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(9) Lettt'' <> *fnr lit- <^oi/?for/rv \ii i^
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en grande quantité, cliarge toujours l'estomac, mais s'il est faible, elle le ruine. Quand l'âme a quitté les concupiscences et qu'elle s'esJt purgée des affections mauvaises et imondaines, rctncontranl les objets spirituels et saints, comme toute affamée elle se remplit d«: tant de désirs et avec tant d'avidité qu'elle en est accablée. » Le Saint parle ici comme parlerait, de nos jours, un spécialiste de l'estomac. Encore un ( onseil aussi pratique sous le rapport de l'hygiène que sous celui de l'ascétisme.
Voici une indication précieuse ix>ur la santé du corps comme pour celle de l'âme (3) : « Les sentianents et douceurs peuvent être de l'ami ou l'ennenii, c'est-à-dire du malin ou du très bon. Quand Dieu \oit notre goût spiriituel affadi, il nous donne un petit peu de sauce, non afin que nous ne mangioiis que la sauce, mais afin qu'elle nous provoque à manger la viande solide. C'est donc une bonne marque quand on ne s'arrête pas aux sentiments, car le malin, donnant les sentiments, veut qu'on s'y arrête, el, qu'en ne mangeant que la sauce, notre estomac spirituel en soit affaibli et gâté petit à petit. »
Les lignes suivantes sont encore d'un excellent thérapeute (A) : « Les fièvres spirituelles, aussi bien que les corporelles, sont ordinairement suivies de plusieurs ressentiments qui sont utiles à celui qui guérit pour plusieurs raisons, mais particulièrement parce qu'ils consument les restes des humeurs peccantes qui avaient causés la maladie, afin qu'il n'en demeure pas un brin, et parce que cela nous remet
(3^ Ib., 164.
f4) Ib.. 202,
f:t psycBothkrapie des troubles nerveux 459
en niénioire le mal passé pour laire craindre de la rechute, à laquelle bien souvent nous nous porterions par trop de licence et de liberté si les ressentinients, comme menaces, ne nous retenaient en bride ])our nous faire prendre garde à nous jusqu'à ce que notre santé soit bien confirmée. » Un des points sur lesquels les médiM:ins sont d'accord est le besoin de maîtriser, chez les convalescents, leur ardeur à reprendre la vie habituelle avant d'avoir recouvré toutes leurs forces.
Quel esprit d'observa'tioai dans ce passage d'une lettre relative aux vains désirs qui portent évoques et ])ersoimes mari(''es à vouloir être ce qu'ils ne peuvent être (5) : « Ceux qui ont la fièvre ne trouvent nulle place bonne; ils n'ont pas demeuré un quart d'heure en un lit qu'ils voudraient être en im autre : ce n'est pas le lit qui en peut inais, c'est la fièvre qui les tourmente partout. Une jxrsonne qui n'a point la fièvre, de la propre volonté se contente de tout pourvu que Dieu soit servi. »
Après avoir aimabkMnent reproché à l'une de ses filles spirituelles l'illusion ou elle est de ne pouvoir trouver, en dehors de sa direction, les lumières et douceurs nécessaires à son âme, François tle Sales écrit (0) : « î/opinion que vous avez de n? devoir recevoir allégement de Dieu que par moi est une pure tentation de celui qui a coutume de nous mettre Jes objets éloignés en considération pour nous ôter l'usage de ceux qui nous sont présents. C'p^t une maladie d'esprit à ceux qui sont malades
(5) Ib.. 349.
(6) Ib., 181
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au corps de désirer les médecins éloignés et les préférer à ceux qui sont présents. Il ne faut désirer les choses impossibles, ni bâtir sur les difficiles et incertaines. » A lire ces lignes, on comprend quelle importance François de Sales attachait à la psychothérapie et quel merveilleux usage il en aurait fait s'il se fut adonné à la médecine.
Au sujet des devoirs d'état de la A^ie ordinaire que l'on est trop enclin à négliger pour courir après un héroïsme chimérique, l'Evéque de Genève écrit (7) : {( Allons terre à terre puisque la haute mer nous fait tourner la tête et nous donne des convulsions. Pratiquons certaines petites vertus propres pour notre petitesse. A petit mercier, petit panier.»
