‹ Directoire canonique à l'usage des Congrégations à voeux simplesChapitre 14 sur 226 · PRINCIPALES MODIFICATIONS · texte numérisé non relu

PRINCIPALES MODIFICATIONS

* Les Ordres religieux tirent, chacun le sait, leur origine et leur raison d'être de ces sublimes conseils évangéliques que notre divin Rédempteur adressa, pour tout le cours des siècles, a ceux qui veulent conquérir la perfection chrétienne ■ âmes fortes et généreuses, qui, par la prière et la comtemplation, par de saintes austérités, par la pratique de certaines règles, s'efforcent de monter jusqu'aux plus hauts sommets de la vie spirituelle. Nés sous l'action de l'Eglise, dont l'autorité sanctionne leur gouvernement et leur discipline, les Ordres religieux forment une portion choisie du troupeau de Jésus- Christ. Ils sont, suivant l'expression de S. Cyprien, rhonncur et la parure de la grâce spirituelle, en même temps qu'ils attestent la fécondité de l'Eglise y> (1).

On est loin d'avoir entièrement écarté- le voile qui dérobe à nos regards les origines de la vie religieuse. Sans doute déjà dans l'Ancien Testament on trouve de saints personnages, qui se retirèrent dans la solitude pour vaquer à la prière et se préparer à la mission à laquelle Dieu les appelait. Plusieurs réunirent autour d'eux des disciples, p. ex., Elie et Elisée au Carmel. On doit en particulier citer comme un précurseur de la vie monastique S.Jean Baptiste que S. Jérôme appelle ^ le prince des anachorètes ».

Cependant le christianisme seul porta l'idée du monachisme a sa pleine réalisation, Notre Seigneur posa lui-même les principes de la vie religieuse dans les trois conseils évangé-

(1) Lettre de Léon XIII au Cardinal Richard, Archevêque de Paris 23 décembre 1900.

liques • la pauvreté, la chasteté et l'obéissance, qu'il pratiqua lui-même, en laissant ainsi l'exemple à ses disciples.

La vie religieuse, depuis son origine jusqu'à nos jours, subit, dans sa forme extérieure, il est vrai, des modifications qu il ne sera peut-être pas inutile de rappeler ici brièvement

Nous savons que les premiers moines vécurent dans la solitude, menant une vie de contemplation et de prière qui n'excluait pas le travail des mains nécessaire a leur subsistance. A la suite de S. Paul l'Ermite, de S. Antome, de S. Pachôme les déserts d'Egypte et d'Orient se peuplèrent de solitaires Peu à peu cependant ce genre de vie anachoretique se modifia, et les religieux commencèrent à habiter en commun et à mener la vie cénobitique ; de plus, unis par 1 attrait de la charité et du salut des âmes, ils en vinrent à exercer autour d'eux le ministère pastoral. Ce fait se remarque en Occident, où dès le IV^ siècle la vie religieuse avait pris en essor si vigoureux, surtout à l'apparition de l'Ordre bénédictin. Bien que rangé ordinairement et à tort parmi les Ordres contemplatifs les anciens moines n'ayant pas connu la distinction entre vie'active et vie contemplative bien postérieurement introduite, l'Ordre bénédictin n'a jamais exclu le ministère des âmes quand l'occasion s'en présentait ou la nécessite s en faisait sentir. La vie de S. Benoît, écrite par S. Grégoire le Grand ainsi que les annales et les traditions de cet Ordre le prouvent

suffisamment. ,

Mais quelque fût le genre de vie embrassée par les premiers religieux, on peut y reconnaître, en Orient comme en Occident, la double note caractéristique de la vie religieuse d'une époque postérieure: l'exemption plus ou moins étendue de la juridiction épiscopaleet la solennité des vœux.

Le privilège de l'exemption n'est, à son origine, qu une concession accordée à des monastères individuellement, soit qu ils se plaçassent sous l'autorité immédiate du Souverain Pontife, soit qu'ils l'obtinssent de la faveur des rois ou des princes, ou même du bon vouloir des évêques. Ce ne fut qu au Al et Xlle siècle que ce privilège devint la condition commune des monastères.

Le développement est à peu près semblable quant à la solennité des vœux. Chez les ermites cénobites primitifs, il n'est nullement question de solennité des vœux ; ils pratiquaient les trois conseils évane^éliques. Avec S. Benoît et la diffusion de sa Règle, le vœu de stabilité, propre à son ordre, ainsi que ceux qui ont pour objet la vie religieuse, prennent un caractère officiel, d'où les premiers canon-'stes, tout entiers à fixer la valeur et les conséquences de ces engagements, dégagèrent, ce que l'on appela plus tard la solennité des vœux (1). A leurs yeux, ce n'était pas un privilège, mais une conséquence juridique propre aux vœux de religion, irritant tout acte contraire à ceux-ci.

Pendant de longs siècles, l'Ordre bénédictin, sous ses formes diverses, fut le seul ordre existant en Occident. Mais à partir du XIF et surtout au XIII^ siècle, on assiste à une merveilleuse efflorescence de la vie religieuse dans l'établissement des Chanoines réguliers et des Ordres Mendiants: Prémontrés, Dominicains, Franciscains etc. Ce mouvement ne fait que s'accentuer à partir du Concile de Trente par les multiples institutions de Clercs réguliers. Ayant pour fin essentielle le ministère spirituel à l'égard du prochain, ceux-ci différent des Mendiants non par les vœux, mais par le genre de vie moins austère, par l'habit qui souvent est celui du clergé séculier, par le nom.

Mais «l'Eglise, fondée parle Christ, possède en elle-même, par la grâce divine, une force et une fécondité telles qu'EUe a fondé durant les temps passés, pour ainsi parler, de nombreuses familles religieuses, de l'un ou l'autre sexe, qui se sont multipliées encore dans le cours des siècles. Ces associations, dont les membres assument le lien sacré des vœux simples, ont pour but de se consacrer à diverses œuvres de piété et de miséricorde » (2). Telle est bien la nature des

(1) Il serait très intcressant de montrer l'influence de la règle bénédictine sur le développement du droit des Réguliers, et même d'une partie de l'ancienne législation ecclésiastique.

(2) LEON XIII. Const. « Conditac a Christ" S (i.i<:iihrt' 1000. au prologue.

Congrégations à vœux simples, qui ne sont régulières qu'en

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