XXIX« JOUR
Des divers mouvements de la nature et de la grâce.
Mon enfant, observez avec soin les mouvements de la nature et de la grâce: car, quoique très-opposée , la différence en est quelcfuefois si imperceptible , qu'à peine un homme éclairé dans la vie spirituelle en peut faire le discernement.
Tous les hommes ont le désir du bien, et tondent à
^278 T-KGTIJRKS Oi: MKDITATIO.NS.
quelque bien dans leurs paroles rX dans leurs actions : (î'est pourquoi plusieurs sont trompés par cette apparence de la vertu.
La nature est pleine d'artifices ; elle altère, elle surprend , elle séduit, et n'a jamais d'autre fin qu'ellemême.
La grâce, au contraire, agit avec simplicité, et fuit jusqu^à la moindre apparence du mal ; elle ne tend point de pièges, et fait tout pour Dieu seul, en qui elle se repose comme en sa fin.
La nature répugne à mourir ; elle ne veut point être contrainte, ni vaincue, ni assujettie , ni se soumettre volontairement.
Mais la grâce porte à se mortifier soi-même, résiste à la sensualité , recherche l'assujettissement , aspire à être vaincue , et ne veut pas jouir de sa liberté ; elle aime la dépendance, ne désire dominer personne, mais vivre, demeurer, être toujours sous la main de Dieu; et à cause de Dieu, elle est prête à s'abaisser immblement au-dessous de toute créature.
La nature travaille pour son intérêt propre , et calcule le gain qu'elle peut retirer des autres.
La grâce ne considère point ce qui lui est avantageux, mais ce qui peut être utile à plusieurs.
La nature aime à recevoir les respects et les honneurs.
La grâce renvoie fidèlement à Dieu tout honneur et toute gloire, et se réjouit de souffrir des outrages pour le nom de Jésus, (act. v. 41.)
RÉFLEXIO.N.
Il y a en nous comme deux hommes qui sont toujours en opposition et en guerre acharnée. La partie spirituelle combat la partie charnelle, et réciproque-