LA RÈGLE
Ordo dux ad Deum.
L — La règle assure à notre jugement une sorte d'infaillibilité pratique, rend notre volonté comme impeccable, confère à notre vie la mesure de perfection à laquelle le bon plaisir de Dieu nous appelle actuellement en fait d'expiation du passé, de mortifications, de pratiques de religion, d'oeuvres de zèle; enfin elle nous garantit la dose de bonheur dont notre existence ici-bas est susceptible. Le prêtre apprend par l'obéissance à commander : nemo secun'; praeest nisi qui libeatrr subest. Le sacrement de Tordre le consacre à l'obéissance qui enserre sa vie de toute part : rubriques à l'église, discipline au presbytère, arbitraire des fidèles : on a défini le ministère une
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servitude des âmes embrassée par amour. La n'gle enfin nous offre le meilleur gage de persévérance et de succès, car elle assouplit noire caractère dans la main de nos supérieurs, en même temps qu'elle rend le sceptre à notre conscience sur les instincts infîmes de la nature.
II. — Donc vivre à Dieu en vivant de règle, surtout par la ponctualité et le silence.
i" Ponctualilé qui imite la discipline militaire, se mettant au pas du règlement, enlaçant sa volonté aux moindres articles, au point de suivre, oserons-nous dire, comme un automate, pieds et mains liés, le signal du réglementaire. Ainsi on se lèvera au premier son de la cloche, de sorte que le second ne nous trouve jamais sur le même coté que le premier : « C'est la seule action de la journée, disait judicieusement saint Vincent de Paul , qu'il faille faire sans réfléchir. » Si la cloche nous surprend la plume à la main, nous laisserons un trait inachevé pour nous rendre au lieu du bon plaisir de Dieu, comme ces parfaits obéissants dont parlent les Pères du désert : on vit venir les anges achever la besogne de ceux qui se montraient ainsi les émules de leur obéissance. Quittons de suite la table au premier signal ; laissons suspendue la phrase à la fin de la récréation, quand la voix de Dieu nous en marque le terme.
"2." Silence -^ C'est le silence qui nous permet
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de vivre au séminaire en chartreux et en ermite à longueur de jour, à part les deux heures de la récréation. Faisons ici provision de recueillement. La dissipation d'esprit, voilà le grand péril et recueil principal du ministère. Dieu n'opère que dans le silence : il se tait, quand nous parlons; il • nous parle, si nous nous taisons. Le silence recueille; le dissipé est un dissipateur. Le silence attire sur l'âme des grâces de choix; il est le père des grandes pensées et de la parole publique; c'est lui qui donne aux traits mêmes du visage une expression parlante : Nemo securè loquiiur, nisi qui lihenter iacet.
Quoi de plus simple et de plus rationnel que l'article de notre règlement : « Hors le temps et le lieu de la récréation, ne point parler sans nécessité et, alors même, ne le faire quà voix basse et dans le moins de mots possible. » Répondre de même, si on nous prévient par une question, à moins que ce ne soit par amusement manifeste ; nous pourvoir d'une permission, si nous avons besoin à la cellule d'un confrère. Ce seul point du silence assure tout le reste et condense dans son énergique concision toute la règle du séminaire.
Mais le silence parfait embrasse toute l'activité extérieure et intime : silence des pas et des mains, maniant les objets avec précaution, conduisant les portes avec douceur et religion, disait le P. Lacordaire; silence des lèvres, évitant de rire ou de bâiller bruyamment; silence de l'ouïe, ne pas être
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friand de nouvelles; silence des yeux : en dehors des récn-ations et promenades, ne pas chercher à reconnaître ceux que nous rencontrons ou avec qui nous nous croisons en marche, etc., etc., — silence intime de la mémoire, rejetant les souvenirs importuns ou M\oles,jucenilia fuge,... omnia dedidici; silence de Timagination : nous en servir l)0ur reproduire les sc-nes de la Bible, de l'histoire de TÉglise et de la vie des Saints, non pour créer des situations fantastiques et nous repaître de rêves chimériques... ne viser qu'à passer comme une ombre parmi nos frères et sans nous faire remarquer, acquiesçant à tout événement et disant de cœur : Itrt, Pater, quonmm sic fuit placitian ante te.
III. —Le règlemmt particulier nous fait contracter rhabitude de mettre de l'ordre dans létude, la piété et les œuvres extérieures. Il est donc essentiel de concerter avec notre directeur remploi des intervalles en chambre, sans rien laisser au caprice. Voici quelques points à fixer : la demiheure d'Écriture Sainte qui ouvre notre travail et consacre les prémices de nos études; une lecture i^ieuse au retour de la récréation de midi ; la visite de dix minutes au Saint Sacrement avant le chapelet; le jour et l'heure de la confession et de la direction.
^^- — L'ne double sanction assurera l'accom-
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plissement de notre règle : la coulpe et la monition.
La coulpe, imitée des ordres religieux, est un acte de simplicité et de confiance par lequel on accuse à celui qui préside au dernier exercice les manquements de la journée relatifs à la règle.
La monilion est un service de correction fraternelle que nous rend un confrère édifiant, à même de nous suivre, à qui nous nous ouvrons et avec qui nous sommes intime. Elle portera sur les infidélités à la règle, sur les défauts extérieurs, les incorrections de langage, les manques de politesse, la modestie cléricale et les divers moj-ens de perfection.