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CHAPITRE XI Les différences essentielles

En dépit des thèmes communs que nous avons relevés, le protestant, quand il lit la littérature de direction catholique, a le plus souvent l'impression d'être plongé dans un autre climat spirituel que le sien. S'il est des pages qui pourraient être assimilées telles quelles, des remarques d'une profondeur psychologique dont il ne peut manquer de reconnaître la vérité, voire des exhortations et des conseils qu'il aurait tout profit à faire siens, il se heurte cependant là à tout ce qui le heurte dans le catholicisme, à tout ce qui lui en demeure étranger.

Il s'achoppe d'abord à la double morale que semble parfois présupposer la direction catholique : celle des préceptes valables pour tous, et celle des conseils ne concernant que ceux qui veulent tendre au parfait. La direction, en effet, se donnant comme but de conduire les âmes à la perfection, paraît être réservée à ces derniers ; elle consacre par là la distinction entre ceux qui s'en tiennent aux commandements généraux et « les délicats en morale », ceux qui « veulent aller plus haut que la foule, voler sur les montagnes » (1),

Sans doute, ces deux catégories de chrétiens se retrouvent aussi au sein du protestantisme, et la direction protestante s'adressera tout particulièrement à ceux qui sont épris de sanctification et veulent vivre pratiquement et chaque jour leur christianisme. Mais la Réforme n'a jamais légitimé ces distinctions que statue le catholicisme entre préceptes et conseils. Elle a posé en fait qu'il n'y a jamais rien de surérogaloire dans la vie du chrétien, celui-ci ne peut aller au-delà de ce qui lui est demandé. Les exigences du Dieu de sainteté sont trop hautes pour qu'on puisse jamais faire plus qu'il n'exige, car ce qu'il exige, c'est noire tout. Seulement, ici,

(1) M, CAdN.vf; : U'h leHri'.i sitlriliiflji-ii en France, t. H, p. 392. « A la vi'ritt', t'c'i'll-ll, pour cl-ux qui se rontcntcnt d'observer les préceptes généraux <le iii MKM'.'ili', Jc'S eoiiimiiiuleiuenls de Dieu, les devoirs communs, iiti (lireeU'ur n'esl |i!is {il)siiluuu'Ul nécessnire, »

intervient la notion de vocation. Les vocations de Dieu sont diverses : il appelle les uns en mission et laisse les autres dans leur village poursuivre leur commerce ou leur artisanat. Ce n'est pas une raison pour croire que les uns montent en sainteté plus haut que les autres. Non, les uns et les autres obéissent à leur vocation, et c'est cette obéissance qui constitue le devoir et qui inclut à la fois le précepte et le conseil. A l'aristocratisme catholique, la Réforme oppose son esprit égalitairfi. Tous sont appelés par Dieu, au même titre, à devenir conformes à l'image de son Fils.

En même temps qu'il s'oppose à toute distinction entre préceptes et conseils, le protestantisme s'élève avec force contre la notion de mérite. On ne peut jamais faire plus qu'il n'est commandé. La plus haute vocation, la vocation à l'apostolat et au martyre, n'est qu'une obéissance et n'a rien de méritoire. Quand on a obéi, on n'a fait que ce que l'on devait, on n'est, quelle que soit la tâche accomplie, qu'un serviteur inutile. Sans doute, la doctrine catholique ne fait pas du mérite le seul mérite de l'homme. C'est Dieu qui couronne les dons de sa griâce en permettant au chrétien de mériter (1). Le mérite, dès lors, est encore une grâce. Mais quelques correctifs que ces considérations apportent à la notion de mérite, cette notion reste inassimilable à un esprit protestant. Celuici a de la peine à concevoir que Dieu lui permette de mériter quoi que ce soit, et si Dieu tient pour agréables les œuvres qu'il lui inspire et qu'il lui donne la force d'accomplir, il sait bien que ces lœuvres sont encore souillées par le péché, aussi ne peut-il leur reconnaître aucun caractère méritoire, puisque seul le pardon divin les rend bonnes (2). Or, dans une ambiance catholique on s'achoppe trop souvent à cette notion de mérite, qu'il s'agisse de la souffrance ou des bonnes œuvres. On pourrait même soutenir qu'à certains égards, la direction catholique repose d'aplomb sur cette notion de mérite. En effet, par son obéissance au directeur, le fidèle mérite. Se laisser diriger devient pour lui une occasion de mérite par la vertu d'humilité à laquelle il s'oblige. C'est du moins ce

(1) « Et eorum coronando mérita, coronas dona tuu. » Rituel romain. Préface des saints.