Rappelons enfin l'histoire déjà citée, que narre François de Sales avec autant de simplicité que d'humour. L'objet en est une imaginaire grossesse de quatorze mois qui se termina, après tout un jo^ar et toute une nuit de cris et de souffrances, par un imaginaire enfantement. A s'en rapporter à ses serments — remarque imalicieusement le Saint (8) — on eut cru que cette femme apparentée à François était mère sans aA^oir mis au monde aucun enfant.
Comme le lecteur a pu le constater au cours de cet ouvrage, le grand directeur savoisien fait preuve en maintes occasions de savoir médical et d'esprit scientifique. Il faut citer à nouveau les lignes suivantes tant elles révèlent, chez François de Sales, une mentalité de spécialiste des troubles nerveux, et de spécialiste remarquable, a^i leur date ancienne de
(9) Lettre à la Mère de Chastel, xviii. 327.
ET PSYCHOTHÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX /|(jl
trois siècles (9). a J'avais oublié de dire que les visions et révélations de cette fille ne doivent pas être trouvées étranges, parce que la facilité et tendreté d(3 l'iniagination dos filles les rend beaucoup plus susceptibles de ces illusions que les hommes : c'est pourquoi leur sexe est plus adonné à la créance des songes, à la crainte des esprits et à la crédulité des superstitions. Il leur est souvent avis qu'elles voient ce qu'elles ne voient pas, qu'elles oyent ce qu'elles n'oyent point et qu'elles sentent ce qu'elles ne sentent j)oint. » Un disciple de Cliarcot ,de Bernheim ou de Sicard ne s'exprimerait pas différemment.
Très intéressants aussi les conseils suivants donnés à la Mère de Monthoux (lo) : (( Il n'y a nul mal de demander aux novices comme elles se portent, mois quand elles marquent des maux de nulle conséquence, il ne faut pas les attendrir, mais simplement leur dire : Vous serez bientôt guérie, Dieu aidant, puisque, ?» la vérité, le sexe est merveilleusement enclin à se plaindre ou A désirer d'être plaint. » I^idemment, ce n'est plus li\ seulement de la direction de conscience, c'est de la i>sychotliérapie, et de la meilleure. Personne n'en fait aujourd'hui avec plus de discernement, d'à-propos et de tact.
Hapi>e|ryns le ras non moins instructif de saint N'incent df Paul portant «^ur uik^ [)rétenduo possiklée, Mlle Dalvie, le jugement suivant (ii). C'est une personne (( d'esprit fort bon et solide, incomparablement au-del?i du commun de<^ filles, mais un {vu mé-
(10) r.rttre A ta Mèrr dr .VonfTiot/r. xtx. 376
(11) FMtrc (l M. N.. 1630.
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lajicoliquc ot celle humeur mélancolique la travaille )). Est-ce le jugement d'un théologien ou le diagnostic d'un spécialiste des psychoné^roses ? A. lexeimple de leurs célèbres devanciers, les grands direcl-eurs contemporains s'intéressent aux problèmes médicaux en connexion avec la morale, comme l'est tout ce qui touche aux affections nerveuses. L'intérêt qu'ils y prennent va croissant à mesure qu'est mieux définie la part d'inconscience des névrosés et ixir suite leur irresponsabilité relative.
Une autre cause pousse les maîtres de la spiritualité vers l'étude des psychoné^TOses, c'est qu'elle aide beaucoup à l'intelligence de certains phénomènes de la vie mystique. Aussi tient-elle mie place de plus en plus laj-ge dans les récentes publications sur le mysticisme, telles que Les grâces d'oi'aison du Père Poulain.
Avant d'aborder la question si pratique de la collaboration effective entre prêtres et médecins, il importe d'examiner si les spécialistes des troubles nerveux n'auraient . pas quelques raisons particulières de s'instruire des diverses méthodes suivies dans la direction de conscience. Puisque leur spécialité les oblige à mieux connaître le cœur humain que leurs confrères en médecine ne le connaissent, ils auraient tort de ne point se renseigner auprès de ceux qui peuvent leur fournir sur ce sujet la documentation la plus complète. Quelle négligence coupable de leur part s'ils ne recouraient à l'expérience de tant
ET PSYCnOTnÉRAPTE DES TROUBLES NERVEUX hC)"}
d'iiomiiies qui ont employé une portie notable de leur vie à sond-er le cœur humain aGn d'en découvrir les ressourc^^ et les misères, les penchants et les ruses.
