XIX
N'avez-vous point multiplié les charges et offices , pour tirer de leur création de
nouvelles sommes ? De telles créations ne sont que des impôts déguisés : elles se tournent toutes à l'oppression des peuples, et elles ont trois inconvénients que les simples impôts n'ont pas. i° Elles sont perpétuelles , quand on n'en fait pas le remboursement ; et si on en fait le remboursement , ce qui est ruineux pour vos sujets, on recommence bientôt ces créations. 2° Ceux qui achètent les offices créés , veulent retrouver au plus tôt leur argent avec usure ; vous leur livrez le peuple pour l'écorcher. Pour cent mille francs qu'on vous donnera , par exemple , sur une création d'offices, vous livrez le peuple pour cinq cent mille francs de vexations , qu'il souffrira sans remède.
3° Vous ruinez par ces multiplications d'offices , la bonne police de l'Etat; vous rendez la justice de plus en plus vénale ; vous en rendez la réforme de plus en plus
impraticable : vous obérez toute la nation; car ces créations deviennent des espèces de dettes de la nation entière : enfin , vous réduisez tous les arts et toutes les fonctions à des monopoles qui gâtent et qui abâtardissent tout. N'avez - vous point à vous reprocher de telles créations , dont les suites seront pernicieuses pendant plusieurs siècles? Le plus sage et le meilleur de tous les Rois, dans un règne paisible de cinquante ans , ne pourroit raccommoder ce qu'un Roi peut avoir fait de maux par ces sortes de créations, en dix ans de guerre. N'avez-
vous point été trop facile pour des courtisans, qui , sous prétexte d'épargner vos finances dans les récompenses qu'ils vous ont demandées, vous ont proposé ce qu'on appelle des affaires ? Ces affaires sont toujours des impôts déguisés sur le peuple , qui troublent la police , qui
DE CONSCIENCE. ÔJ
énervent la justice , qui dégradent les arts , qui gênent le commerce , qui chargent le public pour contenter en peu de temps l'avidité d'un courtisan fastueux et prodigue. Renvoyez vos courtisans passer quelques années dans leurs terres, pour raccommoder leurs affaires.
Apprenez - leur à vivre avec frugalité.
Montrez-leur que vousn'estimez que ceux qui vivent avec règle et qui gouvernent bien leurs affaires. Témoignez du mépris pour ceux qui se ruinent follement. Par là vous leur ferez plus de bien , sans qu'il en coûte un sou, ni à vous , ni à vos peuples , que si vous leur prodiguiez tout le bien public.