‹ Direction pour la conscience d'un jeune homme pendant son educationChapitre 110 sur 128 · T JOUR · texte numérisé non relu

T JOUR

De l'avanceaient dans la vertu.

Si nous plaçons uniquement le progrès de la vie chrétienne dans les observances extérieures , notre dévotion sera de peu de durée.

Mettons donc la cognée à la racine de l'arbre, afin que, dégagés des passions, nous possédions notre âme en paix.

236 LECTURES OU Ml^.DITATIONS.

Si nous déracinions chaque année un seul vice, bientôt nous serions parfaits.

Mais nous sentons souvent , au contraire , que nous étions meilleurs et que notre vie était plus pure lorsque nous commençâmes à servir Dieu qu'après plusieurs années de conversion.

Nous devons croître chaque jour en ferveur et en vertu, et maintenant on compte pour beaucoup d'avoir conservé après quelques années unepartiedesa ferveur.

Si nous nous faisions d'abord un peu de violence, nous pourrions tout faire ensuite aisément et avec joie.

Résitez dès le commencement à votre inclination , rompez sans aucun retard toute habitude mauvaise, de peur que peu à peu elle ne vous engage dans de plus grandes difficultés.

RÉFLEXION

Ce chapitre renferme trois avis importants sur lesquels je désire spécialement fixer votre attention.

1° Il ne faut pas placer uniquement le progrès de la vie chrétienne dans les pi^atiques extérieures. On peut dire que la piété est comme Thomme lui-même, composée d'un corps et d'une âme. Par le corps de la piété, on entend tout ce qui paraît au dehors, comme sont les mots que l'on prononce dans la prière, la posture que l'on garde, les actes de vertu que l'on fait. Par l'âme de la piété on désigne l'esprit qui nous anime et nous dirige, comme l'intention , la volonté. Pour que l'homme soit complet, il faut qu'il ait un corps et une âme. Otez l'âme, vous n'avez plus qu'un cadavre"; ôîez le corps, vous n'avez plus un homme. Aidez-vous donc, mon enfant, des pratiques extérieures, mais vivifiez ces pratiques par la pureté de votre intention.

vi' JOUR. 237

Si nous déracinions chaque année un seul vice nous serions bientôt parfaits, Avez-vous quelquefois consiléré un bûcheron abattant un arbre ? il ne le renverse 3as du premier coup de hache, mais chaque coup enève une partie de ses racines. Ainsi de nos mauvaises iiabitudes. Tout cède au courage et à la persévérance.

Résistez dès le commencement à votre inclination maumise. Voilà une maxime qu'il faudrait écrire en lettres l'or. Lorsque le feu prend à une maison, le maître at- ;end-il pour l'éteindre que la flamgfie ait fait des p#o- ^rès ? il l'étouffé dès qu'elle paraît. Oh ! combien auraient triomphé de l'incendie des passions, s'ils avaient 3U la précaution d*en arrêter la première étincelle !

VP JOUR.

Des tentations.

Tant que nous vivons ici-bas nous ne pouvons être exempts de tentations et d'épreuves.

C'est pourquoi il est écrit au livre de Job : La tentation est la vie de l'homme sur la terre.

Chacun devrait donc être toujours en garde contre les tentations qui l'assiègent , et veiller et prier , pour ne pas laisser lieu aux surprises du démon, qui ne dort jamais et tourne de tous côtés , cherchant quelqu'un pour le dévorer.

Il n'est point d'homme si parfait et si saint, qui n'ait quelquefois des tentations; et nous ne pouvons en être entièrement aff'ranchis.

Mais, quoique importunes et pénibles, elles ne laissent pas d'être souvent très-utiles à l'homme, parce qu'elles l'humilient, le purifient et l'instruisent.

238 LKCTURES OU MÉDITATIONS.

Tous les saints ont passé par beaucoup de tentations et de souffrances, et c'est par cette voie qu'ils ont avancé; mais ceux qui n'ont pu soutenir ces épreuves , Dieu les a réprouvés, et ils ont défailli dans la route du salut.

Celui qui, sans arracher la racine du mal, évite seulement les occasions extérieures, avancera peu: au contraire, les tentations reviennent à lui plus promptement et plus violentes.

• RÉFLEXION

Vous savez, mon enfant, que l'homme en sortant des mains de Dieu était droit et innocent.

Avec cette droiture dans l'esprit et cette innocence dans le cœur, il était exempt des funestes conséquences du péché que nous subissons, l'égarement et la concupiscence, c'est-à-dire la pente vers le mal.

Dieu, cependant, voulut créer nos premiers parents avec la liberté, qui n'est autre chose que le pouvoir de choisir le bien ou de préférer le mal.

La liberté ne fut pas dans le dessein de Dieu un présent funeste : car ce qui fait le mérite de la vertu, c'est l'effort que l'homme s'impose pour la pratiquer.

Otez la liberté, vous ôtez la gloire de l'honmie.

Vous en faites une machine ou un aveugle instrument.

Que diriez-vous, si je donnais une récompense, la croix d'honneur par exemple, à un arbre qui aurait porté beaucoup de fruits?

Mon fils, vous n'êtes pas un arbre; vous êtes un homme, vous êtes libre.

Vous avez donc la faculté de choisir entre ce qui est selon l'ordre ou ce qui est contre l'ordre.

vir JOUR. 239

Vous serez tenté. La vie est une grande et longue entation. Tentation d'orgueil, d'ambition, d'avarice, ie volupté, de colère, d'intempérance, de paresse, de iésobéissance.

Ce que vous aurez choisi, vous l'aurez.

Le bien avec sa récompense, ou le mal avec son châiment.

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