Quelle sourcxî inépuisable de données de toutes espèces sur notre psychologie que la correspondance d'un Bossuet, d'un Vincent de Paul, d'un François (]'.' Sales et do tant d'autres direrleurs célèbres I Ces lenseigneTnenls ont une valeur d'^ïutant plus grande qu'ils ne reposent ni sur des sentiments personnels, mi sur d'ingénieuses hypothèses, mais sur des faits réels et précis. Là se trouvent consignées des observations sans nombre sur les points les plus divers de la psychologie et de la morale. L'exposé en est clair, généralement détaillé, d'ordinaire rédigé le jour même et toujours fait avec un grand souci d'exactitude. Les spécialistes des psychonévroses, qui n'exploitent pas une telle mine, mo fooit l'effet d'historiens qui n'utiliseraient Tii les dé})ôts d'archives, ni les innombrables analyses de documents faites par les chartistes. Ces médecins interrogent la famille du malade ot ses amis intimes, s'ils en ont l'occasion. Par ce moyen ils reruoillent quelques indications sur l'état mental et moral du nouveau venu, mais faites par des personnt^ inromiVtrntes et pirtiales, elles sont souvent erronées ou [mil au moins inexactes, imprécises.
La plupart du temps, le praticien, après cette première encpi^le, aurait intérêt h la compléter et à l.i corriger en s'inspirant des observations laissées par les grands directeurs s\ir des personnes d'ilge, df> j>rofession et de milieu social analogues ù ceux du
malade. Tel spécialiste, par exemple, dont la clientèle se recrute surtout dans le monde féminin, s'initierait, à l'école de saint François de Sales, aux mystères de l'âme d'Eve, à ses bons et à ses mauvais côtés, à sa manière de penser, de sentir ei d'agir si différente de celle de l'homme. Dirigé par un tel guide, son coup d'œil deviendrait plus pénétrant et plus sûr. Il en serait de même pour celui dont les malades appartiendraient à la noblesse ou à Il haute bourgeoisie. Comme les maîtres de l'ascétisme ont eu des fils spirituels de tout âge, de tout(î profession ou métier et. de tout rang social, il n'€st pas une classe de la société dont ils n'aient connu à fond la mentalité, les passions et le caractère.
Un autre motif pour le praticien neurologue de ne pas faire fi de la direction de conscience est i.i place importante qu'occupe le sentiment religieux dans la psychologie de l'homime en général et surtout du névrosé. En dehors des chrétiens convaincus, combien de personnes sont pins chrétiennes de mentalité qu'elles ne le pensent, par suite de l'hérédité et de l'influence du milieu. L'air où nous vivons en France est saturé de christianisme. Une chose certaine est qu'en bien des cas il suffirait au médecin d'avoir quelques notions nettes sur la religion catholique, pour ramener le calme dans certains esprits.
Appelé à faire ce que Dubois nomme des sermons laïques, le spécialiste trouverait dans l'œuvre immense et si variée des grands directeurs de quoi alimenter son éloquence de la onanière la plus substantielle et la plus pratique. Et si dans cette œuvre
i! est des pages qui détonneraient presque sur des lèvres profanes, il en est plusieurs qui peuvent se trouver dans toutes les bouches. A côté de considérations pieuses, combien d'avis acceptables par tout homme sage et de bon sens! 11 s'en rencontre souvent, et il en a cité plusieurs dûs à la plume de saint Bernard et de saint Thomas d'Aquin, de saint François de Sales et du bon M. Vincent, comme à celle du Père Lillemand et du Vénérable Libermann, de sainte Thérèse et de sainte Catherine de Sienne.
Un médecin aurait à entretenir fréquemment ses malades d'altruisme, et il ne consulterait pas les auteurs qui ont traité ce sujet avec le plus de profondeur et d'entliousiasme en même temps que de sens pratique ! Le christianianisme n'est -il pas \.\ nieillcure école d'oubli de soi et de désintéressement absolu? La Croix n'est -elle pas l'expression par excellence d'un dévouement sans borne et d'une infinie ];ortéc? Ce médecin est tout spécialiste des psychonévroses si l'on s'en rapporte à ce qu'écrit le prof(s>eur Dubois à propos de la guérison d'une jeune finmie névrosée (12) : « Peu à peu laissant dans 1 ombre toutes les manifestations du nervosisme, j osai aborder les questions générales de morale, de philosophie |>ratique. Je n'hésitai pas à lui faire toucher du doigt l'égoïsme maladif dans lequel clic vivait toujours préoccupée de son bicn-cHrc. J'orientai sa pensée dans le sens altruisl<\ lui conseillant de se souvenir des siens, de son excellent mari et <le ses enfants. »
(ta) Les Psychonévrones, 508.
