AMOUR DES SOUFFRANCES
C'est sur le Calvaire et au pied de la Croix que TÉglise donne rendez-vous à ses fidèles durant la quinzaine qui prépare la fête de Pâques. Christo confixus siim cruci , doit dire chacun de nous, en s'armant de la pensée de la croix. Cultivons en nous, durant le temps de la Passion, la dévotion tau crucifix et au signe de la croix, l'amour des croix et des peines morales.
1. — Professons dabord une tendre dévotion envers le crucifix. Crucifix de nos chambres : le lit sanglant où il s'est étendu, cest la croix, pour expier le repos sensuel que j'ai pris dans les créatures; le salut des âmes lui a coûté toufson sang, comment leur refuser mes veilles et mon ap- Olication à l'étude?
la-uciUx des salles : mon unique maître, c'est le Christ; la croix est sa chaire, sa leçon le ver-
ta DIRECTIONS SPIRITUELLES
bum crucis. Je veux me tenir au pied de la croix avec la pureté de Jean, la componction de Madeleine et l'amour compatissant de Marie.
Crucifix du réfectoire : le morceau de pain que je mange est comme trempé dans le sang de mon Sauveur; mes péchés m'avaient mérité le sort du mauvais riche qui, depuis dix-neuf siècles, demande en vain une goutte d'eau à celui à qui il négligeait de servir les miettes de sa table.
Croix des chemins : grande religion pour ces sacrés emblèmes. Promettons- nous à l'avance d'introduire le crucifix à tous les foyers par les enfants des catéchismes, d'ériger dans nos paroisses de beaux calvaires, etc.
II. — Dévotion au si^r??/" de la croix. Après le saint Sacrifice, voilà la plus auguste des dévotions. Avec quelle religion je dois tracer sur moi le signe de la croix : c'est un drapeau que j'arbore sur mon front; cest un joug dont je charge mes épaules; mon cœur est le calvaire où j'enfonce la croix; c'est la cuirasse et le bouclier qui défend à l'ennemi l'approche de mon âme. Le coin du prince donne sa valeur et son cours à la monnaie dans un État ; le signe de la croix bien compris confère à nos œuvres un mérite inappréciable et place U chrétien dans le rapport le plus exact et le plus parJ fait avec les trois Personnes divines : Omnia Patri^ tout au Père, à qui tout doit remonter comme à sa source ; en tous mes actes, j'aurai son pur amour
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pour principe, sa plus grande gloire pour but, son bon plaisir pour règle : voilà mon programme de vie. Pi^r Filium, par les leçons, exemples et mérites du Fils. /// Spiritu Sancto, en vertu des lumières, attraits et forces que me départit l'Esprit- > Saint. Au nom du Père qui m'a créé, me conserve et me gouverne, du Fils qui m'a racheté, du Saint-Esprit qui me sanctifie.
III. — Amour de nos croix ou peines morales. La croix, c'est « la droite volonté à rencontre d'une traverse » : toutes les traverses de la vie sont autant de croix, la chair en travers de l'esprit, la nature en travers de la grâce. « Qui me suit, qu'il prenne sa croix. » A chacun la sienne : peines d'état, l'étude, les exercices spirituels; croix de Providence, venant du dehors, du corps et de l'àme; croix volontaires.
Il y a trois manières de porter sa croix : le faire en silence, avec résignation et courage, c'est bien ; avec amour ut cognoscat mundus quia diligo Patrem, c'est mieux; avec joie, c'est la perfection : proposito sibi gaudio sustinnit crucem.
Si nos croix nous semblent trop légères, le regret de nos crimes devrait nous tenir lieu de toutes les croix.
Et puis, que Notre-Seigneur soit offensé par nous ou par les autres, ses opprobres, si nous l'aimons, retomberont douloureusement sur notre cœur. Or, quelle crise dans l'àme des pécheurs,
80 DinEcriuNs si'iitm ELLES A l'lsage des clercs.
quelle lutte des passions et du remords, de la grâce et des habitudes invétérées, durant cette période des Pâques 1 Quelles angoisses pour les âmes dapôtresl Quelles agonies pour les vrais pasteurs 1 Quel temps de passion et de croix pour les confesseurs 1
L'Église ne descend jamais de sa croix : pour elle lunivers est un vaste calvaire, les siècles un perpétuel vendredi saint, sa Passion ne finira qu'avec le temps : voilà bien pour nous une matière suffisante à une juste douleur.
Enfin Notre-Seigneur à Gethsémani a prévu la part que nous prendrions en ces jours k sa Passion; il a été soulagé d'autant. Nous sommes les anges consolateurs de son agonie.
Usons de ces divers motifs et moyens pour nous unir à la liturgie , afin d'entrer en communion de souffrances avec notre bon Sauveur.