XXVI* JOUR
Oh! que tous ces plaisirs sont courts, qu'ils sont faux, criminels, honteux !
Et cependant ces malheureux, enivrés et aveuglés, ne le comprennent point; mais, semblables à des animaux sans raison , ils exposent leur âme à la mort , pour quelques jouissances misérables dans une vie qui va finir.
Pour vous , mon fils, ne suivez pas vos convoitises, et détachez- vous de votre volonté. Mettez vos délices dans le Seigneur , et il vous accordera ce que votre cœur demande, (eccl. xviii.)
Si vous voulez goûter une véritable joie, et des consolations abondantes , méprisez toutes les choses de ce monde, repoussez toutes les vaines joies de la terre, et je vous bénirai, je verserai sur vous mes inépuisables consolations.
RÉFLEXION
Le plaisir! le plaisir! quelle tentation lorsqu'on est jeune, qu'on est plein de vie et qu'un attrait presque irrésistible nous pousse vers ce qui tlatte nos sens et nos misérables convoitises ! Mon fils, considérez cet oiseau qui voltige en rasant la terre pour saisir l'appât que son œil perçant vient de découvrir du haut des aii's. Un filet perfide a été tendu par les mains du chasseur, caché non loin de là. Cependant l'oiseau s'approche sans défiance, lorsque tout à coup, sous une légère pression, le ressort se détend et le filet couvre et enlace l'imprudent oiseau. Image trop vraie, hélas ! d'une foule de jeunes gens qui ne considèrent que le plaisir, tombent dans les pièges de Satan, et trouvent la mort de leur âme où ils ne croyaient rencontrer que la joie et le bonheur.
XXVIP JOUR.
Qu'on ne doit chercher qu'on Dieu le vrai bonheur.
Tout ce que je puis désirer ou imaginer pour ma consolation, je neTattends pas ici , mais dans l'avenir.
Quand je posséderais seul tous les biens du monde, quand je jouirais seul de toutes les délices , il est certain que tout cela ne durerait pas longtemps.
Ainsi, mon âme, tu ne peux trouver de soulagement véritable et de joie sans mélange qu'en Dieu , qui console les pauvres et relève les humbles.
Attends un peu , mon âme, attends la divine promesse, et tu posséderas dans le ciel tous les biens en abondance.
Si tu cherches trop avidement les biens présents, tu perdras les biens éternels et célestes.
Use des uns, et désire les autres.
Aucun bien temporel ne saurait te rassasier, parce que tu n'as point été créée pour en jouir.
Quand tu posséderais tous les biens créés, ils ne pourraient te rendre ni heureuse ni contente: en Dieu, qui a tout créé , en lui seul est ta félicité et tout ton bonheur.
Bonheur, non pas tel que se le figurent et que le souhaitent les amis insensés du inonde, mais tel que l'attendent les vrais serviteurs de Jésus-Christ , et tel que le goûtent quelquefois par avance les âmes pieuses et les cœurs purs, dont l'entretien est dans le ciel.
Toute consolation humaine est vide et dure peu ; la vraie, la douce consolation est celle que la vérité fait sentir intérieurement.
xxviii^ JOLH. 275
L'homme pieux porte avec lui partout Jésus, son consolateur, et lui dit: Seigneur Jésus, soyez près de moi en tout temps et en tout lieu.
Que ma consolation soit d'être volontiers privé de toute consolation humaine.
RÉFLEXION
Plus d'une fois, mon enfiint, vous avez entendu faire cette comparaison : Heureux comme un roi. Pourquoi heureux comme un roi? C'est qu'un roi est un homme qui vit au sein des richesses, des honneurs et des plaisirs, et que le vulgaire place le bonheur dans la possession de ces faux biens. Hélas ! si vous saviez combien se trompent ceux qui pensent ainsi ! Voulez-vous être dans le vrai ? dites : Heureux comme un saint ; non pas seulement comme un saint qui est déjà entré dans la gloire, mais un saint qui combat et lutte encore sur la terre. Oui, mon entant, le juste au milieu de ses sacrifices, de ses renoncements, de ses privations, de ses épreuves est plus heureux par le témoignage de sa conscience que le pécheur au milieu de ses joies, de ses enivrements , de ses plaisirs , de ses transports qu'empoisonne le remords. L'espérance seule des biens célestes remplit l'âme que laissent vide toutes les prétendues jouissances promises par le monde.
XXVIIP JOUR.
Comment il faut invoquer et hfinir Dieu dans l'affliction.]
Que votre nom soit béni à jamais , Soigneur, qui avez voulu m'épronver par cette peine et cette tent;i-
!>7l) l-tCTUIlliS OL MliDlTATiONS.
tion. Puisque je ne saurais l'éviter, qu'ai-je àlaire qun de me réfugier vers vous, pour que vous me secouriez et qu'elle me devienne utile?
Seigneur, voilà que je suis dans la tribulation, mon cœur malade est tourmenté par la passion qui le presse.
Et maintenant que dirai-je ? 0 Père plein de tendresse, les angoisses m'ont environné. Délivrez-moi de cette heure. (Jean. xii. 27.)
Mais cette heure est venue pour que vous fassiez éclater voire gloire, en me délivrant après m'avoir humilié profondément.
Daignez , Seigneur , me secourir : car , pauvre créature que je suis, que puis-je faire, et où irai-je sans vous?
Seigneur, donnez-moi la patience encore cette fois, soutenez-moi, mon Dieu, et je ne craindrai point, quelque pesante que soit cette épreuve.
Et maintenant que dirai-je encore? Seigneur, que votre volonté se fasse, (matth. v. 10.) J'ai bien mérité de sentir le poids de la tribulation.
Il faut donc que je le supporte: faites, mon Dieu, que ce soit avec patience, jusqu'à ce que la tempête passe, et que le calme revienne.
Votre main toute-puissante peut éloigner de moi cette tribulation, et en modérer la violence, afin que je ne succombe pas, comme vous l'avez déjà fait tant de fois pour moi , ô mon Dieu , ma miséricorde! et autant ce changement m'est difficile , autant il vous Test peu: cest V œuvre de la droite du Très-Haut.
(PS, ÏA'XVl. 40.)
xxix' JOUR. 277
RKFLKXION.
De toutes les vertus, une de celles qui vous seront le plus nécessaires , mon enfant , c'est la patience et la conformité à la volonté de Dieu au milieu des épreuves et des maux de la vie. Petit enfant, vous avez de petites peines ; homme fait, vous aurez de grandes douleurs. Votre esprit sera assiégé par mille inquiétudes; votre cœur brisé par mille tourments , votre corps broyé par mille souffrances. Depuis que l'homme est devenu pécheur, il est devenu malheureux. Consolezvous toutefois ; l'adversité endurée avec une résignation chrétienne est comme un feu qui purifie l'âme et la rend plus agréable à Dieu. Parce que vous étiez juste, est-il écrit , il était nécessaire que la tentation vous éprouvât. L'homme qui n'a point passé par cette épreuve que sait-il? Préparez donc votre âme à la tentation ; elle ne vous manquera pas, mon enfant. Puissiez-vous en faire bon usage, et en vous détachant de cette terre , vous rapprocher du ciel, dans l'espoir de la véritable et durable félicité !