D'après le professeur de Berne, des cas semiblables sont assez cooimuns. (( Souvent — observe-t-il eu citant plusieurs exemples (i3) — l'esprit de contradiction des malades et leur amour-propre s'opposent à leur guérison. )) Quel antidote de premier ordre contre cet amour-propre que telles ou itelles lettres de saint François de Sales et de saint Vincent de Paul I Leur clarté, leur naturel et leur tour imaginatii sont propres à les rendre d'un© utilité générale. D'ordinaire, elles seraient tout de suite comprises et goûtées.
Aux yeux du spécialiste des troubles nerveux, une dernière raison inilite en faveur de la direction de conscience. Comment s'en désintéresserait-il alors que le plus sublime objet dont elle s'occupe, la mystique, est en connexion avec les psychonévroses. A se maintenir sur le terrain scientifique et dans les limites de sa spécialité, il puisera, par exemple, dans l'œuvre de saint Jean de la Croix ou de sainte Thérèse d'intéressantes indications pour ses chères études. Il en recueillerait beaucoup d'autres dans l'histoire et les écrits des gTa.ndes mystiques françaises du dix-septième siècle. Suivant Henri Brémond (i4V (( pour Jeanne de la Nativité et pour Armelle, la psychologie naturelle et surnaturelle n'a pas de secrets. )) A propos de l'autobiographie de la fameuse Sœur Jeanne des Anges et de V affaire de Loudun, e professeur Charcot écrit : « Les nosographes y trouvent un luxe de détails instructifs que l'on cherche-
(13) Ib., 419 et sulT.
(14) H. Brémoncl, Hist. Utt. du sentiment religieux en France, v, 137.
rait souvent en vain dans les observations médicalcb les plus modernes (i5). »
Sous quelles formes et dans quelle mesure se fait lu collaboration entre le tliéra})eute de l'âme et celui du corps? Le pràtre seconde le médecin dans sou ingrat labeur en recommandant à ses dirigés de lui obéir. C'est ce que font en général les grands directeurs. Fénelon exhorte plusieurs dames à suivre a\ec simplicité les avis médicaux qui leur sont donnes par des hommes compétents (iG). Bossuet, Vincent de Paul ot t<int d'autres font de semblables recommandations. Aucun n'y revient pourtajit avec plus d'insistance que saint François de Sales : « Obéisse-? bien aux médecins quand ils vous défendront quelque exercice de jeûne ou d'oraison mentale — écrit-il à Mme Bourgeois (17) — demeurez ferme à ne poinL dire vos heures, ni l'offic-e, tant que les médecin»; vous diront que le refait vous serait dommageable. » Cette parfaite obéissiince, le Saint l'exige de toutes si^s filles spirituelles, de la Mère Chantai comme de 1.1 Mère Bréchard, de l'irascible Mme des Gouffiers comme de la timide Sœur de Soulfoiir et de la très noble «dame de La Flérhère. Lni-méme prêche d'exemple. Malgré le plaisir qu'il éprouve à corxespondro avec la célèbre Angélique Arnaud, il arrête aiet sa lettre et voici le motif qu'il en donne h sa
(15) Ih., 903.
(16) Lettres d det ilnmes. t7 Juin t690, 15 févrlM- 171t.
(17) Leltrt d .V//ic Bourgeois, xin. .?9. 93.
/^bS blUECTlON DE CONSCIENCE
correspondanle (i8) : ((Je ne sais pourquoi je vous écris si largement, c'est mon cœur qui ne se lasse pas de parler au vôtre, mais il faut que je finisse pour entrer au bain, puisque je suis entre les mains du njédecin. »
Une autre :manière pour le directeur spirituel de collaborer à l'œuvre bienfaisante du thérapeute est de défendre à leurs pénitents tout acte préjudiciable à leur sanité, toute dépense exagérée de forces physiques. Sous l'empire de ce sentiment, Bos&uet écrit à la Sœur Carnuau (i9) loujours portée à aller audelà de ce qu'elle peut : (( Prenez garde à ménager votre santé et à ne vous point pousser à bout : cela est d'une extrême conséquence, parce qu'enfin, à force de faire, on se réduit à ne rien faire. » Ce conseil pratique pour toutes les natures ardentes, l'est surtout pour celles prédisposées à quelque psychonévrose.
