AVANT-PROPOS
Mes bien-aimés Confrères,
Depuis bien longtemps je nourris dans mon cœur un ardent désir de vous transmettre quelques instructions détaillées, qui puissent vous servir pour la consolation de vos âmes, vous soutenir dans la voie de la perfection sainte, à laquelle vous travaillez avec zèle et persévérance par la grâce et la miséricorde de Dieu, et enfin vous faciliter le moyen de conserver parmi vous l'esprit de notre Congrégation.
J'ai honte, très grande honte, de vous parler de perfection, moi qui ne fais rien, à vous qui vous immolez sans cesse à la gloire de notre Dieu et pour le salut des âmes, moi que le divin Maître trouve indigne de participer à ses glorieuses douleurs, à vous qui ne vivez que de souffrances !
Mais, bons et chers Frères, ne méprisez pas la parole de votre pauvre et misérable père, parce-qu'il
n'a pas plu à Dieu de le doter aussi abondamment que vous du don des souffrances. Vous savez que Dieu diversifie ses faveurs selon la diversité de $es desseins de miséricorde, toujours en sa divine sagesse, pour arriver au but qu'il se propose : la sanctification de ses créatures. Il vous a de toute éternité désignés comme des victimes, qui doivent être immolées au salut des âmes misérables, corrompues et livrées au démon depuis l'origine du monde. Pour cela il vous dote de surabondantes souffrances, et par ces souffrances, il veut vous élever à un grand degré d'amour et de sainteté. Il faut que ces \ Lctimes -oient saintes, a L'exemple de la grande victime de la propitiation universelle, et en union avec (die. A.ussi, toul en étant parfois accablé de tristesse, je surabonde de joie, à la pensée de vos continuelles douleurs et afflictions, parce que jesais ([lie la vie de ce monde n"esl qu'une vaine ombre, un songe qui passe; je sais que vous n'en faites pas un grand cas; je comprends trop vivement, trop intimement, l'immense bonheur dune âme qui soutire pour la gloire de son Dieu, d'une âme sanctifiée par ces saintes souffrances. Et si je n'ai pas été jugé digne de cette grâce, qui est au-dessus de toutes les grâces, j'ai au moins obtenu celle de me réjouir pleinement, en vous voyant ainsi comblés des faveurs qui semblent ne devoir être' accordées qu'aux plus chers et aux plus privilégiés serviteurs de Dieu.
Mais s'il n'a pas plu à Dieu de me donner la grâce inappréciable des souffrances de son Fils bienaimé, parce qu'il n'a pas voulu faire de moi une victime pour les âmes délaissées, il m'a donné celle de diriger dans sa vole les serviteurs qu'il s'est choisis pour cette fin, et qu'il veut sanctifier ainsi pour le salut de ces pauvres âmes.
En considérant l'ordre de la «race dans ce monde, je suis plus que vous, et vous devez écouter ma voix comme celle de Dieu ; car c'est lui qui parle par moi, sa divine grâce est avec moi, elle anime ma parole, et cela toujours dans le même but. pour votre sanctification et pour celle des âmes au salut desquelles il' vous immole. Dans l'ordre de la gloire, quand nous aurons le bonheur d'y être admis, les choses seront changées : là, vous serez plus que moi, parce que vous avez maintenant le bonheur de participer aux souifrances de Jésus-Christ, source et principe de notre élection et de notre sanctification. Et c'est ainsi que s'accomplira sa divine parole : Erunt noçissimi primi, et pi'imi novissimi.
Sachez donc, mes chers Frères, apprécier les choses exactement et selon Dieu, penclant le peu de temps que vous avez à passer dans ce monde. Ce monde, si misérable et si petit, devient riche et grand pour vous par vos souffrances, qui sont des trésors de richesses et de gloire, et parle dessein miséricordieux de notre Dieu tout-puissant et tout riche de bonté et d'amour. Maintenez-vous avec fermeté et suavité dans la voie sainte et laborieuse dans laquelle la bonté de Dieu vous a placés. La voie que
vous suivez es1 celle de Jésus votre divin Maître : suivez-la comme il l'a suivie, et, à son exemple, pour sanctifier les âmes, sanctifiez- vous vousmêmes, afin qu'elles soient sanctifiées dans la vérité de Dieu.