(2) « Après que nous avons été faits participants du Christ, non seulement nous sommes justes quant à nos pei'sonnes, mais nos œuvres mêmes sont réputées justes devant Dieu. Et la raison est pource que toute l'imperfection qui est en icelles est effacée par le sang de Jésus- Christ... Dieu rémunère et rcconipense nos <Euvres comme si elles étaient parfaites, pource que le défaut d'icelles est couvert par le pai-don gratuit. » Calvin ; Commentaires, Romains III, 22.

qu'affirmait une dominicaine du xvii" siècle, Julienne Morel : « Dieu, disait-elle, a très sagement ordonné que les hommes gouverneraient et enseigneraient les hommes, ceux qui gouvernent et enseignent, et ceux qui sont enseignés et gouvernés en retirant des avantages merveilleux et des signalés mérites... Ceux qui sont sous la conduite (des premiers) pratiquent l'humilité, soumission, obéissance, mortification et acquièrent par ce moyen de riches trésors de griâce et de gloire. » (1).

Mais laissons là ces différences d'esprit pour marquer, de façon plus précise, les caractères distinctif s de la direction catholique et de la direction protestante.

1" La direction catholique est, en général, plus autoritaire, la direction protestante plus respectueuse de la personnalité. Il ne faut pas, nous l'avons dit, exagérer cette opposition ; à la pousser à l'absolu, elle est fausse. Il y a — et nous avons insisté sur ce point — une direction catholique qui n'exige pas l'obéissance, qui s'impose, non du dehors, mais du dedans coriime s'imposent la vérité et la lumière, et qui respecte les droits de la conscience. Mais cette façon de concevoir la direction est loin d'être unanime et certains directeurs exigent plus de soumission. Or, c'est déjà trop que puisse exister une direction qui annihile l'individu en lui permettant de s'en remettre aveuglément à un autre pour ce qui est de l'aflfaire essentielle de sa vie. C'est l'existence d'une semblable direction, en dépit de la direction plus large qu'on ne saurait méconnaître, qui a rendu suspecte à tant d'esprits la direction elle-même. En fait, il faut bien le dire, cette direction du type autoritaire suit la ligne de moindre résistance du catholicisme et paraît la plus conforme à son esprit.

Deux grandes affirmations la légitiment, ou, tout au moins, la favorisent. L'autorité sacerdotale du prêtre, tout d'abord. On nous dit, il est vrai, que cette autorité ne joue pas nécessairement dans le rôle de docteur et de médecin qui est celui du directeur spirituel (2). Mais, quand on est habitué à voir dansi le prêtre un homme investi de par le sacrement de l'ordination de grâces spéciales et revêtu d'un caractère en quelque sorte surnaturel, comment échapper a-t-^on à l'autorité de cet homme et distinguera-t-on le domaine où cette autorité s'exerce légitimement de celui où elle serait un empiétement ? Pratique-

(1) In Arnaud cI'Agnejl et d'Espiney : Direction de conscience, Psychothérapie des troubles nerveux, p. 29.

(2) Cf. les distinguo du P. Marchetti : Supra, pp. 112-113.

ment, ces distinctions sont difficiles à maintenir et pour le directeur et pour le dirigé, et le caractère sacerdotal du prêtre, si fortement accentué au regard du fidèle, risque fort de donner, dans la plupart des cas, et presque inconsciemment, une coloration autoritaire à la direction.

D'autre part, le catholicisme insiste sur la valeur religieuse de l'obéissance, et par là-même il incline encore, qu'il le veuille ou non, vers une direction autoritaire (1). Obéir, même si le conseil donné est psychologiquement mauvais, est une occasion d'acquérir des mérites. Ne semble-t-il pas que tout concoure ainsi à développer dans le catholicisme le type autoritaire de direction, alors même que certains directeurs, et parmi les plus grands, essaient de remonter le courant ?

Ge type de direction est, au contraire, et sera toujours, opposé à l'esprit du protestantisme. La pente, ici, va dans un tout autre sens. Le pasteur ne participe guère de ce caractère sacerdotal dont est revêtu le prêtre catholique, et ceux qui s'adressent à lui, s'ils ont confiance en ses conseils, sont cependant plus disposés à les examiner et à les discuter qu'à les suivre aveuglément ; c'est là une conséquence de cette conception du ministère qui se retrouve dans la plupart des églises de la Réforme, et qui est décidément opposée à tout sàcramentalisme.