Fénelon, en un style moins simple et moins nerveux, fait les mêmes recommandations à ses filles spirituelles. (( La vie intérieure amortit l'extérieure -- écrit-il à la Comtesse de Montberon (20) — et cause souvent une espèce de langueur. Votre faible santé a besoin d'être épargnée, et votre vivacité est à craindre, même dans le bien. » Dans une autre lettre, l'archevêque de Cambrai exhorte l'anémique Comtesse à prendre comimei nourriture eit distractions tout ce qui peut favoriser son somimeil et augmeroter son appétit (21).
(18) Lettre à Angélique Arnaud, xviii, 390-391.
(19) Lettre à Sœur Comuau, Germigny, u juin 1693.
(20) Lettre à la Comtesse de Montberon, 16 avïll 1700.
(21) II)., Cambrai, 30 juillet 1701.
ET PSYCHOTIItRAPir: DES THOUBLES NERVEUX ^69
Toujours soucieux du bien-être physique et moral de ses dirigés, Fénelon donne à une jeune agitée les conseils suivants (23; : « Quand on se laisse aller à la vivacité de son naturel, on parle sans fin, on fait mille rcilexions subtiles et superflues, on craint toujoui-s de ne parler et de n'agir pas assez, on s'échauffe, on s'épuise, on se passionne, on se dissipe et rien n'avance. Votre tempérament a un besoin infini de ces maximes. KUe^ ne sont guère moins nécessaires à votre corps qu'à votre âme : votre médecin doit ôtre là-dessus d'accord avec votre directeur. Laissez couler l'eau sous les poftts, laissez les hommes être hommes, c'est-à-dire faibles, vains, inconstants, injustes, faux et présomp tuoux. Lai.ssoz chacun suivre son naturel et ses habitudes. Contentez-vous de faire sans ardeur le pou qui dépend de vous, que tout le reste soit pour vous comme s'il n'était ixis. u En fait de psychothérapie, est-il possible de trouver (pielque chose de mieux à dire où d'écrire.^ »
Les lignes suivanle.s montrent la connaissance pratique qu'avait Fénclon de l'influence du physique sur le moral. Problème d'un intérêt plus vif encore pour le spécialiste des troubles nen'eux (a3) : « On peut dire de la p<'»ix du <*œur ce que le Sage dit ie la sagesse : Tous les bieris viennent avec elle. ^'unc certaine fidélité simple et tranquille dépendent lo sommeil, l'nppt'^tit, les digestions, la vi^'ueur pour les jjronie-nades. S'il ne vous est pws permis do \ous
(M) r.cltrr à f/nr Ht'mnifclUi vivant pieusnnfnt dont !C monde {%s\jiê (lat«.)
(93) Lettn (i Mnir tic Montbcron, février 1703.
tuer, tournez votre scrupule contre vos scrupules mêmes, qui vous tuent manifestement. Voilà qui peut être dit aux scrupuleux par le médecin traitant aussi bien que par le directeur de conscience.
A l'exemple de Fénelon et de Bossuet, saint Vincent de Paul étend sa sollicitude sur le corps et l'âme de ses enfants spirituels : « Vous voilà arrivée en bonne santé — écrit-il à Mlle Legras, (2/O comme Bossuet à Sœur Comuau — ayez soin de la conserver pour l'amour de Notre-Seigneur et de ses pauvres membres, et prenez garde de n'en pas faire trop. C'est une ruse du diable dont il trompe les bonnes âmes que de les inciter à faire plus qu'elles ne peuvent, afin qu'elles ne puissent rien faire ; et l'esprit de Dieu incite doucement à faire le bien que raisonnablement on j>eut faire afin qu'on le fasse persévéramment et longueanent. »
Un médecin intelligent n'exprimerait pas autrement sa pensée que ne l'exprime le bon M. Vincent dans la lettre suivante adressée au Supérieur des Ptêtres de la Mission à Rome (25) : « Puisque vous savez le moyen de vous porter mieux, au nom du ciel, ser^^ez-vous-en : n'entreprenez rien par-dessus vos forces, ne vous empressez point, ne prenez pas trop les choses à cœur, allez doucement, ne vous appliquez ni longtemps, ni fortement, et enfin déchargez-vous de toute autre chose que de la direction et de ce que vous pourrez faire par divertissement, n Ces avertissements, quiconque a fréquenté les cli-
(24) Lettre à Mlle Legras. Paris, 7 déc. 1630.
