III. — Voici commcnl exercer cette belle vertu
I. — Entre le temps et l'éternité, pour portique, Dieu a placé la mort. Craindre la mort, c'est une lâcheté et une sorte de trahison. Nec timeo mori, disait saint Ambroise mourant, quia .botnim Domiiium hahemus, et sainte Thérèse : « Je m'en vais être jugée par mon meilleur ami. »
Heureux les morts! Qux erat pœna peccati fiicfa *'\/ hostia pro peccato. Notre-Seigneur a divinise la mort; il l'a rendue aimable, désirable, adorable en sa propre personne. C'est un holocauste à l'Arbitre de la vie; c'est une délivrance et la mise en sûreté de nos trésors; c'est un rendez-vous de famille.
La mort nous affranchit du contact odieux des méchants, de la fatalité de pécher, du danger de la damnation éternelle.
Pour nous, prêtres, la soutane est déjà un drap mortuaire. Sans cesse au chevet des mourants ou intercédant à l'autel pour les morts, nous devons vivre le corps en terre et l'âme au ciel. La mort nous réserve la découverte et la surprise de ce que nous valons par la grâce et de tout ce que le sacerdoce a fait de nous.
II. — En attendant, il faut subir la vie : devoirs, peines et plaisirs en composent la trame.
Or TEspérance chrétienne nous rend supérieurs à nos devoirs, elle nous fait mépriser les plaisirs et estimer nos peines.
Elle nous rend supérieurs à nos devoirs : Si labor lerrel, merces invitet. Chaque acte surnaturel de notre part a sa projection là-haut et nous acquiert un degré de lumière et d'amour, de honheur et de gloire pour l'éternité : notre ange travaille à notre couronne.
Lespérance nous inspire le mépris des joi<>y mondaines. Proscrits du paradis, nous sommes venus ici-bas dégoûtés et dédaigneux des petits bonheurs de la vie, fastidiosi venimus, dit un Père ; nous faisons à bon droit sur tout les délicats et les difficiles. Que me vantez-vous vos héritages 1 le mien est si vaste que l'éternité ne sufïlra pas à en faire le tour. — Vous m'étalez vos honneurs : vaine fumée qui se dissipe en se gonflant et me dérobe la vue du ciel. Pour moi, je suis le candidat des palmes immortelles, un aspirant au trône céleste, un héritier présomptif de sa couronne. — A'os festins, qu'ils sont fades et insipides! 0 (jiuini brèves, qiiam falsœ, qunm lurpes, quam deordinatx suni omnes mundi voluplates, dirai-je avec Vlmitalion. Je serai rassassié quand m'apparaitra votre gloire, ô mon Dieu; car vous enivrez vos élus de l'abondance de votre maison et vous les abreuvez au torrent de vos délices.
L'espérance nous apprend à mépriser nos peines : peines salutaires qui nous déprennent do
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la terre; pour sovrer son enfant, la mère a soin de mO'ler de l'amertume à son lait : peines heureuses qui font de la vie un court purgatoire; expiation et préservatif du péché, semence de mérites, avancement pour le ciel et gage de prédestination.
Cédons au saint ennui de la vie, laissons-nous gagner par la mélancolie de l'exil, par le mal du pays et la nostalgie du ciel. N'allons pas prendre l'hôtellerie d'un jour pour la maison de famille : qui non gcmil ul pi-n'ijrinus non (jaudebit ut civis, saint Augustin nous en avertit. 0 que le temps me dure'. Qu'il est assommant! 0 modicum lonr/um. — L'Esprit et l'Epouse s'écrient : Venez, Seigneur Jésus. — Et lui nous répond des rivages de l'éternité : Oui , je viens bientôt. — Venez, Seigneur Jésus, venez. C'est le soupir qui conclut l'Apocalypse et les Ecritures, comme au Credo : «je crois en Dieu, j'attends la vie du siècle à venir ».
Notre refuge dans l'exil, notre apprentissage du ciel, notre arsenal et notre trésor est la prière: Petite et accipietis ut yaudium veslrum sit plénum. Elle a toutes les promesses du ciel. Sans doute, cette promesse est conditionnelle et subordonnée à nos intérêts spirituels, quant aux biens temporels. Les grâces extraordinaires doivent être également sollicitées sous réserve du bon plaisir de Dieu. Et quant aux grâces communes, le temps, le mode et le moyen sont le secret de sa Providence ; mais le succès de telles requêtes est assuré et
infaillible, la promesse en est formelle et absolue : la condition unique, la voici : Fiez-vous à moi et cela vous sera fait : Crédite... et fiel vobis.
Exerçons-nous à cette foi aveugle dans le succès de nos prières.
PENTECOTE