D'autre part, dans la mesure où il exaltait la souveraineté absolue de Dieu, le protestantisme diminuait en quelque sorte d'autant la soumission et l'obéissance qu'il entendait accorder aux hommes. A genoux devant Dieu, debout devant les hommes ! telle a toujours été son attitude, attitude non seulement légitimée par des considérations dogmatiques, mais dans laquelle l'ont ancré les circonstances mêmes de son histoire et les persécutions qu'il a dû subir. Il a été amené, de par les contraintes qui l'ont meurtri, à dissocier l'obéissance qu'il doit à Dieu de l'obéissance que réclament les hommes, et à considérer ces deux obéissances comme le plus souvent contradictoires. Le protestant, par suite, a peu de goût pour la soumission à une parole et à un conseil humains ; il n'accorde pas à cette soumission une valeur religieuse d'humilité ; il entend ne se courber que devant la Parole de Dieu et a tendance à suspecter toute direction qui lui serait donnée du dehors. Qu'il y ait quelque orgueil dans cette

(1) Cf. ce que nous avons dit de la vertu d'obéissance dans le catholicisme. Supra, pp. 108-110.

farouche revendication d'indépendance, on ne saurait le nier. L'iâme protestante s'est, de ce fait, souvent privée de bien des appuis qui lui eussent été nécessaires. En revanche, l'habitude d'affronter seule les tempêtes a développé chez elle une certaine vigueur spirituelle, une certaine résistance intérieure qui l'ont maintenue debout, alors que tous les tuteurs humains venaient à lui faire défaut.

Quoi qu'il en soit, et à la différence de ce que l'on trouve dans le catholicisme, on ne saurait concevoir une direction protestante autoritaire, en dehors de cas exceptionnels et déjà presque pathologiques. La théorie, en tout cas, d'une direction de type autoritaire est chez nous absolument impossible. En général, la direction protestante n'impose rien ; elle est toute de conseil et de persuasion ; elle ne considère pas les âmes comme mineures spirituellement, ce qui contribuerait à les maintenir dans cet état ; elle leur parle comme à des iâmes majeures, les aidant par là à le devenir. Sans doute, elle n'hésitera pas à dire : là est le devoir, mais ce devoir, elle ne l'imposera jamais par une simple exigence d'obéissance à la parole de l'homme, la décision doit toujours jaillir d'une certitude personnelle. Le directeur pourra parler avec autorité, sûr d'interpréter fidèlement la pensée même du Christ, mais il faudra que le dirigé reconnaisse cette autorité comme venant de plus haut que l'homme et s'y soumette librement. A cet égard, Calvin a donné, croyons-nous, l'exemple normatif de la direction protestante dans ces lignes à la duchesse de Ferrare : Il lui exposera fidèlement, lui dit-il, ce qu'il connaît de la vérité, « afin que, après, le jugement soit vôtre, et quand vous aurez pleinement entendu la vérité de Dieu, que la suiviez en toute obéissance » (1). Afin que le jugement soit vôtre ! Le directeur protestant ne substituera donc pas son jugement personnel à celui du dirigé ; il instruira, puis laissera l'homme seul à seul avec Dieu, afin que le jugement, c'est-à-dire en définitive la décision, lui appartienne personnellement. Après quoi, il l'exhortera à faire courageusement ce que sa conscience aura reconnu comme son devoir (2).

(1) Calvin : Lettres françaises, t. I, p. 46.

(2) Ailleurs, reprochant à un grand seigneur son attitude de « nioyenneur » et ses tentatives pour « nager entre deux eaux », Calvin fait appel à la conscience de celui-ci sans invoquer son autorité à lui. « S'il vous semble, lui dit-il, que j'épluche les fautes de ti'Op près, je vous prie d'entrer en vous-même, et vous trouverez que je ne vous mets rien en avant de quoi votre conscience ne vous rcdargue. » Lettres françaises, t. I, p. 407.

La pratique de la direction 281

Ainsi, sans affirmer que la direction catholique soit toujours du type autoritaire, il nous paraît que tout le poids du catholicisme tend à l'incliner dans ce sens, tandis que la direction protestante sera scrupuleusement respectueuse de l'autonomie de la personne et de la conscience. On sent à cela la différence d'atmosphère entre la conception sacerdotale du catholicisme et celle, plus spiritualiste, du protestantisme.

2" La direction spirituelle sera quelque chose de plus normal dans ïe catholicisme, de plus exceptionnel dans le protestantisme.

Le catholicisme insiste, tout au moins pour ceux qui veulent dépasser la simple morale des préceptes, sur la nécessité d'avoir un guide, et ce guide, il faut le garder toujours, puisque les périls augmentent dans la mesure même où se poursuit l'ascension spirituelle. Il est vrai que certains auteurs catholiques affirment que le but de la direction est d'amener les âmes à se passer de directeur ; mais c'est là, nous semble-t-il, une affirmation surtout théorique, une limite idéale, en fait jamais atteinte. En face de l'Eglise et de la hiérarchie, les âmes demeurent indéfiniment mineures. On ne voit guère, du point de vue catholique, à quel moment la direction pourrait perdre vraiment ses droits (1).