(25) Lettre à M. Aimeras, Supérieur de la Mission à Rome, 13 janvier 1650.
niques de névrosés les a entendu faire |>aT les docteurs prescpie dans les mêmes termes.
Cette lettre de saint Vincent aux Soeurs de Charité, en train de se reposer de leurs fatignes au Valpuiseau, est tout ensemble d'un père et d'un médecin (26) : (( Je reviens à vous, mes Sœurs, pour vous prier de rechef d'avoir prand soin de recouvrer vos forces perdues : ne vous pressez pas de travailler, remettez-vous bien auparavant. Vous êtes à présent comme dans un désert (car je regarde le Valpuiseau comme cela) ; mais souvenez-vous que Notre-Seigneur a lui-même honoré la solitude. Or ce nous est toujours de bénédiction de nous trouver dans les états par lesquels Notre-Soâgneur a passé. » I^e bon M. Vincent connaissant l'ardeur apostolique de ses saintes correspondantes, se sert de considérations surnaturelles appropriées à leur situation présente pour les engager à prendre sans scrupule un repos qui leur est nécessaire.
Pour la vsollicitude de François de Sales au sujet de la santé de ses filles spirituelles, que le lecteur veuille bien se reporter au chapitre sur la pénétra- Mon psycholoq-jqiie des grands directeurs de conscience. Il y verra le Saint se préoccuper du surmenvTge phvsique de la M^re de Rréchard, de l'état d'insomnie et d'inappétence d '.Angélique .\maud, des maux de tête de Mme Bourgeois, de la com plexion délicate de Mme de Mieu^ry, des austérité*; trop grandes de Mme de Chantai, de ses veilles pro longées jusqu'il minuit et au de\h, enfin des longues
m) r.rttrr aux firrurf dr la Charité au ValV'tf'fOu. 93 Jtiln
heures qu'elle passe à g-eiioux. 11 y lira encore le? recoiiiniandalions de François aux Suipéxieures touchaivL les soins particuliers à donner aux \ieillcs Sœurs et aux novices.
La correspondance du fondateur de la Visitatioai, comme celle de saint Vincent de Paul, est, pour ainsi dire, un manuel d'hygiène morale et physique. Elle pourrait être intitulée : l'art de se bien porter et quant à Tâmc et quant au corps. Jamais médecin ne releva le moral de ses malades d'une voix plus douce et plus paternelle, il faudrait dire maternelle, que François écrivant à ?vlme de Chantai encore souffrante (27) : (( Bonsoir, ma mienne très chère Fille mais bonsoir million de fois. Conservez-vous doucement ot prenez le repos requis à votre corps. »
Les directeurs de conscience collaborent plus acllvement avec les spécialistes des psychonévroses de diverses manières. Les uns usent de leur autorité pour décider certains malades à recourir à leur compétence alors que ces malades ne s'y décideraient j aimais d'eux-mêmes et qu'il n'est personne dans leur entourage pour prendre cotte décision à leur place. Les autres, par leur pénétration psychologique et leurs connaissances médicales, découvrent chez leurs dirigés une neurasthénie, une hystérie ou quelqu 'autre affection nerveuse inconnue des intéressés et de leurs familles. Il en est d'autres enfin qui ont assez
(27) Lettre û la Mère de Chantai, xv, 138-139.
LT PSYCHOrnÉKAPIE DES THOL'BLÊS NERVEUX l^"]'}
d'influence sur un malade pour en obtenir certain:? actes nécessaires à sa guérison, et que le médecin traitant désespérait de leur faire faire. Citons encore des prêtres qui, après avoir été traités eux-mêmes, ont appliqué à d'autres, avec succès les procédés auxquels ils devaient leur propre délivrance.
