REFROIDISSEMENT DANS L\ PIÉTÉ
momeries ou des superstitions; les sacrements comme une pure invention des hommes. A force d'entendre répéter ces paroles sacrilèges sur tous les tons, la foi de l'enfant ; d'abord étonnée et scandalisée, s'affaiblit. Bientôt les idées se confondent dans son esprit, les notions du bien et du mal s'altèrent dans sa conscience. 11 ne rougit plus, mais il se fait gloire au contraire de ce qui l'aurait autrefois couvert de confusion. En peu de temps il est devenu hardi, impudent, provocateur, insolent. Son éducation est faite ; il a conquis ses grades ; il pourra désormais devenir professeur et maître en libertinage. Il pourra même (nous en avons vu plus d'un exemple) se faire le tyran des enfants plus jeunes que lui, et, par la persécution et la violence ouverte, jouer le rôle de Satan pour la perte des âmes.
Nous avons montré la plaie ; nous ne l'avons pas exagérée, mais aussi nous ne l'avons pas atténuée. Toutefois cette plaie si profonde et si étendue est-elle donc sans remède? La Providence qui a fait croître l'antidote au venin du serpent, sur le sol même qu'il souille deson contact, a voulu que le préservatif moral fût placé à côté du danger. Ici nous avons à signaler une œuvre admirable, une œuvre féconde en fruits de bénédiction , non-seulementà Paris où elle a pris naissance mais encore dans les provinces, où elle a étendu ses racines. Nous voulons parler de l'établissement des écoles du soir pour les apprentis et les ouvriers.
82 CHAPITRK IV.
Placés chez des maîtres choisis sons la garantie d'un contrat, des jeunes gens dequalorze, quinzeet même de seize ans, sont surveillés et encouragés par un comité de patronage composé de personnes influentes et dévouées au bien. Sous le rapport religieux, rien ne manque à ces enfants : prière du soir faite en commun, lecture ou exhortation courte et mise en rapport avec leurs besoins, bons conseils, pieux exemples, voilà pour tous les jours. Chaque dimanche, un iière chargé de Tœuvre, les réunit dans une jolie chapelle bâtie pour eux avec le denier de la charité. Une messe basse, accompagnée de cantiques, est suivie d'une courte instruction par Taumônier. A l'approche des grandes fêtes, le prêtre fait une petite apparition dans les classes ; en examinant la page d'écriture ou de dessin d'un enfant un peu léger ou espiègle, il lui glisse un mot que son ange gardien et lui seul entendent. Si la réponse du jeune apprenti n'est pas toujours un oui spontané, ce n'est jamais un non obstiné : il ajourne, il ne refuse pas. Se montrerait-il récalcitrant, qu'une retraite de trois jours, donnée à l'approche d'une grande fête, viendrait vaincre sa résistance. En général les jeunes gens qui appartiennent à la classe dont nous parlons, moins orgueilleux que ceux qui fréquentent le collège, sont plus près de la foi, et le travail manuel qui brise leur corps, offre par compensation à leurs fatigues l'avantage d'avoir moins