Dans le protestantisme, au contraire, la direction sera un secours momentané, une aide apportée en quelque étape difficile de la vie, et nous croyons qu'elle peut être alors singulièrement utile (2). Mais parce qu'il a un réel souci de la majorité spirituelle des âmes, le directeur protestant ne prolonge pas outre mesure sa direction, il a grand soin de ne pas se rendre indispensable, et aussitôt qu'il est possible, il libère de cette tutelle momentanée l'âme qui s'est confiée à lui (3). La majorité spirituelle nous paraît être, en effet, une

(1) Cf. sur ce sujet une discussion intéi'essante daus VAnii dti clergé, 1921, pp. 422-427, et 1923, pp. 131-133, où l'on conclut que si la direction, soit casuistique, soit extra-sacramentelle, n'est pas en règle générale nécessaire, elle est néanmoins utile comme source de paix et garantie pratique de vérité dans les décisions à prendre. D'autre part, le confessionnal, dans les cas ordinaires, assure toujours un minimum de direction.

(2) « La direction spirituelle, pratiquée avec réserve et, pour une crise d'âme temporaire, est un merveilleux instrument d'édification et de relèvement. Elle empêche l'esprit de rester dans le vague ; elle le force à préciser ses aspirations et ses craintes ; elle contraint à vouloir, soit que l'on accepte, soit que l'on refuse les directions indiquées, et elle constitue une discipline de l'âme très efficace. » Victor Monod : Rev. de théol. et des quest. relig., 1907, p. 383.

(3) C'est ainsi que L. Meyer écrivait à une de ses dirigées : « Le jour où vous croirez que je suis nécessaire à votre développement et que vous

réalité plus immédiate et plus accessible dans le protestantisme. Les âmes, dans le catholicisme, sont soumises à l'Eglise, à la hiérarchie, et cette soumission ne cesse jamais. Le protestant, lui, affirme l'autorité souveraine de Dieu. Or, Dieu a parlé. Le iidèle a, dans la Bible, cette Parole de Dieu. Il peut toujours apprécier, décider lui-même. « Tout protestant fut pape, une Bible à la main ! » Cette boutade de Boileau, qui signale un danger réel et stigmatise les divisions protestantes, exprime cependant une réalité féconde, elle affirme précisément le fait que, la Bible à la main, le protestant échappe à la tutelle de la hiérarchie, et qu'en définitive, le jugement est sien. De fait, griâce à la Bible et par la Bible, la majorité spirituelle des âmes n'est pas un vain mot.

Ici encore, il ne faudrait pas durcir ce contraste, et les oppositions que nous indiquons sont tout en nuances. Il serait absurde de nier qu'il y ait, dans le catholicisme, des âmes d'une belle majorité spirituelle, l'histoire de la direction le montrerait ; ces âmes ont dirigé parfois leurs directeurs bien plus qu'elles n'en étaient dirigées, si bien que, les apparences étant sauves, les rôles étaient intervertis. Encore fallait-il sauver les apparences en maintenant le principe de la direction et faire cette concession à la hiérarchie et au système. D'autre part, même dans le protestantisme, la majorité spirituelle apparaît comme une limite idéale. Serait-elle atteinte, que la direction n'en serait pas pour cela inutile, tout au moins dans certaines circonstances exceptionnelles et momentanées (1).

Ici encore, nous dirons que tout le poids du catholicisme institutionnel incline à maintenir les âmes en état de minorité spirituelle, tandis que le principe biblique, qui est à la base du protestantisme, tend au contraire à créer des âmes véritablement majeures.

3° La direction catholique est plus ecclésiastique, la direction protestante plus biblique.

ne pouvez pas vous passer de moi, Dieu cessera de vous donner quoi que ce soit par moi. » Louis Meyer, sa vie et son œuvre, p. 427.

F. Neft', de même, engageait une de ses correspondantes à examiner si son attachement à l'ouvrier n'était pas une attitude charnelle, un reste du vieil homme. « Si cela était, lui disait-il, je vous conseillerais de ne plus chercher auprès de moi d'instructions et de consolations, et je me regarderais comme obligé de vous en refuser et d'éviter toute relation avec vous. » Lettre à Mlle Sophie Maillet. Lettres de direction spirituelle..., p. 120.

(1) Cf. supra, p. 126.

Le protestantisme est nourri de la Bible, et lorsque le directeur protestant donne un conseil quelconque, il essaie toujours de le confirmer par un texte ou par un exemple biblique, ou bien il le présente comme une simple application d'une vérité biblique ; bref, c'est de la Bible et non de sa personne ou de sa charge que sa direction tire son autorité. Cela est si vrai que l'on en vient parfois à faire de la Bible un usage un peu factice en prétendant y trouver, en des exemples ou des textes précis, la solution de tous les problèmes de conduite et de pensée qui peuvent se poser à nous.

Sans doute, la direction catholique s'appuie, elle aussi, sur la Bible. On ne saurait nier que l'imitation et la contemplation de Jésus-Christ, qu'elle préconise, ne soient l'objet d'exhortations bibliques. Mais elle ne remonte pas aussi directement et expressément que le fait le protestantisme au texte sacré ; elle en appelle plutôt à la tradition et à la hiérarchie, et l'autorité de ses conseils dépend moins de leur conformité à l'Ecriture que de leur accord avec les préceptes de l'Eglise.

