre dans le royaume de Dieu ; il faut l'emporter d'assaut comme une place assiégée. La porte en est étroite ; il faut mettre à la gêne le corps du péché ; il faut s'abaisser , se plier , se traîner , se faire petit. La grande porte où passe la foule, et qui se présente tout ouverte, mène à la perdition. Tous les chemins larges et unis doivent nous faire peur. Tandis que le monde nous rit et que notre voie nous

SUJETS DE MÉDITATION 3o5

semble douce, malheur à nousl Jamais nous ne sommes mieux pour l'autre vie que quand nous sommes mal pour celle-ci. Gardons-nous donc de suivre la multitude qui marche par une voie large et commode. Il faut chercher les .traces du petit nombre, les pas des Saints, les sentiers escarpés de la pénitence , grimper sur les rochers, gagner les lieux sûrs à la sueur de son visage , et s'attendre que le dernier pas de la vie sera encore un violent effort pour entrer dans la porte étroite de l'éternité.

II. Nous ne sommes prédestinés de Dieu que pour être conformes à l'image de son Fils , attachés comme lui sur une croix , renonçant comme lui aux plaisirs sensibles, contents comme lui dans les douleurs. Mais quel est notre aveuglement ! nous voudrions nous détacher de cette croix qui nous unit à notre Maître. Nous ne pouvons quitter la croix sans quitter Jésus crucifié. La croix et

3o6 DIRECTION CHRÉTIENNE

lui sont inséparables. Vivons donc et mourons avec lui qui est venu nous montrer le véritable chemin du ciel; et ne craignons rien, sinon de ne pas finir notre sacrifice sur le même autel où il a consommé le sien. Hélas! tous les efforts que nous tâchons de faire en cette vie ne sont que pour nous mettre plus au large , et pour nous éloigner de l'unique chemin du ciel.

Nous ne savons ce que nous faisons, nous ne comprenons pas que le mystère de la grâce joint la béatitude avec les larmes. Tout chemin qui nous mène à un trône est délicieux , fût-il hérissé d'épines. Tout chemin qui conduit à un précipice est effroyable , fût-il couvert de roses. On souffre dans la voie étroite, mais on espère ; on souffre , mais on voit les cieux ouverts ; on souffre , mais on veut souffrir ; on aime Dieu et l'on en est aimé.

?S^5yS^^?S^SS^5J5gfâ55îS^ffS^5

Page 1