LA TONSURE
Jusqu'à l'ordination de tonsure, les élèves du sanctuaire ne sont que des laïcs déguisés qui portent la soutane par tolérance. Ils n'ont droit aux livrées de la cléricature qu'à dater de cette ordination,
I. — La tonsure est le noviciat du sacerdoce. C'est un second baptême oîi tout rappelle le premier : nom nouveau, habit de blancheur et d'innocence, cierge symbolique; le clerc y devient un homme nouveau, placé à la frontière de deux mondes : insiliet in te spiritiis Doinini, et midaljeris i)i virum alium. Nous y prenons notre élan dans la carrière , nous donnons l'essor à notre vocation.
Sic vive i)i monasierio, ut cleriius effici merea- /■(s, répéterait saint Jérôme à un trappiste ou à un chartreux. C'est qu'entre les divers ordres dans l'Église, un seul se réclame immédiatement de l'institution de Notre-Seigneur, un seul est do
DIRECTIONS SPIRITUELLES A l'iSAGE DES CLERCS. [i'.'t
droit strictement divin, élevé à la digriilé de sacrement, seul essentiel à TÉglise dont les autres demeurent les précieux auxiliaires.
La tonsure prélude au sous-diaconat; c'est un engagement d'honneur; or, la parole dun honnête homme vaut ses serments.
II. — Aussi le cérémonial de la tonsure est plein de sens et d'un symbolisme expressif.
Le 7iom de clerc rappelle au tonsuré qu'il est la part à Dieu dans le monde, l'élu de son bon plaisir et l'objet d'un choix tout gratuit, electus inler millia. A son tour, il a choisi Dieu pour patrimoine (plus de prétentions aux héritages humains) et pour coupe de bonheur. Dieu seul fera désormais son trésor et sa joie : hibant cxtcri movli feras voluptates ; portio mea Dominiis est.
La tonsure retranche la chevelure, trop souvent enseigne de la vanité, symbole des superfluités mondaines et des attaches sensibles.
Désormais cette tête portera la couronne, en signe de royauté : servire Deo regnare est, comme marque de l'empire sur ses passions, en mémoire de la couronne d'épines de Notre-Seigneur dont elle fait trophée. Ces épines fleuriront des roses au ciel.
Le cercle de la tonsure, la plus parfaite des formes géométriques, rappellera au nouveau clerc qu'il a fait profession publique de perfection : sta^ tus perfeclionis acquisitx, observe saint Thomas,
non de perfection à acquérir, comme la vie religieuse : slatus pn-fectiouis acquirendx.
Ses insignes : c'est d'abord \h, soutane, espèce de drap mortuaire dont s'enveloppe le clerc pour traverser le monde. Notre deuil en est fait; perinde ac cadaver, restons immobile et insensible à ses attraits. Nous portons à l'église l'habit blanc, le surplis, sj^mbole de vie nouvelle et d'innocence, potius mon quam fœdari, insigne de l'homme nouveau, Notre-Seigneur Jt'sus-Christ, dont nous sommes revêtus et dont nous devons désormais jouer le personnage sur la terre.
La p/«ce du tonsuré dans le sanctuaire le tient séparé des simples fidèles, plus élevé qu'eux, dans le voisinage de l'autel. Dieu qui s'est fait une cour au ciel avec les anges, s'en fait une avec les clercs ici-bas.
Son emploi : désormais le chant des louanges divines lui incombe; or, si l'esprit parle, le cœur chante, contai amor... sans se répéter jamais.
Le détachement, comme il ressort du cérémonial de la tonsure, paraît manifestement la vertu propre du tonsuré et sa grâce d'état.