VIII PRÉFACE
cette disposition de droiture et de franchise, qui nous donnait prise sur eux et nous ouvrait la porte de leur esprit et de leur cœur. Nous avons aussi donné nos soins spirituels à des enfants de petite et de grande ville de province. Nous le dirons sans détour^ parce que c'est la vérité, c'est le côté le plus stérile et le plus désolant de notre ministère. Un mot tombé et recueilli de la bouche d'un vénérable curé sous lequel nous avons fait nos premières armes, et qui a emporté en mourant, les regrets de tout un diocèse, suffira pour révéler ce triste mystère. « Vous ne tenterez pas. Messieurs, nous disait-il, de réunir les enfants (les garçons) une fois que le jour de la première communion sera terminé, une expérience de plus de trente ans m'a appris qu'ils sont indisciplinables. » Il y aurait tout un volume de commentaire à faire sur ce mot indicateur d'une plaie représentée comme incurable, mais qui ne l'est pas à ce degré, fort heureusement.
La Providence a voulu que nous fussions chargé, plus tard, pendant plusieurs années, au sein de la capitale, d'une école du soir établie pour les jeunes apprentis, les uns ayant fait et les autres n'ayant pas fait encore leur première communion. Il y a dans cette œuvre toute une moisson à recueillir et, comme le disait le divin Maître : Levez la tête et voyez les moissons déjà blanches. On s'imagine qu'à Paris, l'enfant du peuple (qu'on nous pardonne ce mot), le gamin, est le type du petit démon; on se trompe étrangement, la vérité est qu'il est plus étourdi que méchant, plus malin que pervers, plus frondeur