‹ Directions pour la conscience d'un roi, ou, Examen de conscience sur les devoirs de la royautéChapitre 54 sur 55 · A M. DE LOUVILLE · texte numérisé non relu

A M. DE LOUVILLE

faire obéir comme le roi notre maître est maintenant obéi dans tout son royaume. Un jeune roi qui arrive dans un royaume, où il est étranger, et d'une nation que l'Espagnol regardoit comme ennemie , doit se faire à la nation , se plier aux coutumes , s'accommoder aux préjugés , surtout s'instruire des lois du pays et les garder religieusement. A mesure que son application e;t son expérience croîtront , il verra croître aussi son autorité. D'abord il doit se ménager et n'entreprendre que les choses d'une nécessité absolue. Ce qu'il est impossible de redresser aujourd'hui se redressera dans dix ans , peu-à-peu et presque de soi-même. Qu'il écoute facilement , mais qu'il ne croye que sur des preuves claires; qu'on ne gagne jamais rien ni à lui parler le premier, ni à lui parler le dernier.

Le premier et dernier parlans doivent

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être égaux : c'est le fonds des raisons qui doit décider. Qu'il étudie les hommes ; qu'il ne se fie jamais aux flatteurs ; qu'il examine les talents de chacun ; que les bonnes qualités d'un homme ne lui fassent jamais perdre de vue ses défauts; qu'il craigne de s'engouer.Chaque homme a ses défauts. Dès qu'on n'en voit pas dans un homme , on le connoît mal , et on ne doit plus se croire. La grande fonction d'un roi est de savoir choisir les hommes, les placer, les régler, les redresser. Il gouverne assez quand il sait bien gouverner par ses subalternes.

Si le roi doit tant prendre sur lui, être si modéré , si appliqué , que ne doivent pas faire ceux qui ont l'honneur d'être auprès de lui. Je prie Dieu tous les jours pour Sa Majesté et aussi pour vous , Monsieur, que j'aime et que j'honore du fond du cœur.

A M. DB LOUVILLE. l8$

J'oubliois de vous dire que personne n'est plus persuadé que moi que le roi catholique est né avec une parfaite valeur et même avec des grands sentiments d'honneur en toutes choses. J'en ai vu des marques dès sa plus tendre enfance.

J'avoue que c'est un grand point à un roi que d'être intrépide à la guerre; mais le courage de la guerre est bien moins d'usage à un si grand prince que le courage des affaires. Quand se trouvera-t-il au milieu d'un combat ? Peutêtre jamais ! 11 sera, au contraire , tous les jours, aux prises avec les autres et avec lui-même , au milieu de sa cour. Il lui faut un courage à toute épreuve contre un ministre artificieux , contre un favori indiscret , contre une femme qui voudra être sa maîtresse. Il lui faut du courage contre les flatteurs , contre les plaisirs , contre les amusements qui le jelteroient

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dans l'inapplication ; il faut qu'il soit courageux dans le travail , dans les mécomptes , dans le mauvais succès. Il faut du courage contre l'importunilé , pour savoir refuser sans rudesse et sans impatience. Le courage de guerre , qui est plus brillant , est infiniment inférieur à ce courage de toute la vie et de toutes les heures. C'est celui-là qui donne la véritable autorité, qui prépare les grands succès, qui surmonte les grands obstacles, et qui mérite la véritable gloire. François I er étoit un héros dans une bataille ; mais c'étoit la foiblesse même entre ses maîtresses et ses favoris. Il dépensoit

honteusement . dans sa cour* toute la gloire qu'il avoit gagnée à Marignan :

aussi tout alloit de travers, et rien ne réussissoit. Charles , dit le Sage , ne pouvoit aller à la guerre à cause de ses infirmités; mais sa bonne et forte tète régloit

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