Ce n'est pas à dire que toute la substance de la direction protestante puisse être exclusivement biblique dans le sens étroit et littéral du ternie. II arrivera à celle-ci de s'inspirer de considérations psychologiques extra-bibliques, de préciser et d'adapter, suivant les circonstances et suivant les tempéraments, les conseils bibliques, et de préconiser des méthodes spirituelles qui ne se rencontrent peut-être pas dans la Bible, du moins sous la forme précise qu'elle sera appelée à leur donner. Aussi bien faut-il reconnaître que la Bible ne nous offre, le plus souvent, que des directions assez générales, qui rendent nécessaires une application et une adaptation souvent délicates aux situations concrètes et aux possibilités spirituelles de chacun. Du Notre Père simplement récité à la prière constante dont parle saint Paul, il y a une infinité de degrés ; le directeur pourra aider l'âme à les franchir sans se départir de la ligne biblique, et toutefois sans s'inspirer nécessairement d'exemples bibliques. II n'en reste pas moins que c'est à la Bible que la direction protestante en reviendra toujours comme, à la source de toute autorité (1), tandis que la direc-

(î) Il semble même, d'après certains auteurs, que la Bible puisse suppléer la direction et suffire à tout. Voici, par exemple, ce qu'en dit Daillé à propos de la confession : « Nam etiamsi nulla sit in Ecclesia sacramentalis confessio, numquam tamen in ea deest Evangelium, ubertimus atque inexhaustus omnium bonorum fons. »

Toutefois, si Daillé repousse la confession sacramentelle, et voit dans l'Evangile la source inépuisable à laquelle il faut toujours revenir, il

tien catholique fera plus volontiers appel à l'Eglise, à sa tradition et à sa hiérarchie.

A un autre point de vue encore, on peut qualifier de biblique la direction protestante. Elle ramène sans cesse à la Bible non seulement comme à la source de l'autorité, mais comme à la source de la vie. Aussi le conseil revient-il, toujours le même : lire et méditer l'Ecriture sainte. On ne conçoit pas qu'unei direction protestante, sauf en certains cas exceptionnels, puisse négliger ce conseil, pas plus qu'on ne conçoit une piété protestante qui ne serait pas nourrie de la Bible. Cette lecture et cette méditation constituent la « pratique » essentielle, l'exercice quotidien par excellence. Jusque dans les ténèbres de leurs cachots, Calvin conseille aux prisonniers de lire l'Ecriture sainte, et si les circonstances les en empêchent, ils doivent se remémorer ce qu'ils ont pu en apprendre autrefois (1). Ce même conseil revient, sous des formes et avec des précisions différentes, chez tous les directeurs protestants. C'est ainsi que Vinet donne quelques indications à quelqu'un qui lui avait demandé « une direction sur l'ordre et la manière de procéder dans la lecture des Saintes; Ecritures » (2). L. Meyer insistera sur la régularité de cette lecture et les bienfaits de la méditation matinale (3). Frommel demandera qu'elle se prolonge jusqu'à la contemplation intérieure : entendre la voix même de Jésus-Christ, « recevoir Jésus-Christ dans l'âme par le regard » (4). H. Bois rappellera l'esprit de soumission et d'obéissance dans lequel cette lecture doit être faite pour que le Christ historique devienne vraiment le maître de la vie intérieure et morale (5). Tous font ainsi de la lecture et de la méditation des Ecritures une des pièces maîtresses de leur direction, Vinet va même jusqu'à se méfier de la lecture de ce qu'il appelle les livres de dévotion, dont le principal défaut est, à ses yeux, « de ne prendre et de n'employer qu'une partie des vérités saintes, ce qui tend à favoriser tantôt l'exaltation, tantôt le relâchement ». Le plus sûr, selon lui, est de s'en tenir presque uniquement à l'Evangile

n'en reconnaît pas moins le droit natui-el de la confession, entraînant celui de la direction : « Quo (jure naturale) scilicet et semper et cuivis licuit consiliiim a sapientiore, a potentiore aiixïlium, a medico remediuni expetere. » Daillé : De sacramentali sive aiiriculari latinorutn confessione disputatio, L, I, eh. XXII, pp. 122-123.

(1) Lettres françaises, t. II, p. 308.

(2) A. Vinet : Lettres, t. Il, p. 118.

(3) L. Meyer : Lettres et fragments de sermons, p. 9'3.

(4) G. Frommel : Lettres et Pensées, p. 55.

(5) H. Bois : Lettres de direction, t. I, pp. 35, 113.

« qui est plein de consolation et de lumière pour quiconque le lit avec simplicité » (1).