Voici en quels termes le professeur Dubois reconnaît cette collaboration : u J'ai vu des prêtres catholiques répéter sous une autre forme ce que, dans le cours d'un traitement, j'avais souvent dit à mes malades et me seconder dans mon œuvre mieux que ne l'aurait pu faire maint confrère (28).
•( 11 n'est pas rare que de< malades guéris par la psjcholliérapie sachent iiilluciicer à leur tour d'autres sujets, et je cormais un de mes clients, un Jésuite qui a déjà à son actif plusieurs guérisons (39). n
Il est intéressant de rapprocher de ces deux témoignages la page suivante où le neurologue de Berne constate et discute l'action curativo des croyances religieuses dans le vaste domaine de la psychothérapie (3o) : (( La foi religieuse pourrait être le meilleur préservatif contre les psychonévroses et le plus puissant moyen pour les guérir, si elle était •îssoz vivante pour créer chez ses adeptes un vrai stoïcisme cliréticn. Dans cet état d'âme, hélas si rare dans les milieux bien pensants, l'homme devient invulnérable. Se sentant soutenu p.ir Dieu, il ne rroin^ ni la maladie, ni la mort. 11 peut succomber sous les coufjs d'une maladie j)hy5ifiue, mais mora
(28) T.cs PfUcftOn^'irOfrf. 40 (-29) 10 . i'M.
47/i DIRECTION DE CONSCIENCE
•lement il reste debout au milieu de la souffrance ; il est inaccessible aux émotions pusillanimes des nécrosés. J'ai vu des Chrétiens protestants accepter !a vie la plus dure, les maladies les plus pénibles, envisager avec sérénité la certitude de leur fin prochaine, sans chercher même à échapper à leur inéluctable destinée en demandant les secours de la médecine ; ils savaient souffrir joyeusement. J'ai éprouvé une sympathie émue pour un pauvre missionnaire catholique à qui je conseillais de ne plus retourner dans le climat meurtrier de l'Afrique et qui me répon" dait avec un sourire angélique : J'y retournerai, Docteur, c'est mon devoir, c'est ma vie ! Ce christianisme là fait les saints et les martyrs. Il est fâcheux que ce ne soit pas ce courage moral que les religions développent. Sans doute, de nombreux prêtres de toute religion ont écrit d'admirables livres sur (( l'art de vivre » et leurs conseils s'accordent pleinement avec les vues que suscite la pensée philosophique. Il serait facile de profiter du culte, des fêtes religieuses, pour réveiller la ferveur et entraîner dans cette vie spirituelle ces âmes aveulies par les préoccupations (matérielles. Mais on n'y songe guère dans les milieux dirigeants des églises, et c'est aux puérils miracles que l'on recourt. Chez les protestants, on guérit par l'imposition des mains et par cette prière presque sacrilège qui consiste à demander à Dieu des faveurs. Dans le catholicisme, rattouchement de certaines reliques suffit et Lourdes est devenu le lieu de pèlerinage le plus fréquenté... »
L'exagération manifeste de ces jugements sur la foi chrétienne les rend à priori suspects parce qu'ell<i
ET PSYCHOTHÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX l^']b
iiionlro qu'au lieu d'être le résultat d'une étude sérieuse et rai:>année, comme ils devraient l'être, ils sont l'ellet d'une vue rapide et d'une impression personnelle. D'ailleurs, dès les premiers mots, le professeur Dubois montre son inintelligence du christianisme en rapprochant la résignation et l'amour de la souifrance, enseignés par le Christ, du stoïcisme avec lequel ils contrastent de toutes manières.
Pourquoi ne constater l'action foi'tiliante de la foi qu'en des âimes héroïques, alors qu'elle se fait ausM sentir, mais à un degré moindre, chez un nombre incalculable d'hommes de vertu moyenne. Entre ces chrétiens si désintéressés de leur vie qui nous sont proposés ici en exemple et ceux sur lesquels la Religion n'exerce aucune influence, se trouvent d'innombrables personnes qui puisent dans leurs croyances religieuses une certaine force morale. Sans doute, elle n'est pas génératrice d'héroïsme comme chez le missionnaire en question, mais elle produit chez celui-ci une {K-ur moins grande de la souffrance, chez celui-là un commcnjcement d'apaisement intérieur, chez cet autie une conception plus généreuse do la vie et des devoirs qu'elle impose. Sans guérir les névrosés, la foi contribue plus ou moins à la guérison de plusieurs en les aidant à redevenir maîtres d'eux-mêmes, en leur faisant voir dans le traitement qu'il leur faut suivre l'expression de la volonté divine.
