JOIE PASCAL K
La Passion aboutit à Pâques, la souffrance à la jouissance. Livrons -nous aux joies pascales, les laissant envahir doucement nos cœurs et refluer sur nos traits.
L — Lvi joie est le reflet d'une bonne conscience, l'épanouissement de l'âme, le fruit le plus exquis de la présence du Saint-Esprit dans un cœur, fruclus auteni Spiritus gaudium : opérer avec joie constitue la perfection des vertus.
La joie est une apologie abrégée de la religion, l'amorce des pécheurs, avec quoi ouvrir les consciences et consoler les âmes éprouvées.
La tristesse, au contraire, sorte de rouille spirituelle, accuse un malaise et une faiblesse morale qui prédispose à tout mal.
Notre-Seigneur gardait sa joie au sein de la tourmente, comme ces montagnes qui trouvent leur sérénité dans leur hauteur parmi les tempêtes qui labourent leurs flancs.
IL — « Que ma joie soit en vous, » c'est là son testament à la dernière Cène ; — <■ que votre joie soit comble » ; — « nul ne vous ravira votre joie. »
In vobis, non une joie évaporée et dissipante,
82 DIRECTIONS SPIRITUELLES A l'l'SAGE DES CLERCS.
tout extérieure et échevelée; mais une joie intime, recueillie, concentrée, qui jaillit du fond de l'àme, illumine l'esprit, dilate le cœur, épanouit les traits et répand par contagion une sainte allégresse autour d'elle.
Joie, non égoïste et intéressée, de ce que le temps pascal termine les privations du carême et nous promet des loisirs; mais joie désintéressée ei vertueuse , de ce que Dieu est Dieu, « gaudium de veritate », de ce que Jésus-Christ est désormais immortel, son Église invincible, nous-mêmes des prédestinés; de ce que la plus belle des vocations nous appelle à bref délai au saint autel et au service des âmes.
Joie enfin comble et imperturbable, comme Dieu qui en est l'objet et la source, joie que rien ne puisse altérer, qui garde son égalité parmi les inégalités de la vie et sa perpétuité dans sa plénitude; joie vertueuse et courageuse, qui nous fasse regarder nos peines comme des coups de vent qui avancent au port.
Dans nos chutes mêmes, soyons aussi fidèle à nous réjouir de Thumiliation qui nous en revient qu'à nous affliger de la peine qu'elles causent à Dieu.
Ainsi, durant le temps pascal, ayons pour refrain et pour oraison jaculatoire Yalleluia : laus Deol Cesl un écho de la patrie dans l'exil; un chant de victoire, d'amour et de joie.