Ces lignes de Vinet accentuent le contraste entre direction protestante et direction catholique. Tandis que le protestant en vient à se défier des livres de dévotion, le catholique se défierait plutôt de la Bible. Les directeurs catholiques peuvent conseiller toutes sortes de pratiques dévotieuses, d'exercices spirituels, voire de lectures édifiantes, ils ne conseillent guère, en général, la lecture directe des livres saints. La substance des Ecritures parvient à l'âme catholique, tamisée et filtrée à travers la liturgie, les images pieuses et les livres de dévotion, sous le contrôle vigilant de l'Eglise. Sauf de rares exceptions qu'on doit à la vérité de mentionner, on ne convie guère les fidèles à boire directement à la source.

Cette étroite relation de la direction protestante avec la Bible lui donne un caractère distinctif et la différencie de la direction catholique.

4" La direction catholique est orientée vei's le sacrement, la direction protestante est plus soucieuse de sauvegarder la souveraine liberté de la grâce.

Ce caractère de la direction catholique découle du précédent : insister sur la nécessité du sacrement est une manière de souligner la dépendance de l'homme à l'égard de l'Eglise. C'est par le sacrement, en effet, que s'impose à l'individu toute l'institution cléricale. Le sacrement est nécessaire au salut, tout au moins dans les circonstances ordinaires de la vie et en dehors de cas tout à fait exceptionnels ; or, le prêtre est nécessaire au sacrement, celui-ci ne pouvant être conféré par un laïque ; c'est le prêtre qui est, de par le charisme fonctionnel que lui vaut l'ordination, le dépositaire, et comme le canal indispensable de la grâce : sans le sacrement, pas de salut, et sans le prêtre, pas de sacrement. Or, le prêtre, c'est la hiérarchie, c'est l'Eglise, c'est le catholicisme institutionnel qui finit par écraser l'âme de tout le poids de sa matérialité.

Le rôle du sacrement dans le catholicisme étant ainsi primordial, il ne faut pas s'étonner de voir que le sacrement est aussi le premier et le dernier mot de la direction catholique. Lorsque Charles de Foucauld va trouver à Saint-Augustin, dans son confessionnal, l'abbé Huvelin, celui-ci, après l'avoir entendu, lui pose abruptement cette question : « Etes-vous à

(1) A. Vinet ; Lettres, t. II, p. 30.

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jeun ? » et sur sa réponse a;ffirmative : Allez communier ! lui dit-il (1). « Au confessionnal, Jacques Rivière ! », telle est la première direction que Paul Claudel donne au jeune étudiant qui se confie à lui. Les directeurs essaieront toujours d'amener ou de ramener les âmes au sacrement, en particulier à la confession et à la communion, quelles que soient leurs tentations ou leurs sécheresses (2). Le catholicisme, fidèle à ses principes, s'est de plus en plus orienté vers la pratique de la communion quotidienne.

C'est ce sacramentalisme, plus encore peut-être que d'autres points de dogme, qui marque la ligné de rupture entre le protestantisme et le catholicisme. Le protestant se refuse à emprisonner la grâce dans le canal du sacrement. Malgré l'incontestable autorité qu'avec Calvin il reconnaît au pasteur, il n'ira jamais jusqu'à prétendre que son ministère, quelles qu'en soient l'utilité et la valeur, soit cependant indispensable au salut des âmes ; il ne considère pas le prêtre comme porteur de je ne sais quel mystérieux et redoutable pouvoir qui lui permettrait d'accomplir seul un rite sans lequel il ne saurait y avoir de salut pour l'homme ; il ne fait pas du prêtre le médiateur nécessaire entre l'homme et Dieu.

Aussi, la direction protestante n'insiste-t-elle pas, comme le fait la direction catholique, sur la participation au sacrement. Calvin, écrivant à un prisonnier, lui recommande de lire l'Ecriture sainte ; il ne lui eût pas conseillé, alors même que la chose eût été possible, de recevoir, seul, dans sa cellule, la communion des mains d'un pasteur. Sans doute, le sacrement est utile et, lorsqu'il nous est offert, il ne faut pas le négliger ; tout mépris de notre part serait coupable, et Vinet ne s'éloigne pas de la pensée de Calvin en écrivant que « la négligence des moyens de grâce est plus près qu'on ne croit du mépris de la grâce » (3). Le sacrement reste cependant subordonné à la foi ; il se situe, par rapport à la foi, sur un plan secondaire et inférieur. De fait, la foi toute nue, si l'on peut dire, pourrait suffire. Le sacrement ne nous est donné que « pour confirmer l'imbécillité de notre foi », « pour s'accommoder à la rudesse de notre sens », « à la tardiveté

(1) R. Bazin : Charles de Foucauld, Paris, Pion, 1921, p. 94.