L'erreur capitale de Dul>ois est de réduire le protestantisme et le catholicisme à l'une de leurs parties le» moins imiK)rtantes. (>>ntraireiment à son affinnation, les protestants attactient une imi>ortance biMU-
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coup plus grande à la lectuie de la Bible, et inêrrio généralement aux prêches de leurs pasteurs, qu'à l'imposition des mains où à telle autre pratique cultuelle.
Quant aux calhollques, Dubois semble ignorer que Notre-Dame de Lourdes, loin d'èlre l'essentiel de leur religion, est une forme de dévotion qu'ils ne sont pas tenus d'admettre, pourvu toutefois qu'ils ne la méprisent point, forme d'ailleurs que certains catholiques, tout en la respectant chez les autres, n'admettent pas personnellement. N'en déplaise au professeur de Berne, V attouchement de certaines reliques et Lourdes ne jouent qu'un rôle ctccessoirc dans lu vie chrétienne en comparaison de l'assistance au Saint-Sacrifice, de la réception des sacre-ments et de la direction spirituelle. Le présent ouvrage montre quel réconfort moral trouvent, auprès de leurs directeurs, les fidèles en général et particulièrement ceux atteints de psychonévrose.
A la fin de ce chapitre, il importe de citer quelques cas d'une collaboration immédiate et directe entre prêtres et spécialistes des troubles nerveux. Dans les derniers mois de i93o, un neurasthénique de dixneuf ans fut confié par sa famille aux soins du docteur D'Espiney. Traité sans résultat depuis deux ans par divers médecins, ce jeune homme désespérant de guérir ne voulut pas se soumettre aux exercices de la méthode Yittoz, et malgré les explications et les bonnes paroles de son nouveau thérapeute, il s'obstina
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à n'en vouloir faire aucun. BiciUoL même, il s'enferma dans sa chambre, déclarant aux siens qu'il n'en sortirait plus. Appelé en toute hâte, le dpctcur d'Espiney ne put le faire r«^vcnir sur s^i décision. C'est alors que ce praticien pria les parents de le mettre en rapport avec le directeur du jeune homme. Sur les conseils du médecin, l'ecclésiastique s'instruisit si bien des procédés de la molhode Viltoz qu'il fut bientôt capable d'expliquer la nature et l 'utilité d(^ actes cons^:ients, de la <;oncentration et des actes de volonté. Comme les explications tombaient des lèvres de son père spirituel, elles furent, cette fois, écoutées religieusement par le malade qui finit par se résoudre à suivre le traitement, dont il ne tarda guère à expérimenter l'action curative.
I^ docteur d'Esj^iney m'a cité encore le cas d'un? j( une fille de vingt-six ans qui trouva seulement dans les exhortations de son directeur la force de f^'ire les actes de volonté requis pour la Lniérison de s'i psychonévrose. C'est aussi par ce moyen, que le praticien lyonnais eut raison, chez imc de ses clientes, de vomissements d'oriirine nen'euse, déjà anciens de deux ans et davantage.
Plus inléressnnts encore sont les ca<î, dont m'a entretenu le célèbre dorteur \ iltoz, de I^iusanne. Plusieurs névrosés — m'a-t-il dit en propres termes — dont la vie reliîrieu<^e était extrêmement nfr.îililie, sinon éteinte. ;i l.i suite de mon traite(Tnent, ont recouvré, avec la libération de îeui's maux d'ordre psychique, l'ancienne vijrueur de l<Mirs premières croyances ; d'autres ont reconnu y avoir puisé un renouveau do ferveur. De ce nombre sont des rrli-
gieuses de diverses congrégations et des membres du clergé régulier et séculier.
Poujr que la collaboration entre directeurs de conscience et spécialistes des troubles nerveux prenne une extension de plus en plus considérable, deux points sont requis : de la part des médecins, une largeur d'esprit plus grand© encoi^e avec une compréhension meilloure de la direction spirituelle ; de la part des prêtres, une étude plus approfondie de h psychologie et de la psychothérapie.
Les Bruyères de Marnand, 15 août 1921.
TAliLK DES MATIl-HIS
PiiÉFACE par le D' Vittoz i