Gomme Jésus-Christ, qui a été envoyé par son Père et a vécu pour son Père, de même vous, qui avez été envoyés par lui. vous devez vivre pour lui et clans l'esprit de sa sainteté. Jésus-Christ, votre bien-aimé Sauveur. s*e>t sanctifié et a sanctifié ses souffrances pour le salut des âmes, et c'esl ainsi qu'il le> ;» engendrées dans La douleur et sanctifiées dans la vérité. Vn missionnaire envoyé par Jésus- Ghrist, qui ne se sanctifie pas. qui ne sanctifie pas ses souffrances, ne sanctifie pas le^ âmes dans la vérité. Il faut que la sainteté de Jésus-Christ réside dans le missionnaire, el cette sainteté doit en même temps se fonder dans sod intérieur et se produire dans Sa conduite par ^<»n tra\ ail et par sa souffrance. C'est ain^i qu'à L'exemple de Jésus-Christ il enfante les âmes à Dieu dans la vérité, parée qu'il Leur communique la vie du Sauveur qui est en lui.
Nous devons tous nous considérer comme des victimes dévouées, parla volonté toute miséricordieuse de Dieu, au travail, à la douleur, à l'épuisement et à la mort, pour sa gloire et pour le salut des âmes. Et si tous nous n'avons pas le bonheur de souffrir au même degré, cependant nous sommes tous désignés comme victimes de la gloire de Dieu pour le salut des âmes, et tous nous sommes appelés à la sainteté de Jésus-Christ notre Maître.
Réjouissons-nous donc tous, dans la paix de
Jésus-Christ et dans l'humilité de notre cœur, d'être appelés par Dieu à être immolés avec son Fils bien-aimé ! Que ceux d'entre nous qui ont le bonheur de souffrir le plus mettent leur joie dans leurs souffrances et se sanctifient dans amour de Jésus. Que ceux d'entre nous qui souffrent le moins se mettent à la disposition de Jésus pour souffrir pour lui; qu'ils ne s'affligent pas de leur partage, qu'ils se sanctifient par leur travail et par leurs désirs, dans l'humilité de leur cœur et dans l'amour de Jésus.
Étant donc pénétré profondément de la pensée, qui m'apparaît comme une certitude, que Dieu a des desseins de miséricorde spéciale et de sanctification sur nous tous, j'ai eu un désir vif et ardent de vous adresser ces quelques instructions, afin de vous animer, s'il m'était donné d'En-haut, dans la voie de la sainteté, dans laquelle la bonté de Jésus vous a engagés et où sa grâce divine veut vous faire avancer à grands pas, comme aussi de vous éclairer autant qu'il est en moi.
Quelle douleur, quelle chose désolante, quelle déception affreuse, si vous couriez en vain, si vous étiez tanquam aérera verberantes! Et vous le seriez, mes bien-aimés confrères, si le relâchement s'introduisait dans vos âmes, si les vices, les mauvaises tendances, les défauts, les faiblesses, les imperfections de votre nature prenaient le dessus sur les grâces surabondantes que la divine bonté de Jésus vous a données, qu'il vous donne sans cesse et qu'il est prêt à doubler, à tripler, si vous êtes fidèles.
Fidèles, enfants du Cœur de Marie, pourriez-vous ne pas l'être ?
Oui, vous le pouvez, parce que votre nature es1 faible et mauvaise, et tous vous vous rendez ce témoignage que. dans bien des circonstances, vous ne l'avez pas été, maigre la vigilance et la sollicitude pleines d'amour et de tendresse de notre bien-aimée et toute bonne Mère. Que Dieu veuille donc, par son intercession, donner à ma parole vide et nulle toute la force, la lumière et la sainteté de sa parole divine, afin que vous y trouviez le rafraîchissement, le courage et la fermeté nécessaires* pour persévères avec ferveur dans la voie de la sainteté et de l'amour de Jésus !