(2) « Se retirer de la communion, écrivait Bossuet, c'est donner à la tentation ce qu'elle demande. » Correspondance, t. VII, p. 230. Fénelon, sur ce point, fait écho à Bossuet : « La communion est le remède à la faihlesse des âmes tentées. » Œuvres, t. VIII, p. 582.

(iJ) Vinet : La solitude recommandée au pasteur. Nouvelles études éoangéliques, Paris, 1851, p. 296.

et infirmité de notre chair » (1). Il est comme le sceau mis par Dieu à ses promesses. Il y aurait orgueil à le négliger, mais il n'est pas indispensable au salut, il n'apporte pas je ne sais quelle grâce sui generis qu'il serait impossible d'obtenir autrement ; auxiliaire et stimulant de la foi, il ne nous permet pas de nous approprier les promesses divines autrement que ne fait la foi : il ne nous met pas en possession de la grâce autrement que par l'acquiescement sincère de notre ciœur à la Parole de Dieu. Aussi Calvin, avec saint Augustin, requiert-il « prédication aux sacrements, de laquelle la foi s'ensuivre » (2). Pour oesi raisons, il assure que le baptême des enfants n'est pas nécessaire au salut ; quand il n'y a ni mépris, ni négligence, on peut, sans crainte, s'appuyer uniquement sur la Parole de Dieu et les promesses faites aux « saints. » et à leurs enfants. C'est ce que le réformateur écrit à un seigneur italien qui se tourmentait à la pensée que son fils était mort sans baptême (3). Tout à fait dans cet esprit Drelincourt, dans ses Visites charitables, console un malade que son état empêchait de participer à la Sainte-Cène (la discipline calviniste interdisant les communions privées) et qui s'en désolait ; il lui explique que l'on peut communier spirituellement sans participer au pain et au vin, quand on se nourrit par la foi des promesses de l'Evangile (4).

Ce n'est pas à dire que les directeurs protestants ne convient par les lames à la Sainte-Cène (5). Si celle-ci n'est pas absolument nécessaire au salut, si elle ne nous apporte pas une grâce différente de celle que la foi peut s'approprier, elle est

(1) Inst. chrét.. IV, xiv, 1, 2,

(2) Inst. chrét., IV, xiv, 4.

l'A) Lettres françaises,.., t. I, p. 438.

(4) Les visites charitables..., t. I, pp. 440 et ss. Rappelons que Drelincourt regrettait, pour sa part, l'interdiction décrétée par la discipline et qu'il aurait volontiers donné la eommunion à des inalades en réunissant autour d'eux quelques parents et amis, de façon à former ainsi un commencement d'église. Cf. t. 11, p. 48. Cf. également : Dremncouut : Le faux pasteur convaincu ou Réponse à un libelle..., Charenton, Samuel Périer, 1656, p. 159.

Comme les calvinistes, les jansénistes admettaient facilement l'idée d'une communion toute spirituelle. Saint Cyran écrivait : « Ceux qui ne peuvent pas communier au corps du Fils de Dieu par impuissance ou par indisposition, trouveront leur nourriture en la seule parole de Dieu, s'ils la lisent en esprit, comme ils reçoivent en esprit le corps du Fils de Dieu. » Conduite journalière dressée par Messire Jean du Vergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran pour M. R. Pelletier Destouches en novembre 16U2, « Revue d'asc. et de myst. », 19^34, p. 270. « La parole de Dieu, disait-il encore, a la même vertu de nous fortifier que le corps même du Fils de Dieu, qui n'est que le principal œuvre de la parole de Dieu. » Lettre à M, David, « Revue d'asc. et de myst. », 1934, p. 270, note.

(5) Cf. L. Meyer : Lettres et fragments de sermons, pp. 105, 197, 297, etc. H. Bois : Lettres de direction..., t. II, pp. 60 et ss., etc.

nécessaire cependant d'une nécessité d'obéissance ; elle est un moyen privilégié de gnâce, eu égard à notre faiblesse, et, à ce titre, elle doit être recherchée, alors même que la grâce n'est pas liée à une communion matérielle. Le directeur protestant voit encore, dans la Cène, un moyen d'agréger à l'Eglise une âme hésitante et trop repliée sur elle-même, et de la faire sortir ainsi de son isolement spirituel. La Sainte-Cène, dans la pensée de Calvin, ne pouvait pas être dissociée de la Parole, ni, pratiquement, de la communion fraternelle de l'Eglise.

Ces considérations, sans rien enlever à la Sainte-Cène de sa valeur, expliquent pourquoi ce sacrement ne joue pas dans la piété et la direction protestantes le rôle primordial qu'il joue dans la piété et la direction catholiques. Il y a là une différence de conception qui va profond : tout le sacramentalisme institutionnel d'un côté, de l'autre un spiritualisme plus indépendant du rite, du prêtre, des formules, le souci de sauvegarder la liberté de la grâce, la volonté de ne pas l'enchaîner à des gestes extérieurs, la certitude qu'elle est promise à la foi seule.

