‹ Direction pour la conscience d'un jeune homme pendant son educationChapitre 77 sur 128 · CIIAI'ITRK M · texte numérisé non relu

CIIAI'ITRK M

lancés ù toute volée, mêlent leur voix j^rave et solennelle au son aigu et argentin de toutes les cloches de la ville. Cependant le canon gronde, les tambours battent aux champs, le rhythme des hymnes retentit et s'élève comme une pieuse prière devant le trône de Dieu. Mais ce qui fait le plus bel ornement de cette cérémonie, c'est la foi et la piété des fidèles. Car lorsque la foi est absente des pompes chrétiennes, et que le sentiment religieux ne trouve plus d'écho dans le cœur des populations, dès lors nous avons besoin de toute l'épaisseur de nos murailles pour dérober ce que nous avons de plus sacré à la froide indifférence, ou à la railleuse curiosité d'une multitude saris croyance. Qu'on se représente , au contraire, comme nous l'avons vu souvent avec consolation, uneassistance pénétrée etrecueillie, une jeunesse au maintien digne et modeste se rangeant avec respect, des vieillards profondément inclinés, des mères se pressant pour faire bénir leurs enfants par celui qui disait : Laissez venir à moi les petits enfants, et qu'où nous dise quel cœur pourra rester froid et quels yeux ne se mouilleront pas de larmes en présence d'un pareil spectacle?

Tout dans les cérémonies de l'Eglise est instruction ou exhortation, et ce qui ne s'adresse pas à

CLLTE lîNTÉRIEUR ET EXTÉRIEUR. 1 o9

Tesprit pour Téclairer, s'adresse au cœur pour le toucher. Un homme, qui depuis longtemps vivait éloignéde Dieu, dut sa conversion aux graves pensées que lui suggéra le chant sublime de la Prose des Morts, (c J'étais entré dans l'église, nous a-t-il raconté lui-même, pour rendre les derniers devoirs à une personne que la mort venait d'enlever à ma tendresse. Tandis que je pleurais comme un païen sur cette perte si douloureuse, tout à coup je me trouvai comme réveillé du sein de ma douleur par cette formidable parole qui éclatait à l'oreille de ma conscience, comme le bruit soudain du tonnerre : Dics irœ, dies illa. Jour de colère et de ven-

geance...

c( Tandis qu'épouvanté à ce souvenir de la justice de Dieu, je sentais mon âme comme saisie et terrifiée, tout à coup un silence profond s'établit, les instruments se taisent, les voix puissantes que j'avais entendues sont muettes, un jeune enfant s'avance : un son plaintif et suppliant, qu'aucun accord n'accompagne, s'échappe de ses lèvres tremblantes : Quid sum miser tune diclurus, Quempatronum roijaturuSj Dùm vix jusius sit securus? Oh ! malheureux que je suis î vous écrierez-vous alors, quel protecteur puis-je implorer, quand le juste lui-môme ne sera pas sans crainte à cet instant?

<( Je m'imaginais voir l'âme du défunt dont la dépouille mortelle était près de moi, paraissant seule,

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sans secours et sans a[)[)ui, an Irihnnal de Dieu. J'enlendais ce lamentable cri s'échapper de son sein : Quid sum miser lune dicturus Je la voyais tourner les yeux, pour chercher un défenseur qui n'apparaissait pas: Quem patronum rogalurus... J'assistais à cette nouvelle agonie du désespoir dans une autre vie, en voyant que le juste lui-mênne sera à peine sauvé : Cùm vix justus sitsecurus...

(( Mais bientôt un dialogue touchant s'établit entre le juge et la pauvre âme citée.

« L'âme disait : Rex temendœ wajestatis^ Qui salvandos salvas gratis, Salva me^ fons pietatis.

(c 0 Roi dont la majesté est terrible, qui sauvez gratuitement ceux que vous voulez sauver, oh! sauvez-moi, source de toute bonté!

(( Puis l'espoir revenant peu à peu, elle ajoutait avec plus d'abandon : Recordare, Jesu pie, Quod sum causa tuœ viœ, Ne meperdas illâ die.

« Souvenez -vous j ô très-miséricordieux Jésus, que pour moi vous êtes descendu des cieux. Ne me perdez pas en ce jour, mon Dieu !

«J'étais attendri, je versais d'abondantes larmes,

. lorsque de nouveau l'enfant, dont la voix pleine de

douceur me présentait si bien les supplications de

l'àme qui m'était chère, se fit entendre seul, pour la

seconde fois.

« Peccatricem absolvisli, Et latronem exaudisti. Mihi quoque spem dedisti...

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