5° Le caractère plus biblique de la direction protestante, plus ecclésiastique de la direction catholique, se manifeste dans un autre domaine encore, celui de l'inspiration, individuelle.

Le catholicisme, depuis l'aventure montaniste, a toujours éprouvé une certaine méfiance à l'égard de l'inspiration individuelle, et la Réforme, qu'il accuse d'avoir enfanté le néfaste individualisme protestant, n'a pu que redoubler cette méfiance. Aussi en est-il venu à emprisonner, en quelque sorte, le Saint- Esprit dans la hiérarchie ; celle-ci est le dépositaire non seulement de la tradition, mais encore de l'inspiration authentique. Toutes les autres inspirations sont soumises à son contrôle, et les évêques sont, dans l'Eglise, les organes en quelque sorte attitrés du Saint-Esprit. La direction spirituelle devient, dans ce système, lin moyen de contrôle des inspirations individuelles ; elle est à la fois une sauvegarde pour l'individu, qui soumet son inspiration au jugement de l'Eglise, et une sécurité pour l'Eglise, qui surveille par là et oriente les manifestations de l'Esprit. C'est ainsi que saint François de Sales en démontre la nécessité en opposant sa discipline salutaire à l'anarchie de « ces âmes qui ne veulent, à ce qu'elles disent, être conduites que par l'Esprit de Dieu, et leur semble que tout ce qu'elles s'imaginent soit des inspira-

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tions et des mouvements du Saint-Esprit » (1). C'est par la direction que l'évêque de Genève, qui prend ici à partie les protestants, croyait pouvoir soustraire l'inspiration aux périls du libre examen et, en dernière analyse, de riUuminisme. « Le directeur chrétien, a-t-on dit, a pour mission de déclarer au dirigé si telle ou telle de ses inspirations vient de Dieu ou de l'amour-propre » (2). Léon XIII, dans sa condamnation de l'Américanisme, avait précisément en vue « ceux qui rejettent toute direction extérieure comme superflue ou comme moins utile... étant donnés les dons que l'Esprit Saint répand dans l€si âmes fidèles » (3). L'ins>piration individuelle rend la direction non pas inutile, mais, au contraire, plus utile que jamais.

Quant à la Réforme, partie, semblait-il, pour élaborer une théologie de l'Esprit, elle a, si l'on peut dire, tourné court, en raison des excès des illuminés et des anabaptistes. Quoi qu'en pense le catholicisme, l'inspiration individuelle lui est suspecte, et, pour se garder des outrances de l'illuminisme, elle a fini par emprisonner le Saint-Esprit dans la Bible, comme le catholicisme l'a fait dans l'Eglise et la hiérarchie. Parce que l'Esprit est un et qu'il ne peut pas se contredire, la Bible sera la seule pierre de touche pour le discernement des esprits, l'iœuvre du Saint-Esprit ne pouvant que « sceller et confirmer en nos cœurs la doctrine qui nous y est dispensée » (4). Voilà pourquoi le protestantisTne ramène toujours à la Bible, alors/ que le catholicisme ramène à l'Eglise (5).

(1) Vrays entretiens spirituels, Œuvres, t. VI, pp. 214-215. Cf. encore : Introd. à la vie dévote, II, ch. XVIII, Œuvres, t. III, pp. 108-111.

(2) F. Vincent : Saint François de Sales directeur d'âmes, p. 441.

(3) Lettre du 22 janvier 1899.

« La direction, a-t-on dit, ne consiste pas à substituer l'action de l'homme à celle du Saint-Esprit. La première i*etient dans la ligne droite ; elle est le rail qui trace le chemin et empêche les écarts ; la seconde est le moteur qui donne l'élan et le mouvement. » L. P. : L'art de la direction spirituelle. « La vie spirituelle », 1935, p. 404. Cette image est révélatrice : c'est la direction qui trace le chemin, capte et canalise les mouvements de l'Esprit.

(4) 7ns/-. chrét., I, ix, 1,

(5) Il n'en reste pas moins une sorte de dualité au sein du protestantisme. Les affirmations relatives au caractère définitif et normatif de la Bible d'une part, les libres inspirations individuelles d'autre part (Quakers, Pentecôtistes, groupes d'Oxford) s'y heurtent périodiquement. Peut-être pourrait-on entrevoir une sorte de conciliation en maintenant le caractère définitif et normatif de la Bible quant à la doctrine. Y renon-^ eer, serait méconnaître la valeur absolue de Jésus-Christ. Le Saint- Esprit, en revanche, pousserait sans cesse à des réalisations pratiques inédites. De fait, n'est-il pas frappant que les gi'andes conquêtes chrétiennes (suppression de l'esclavage, amélioration du sort des prisonniers, traitement plus humain des aliénés, expansion missionnaire) aient

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