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OBLIGATION DE LA SAINTETE

[L'obligation de la sainteté résulte pour nous de l'excellence de notre vocation et des conséquences qu'entraînerait notre défaut de sainteté ; elle nous est démontrée aussi par l'exemple et par les paroles de Notre-Seigneur, ainsi que par la manière dont il a formé ses Apôtres.]

1° Excellence de notre vocation

Dieu est grand et puissant en miséricorde à notre égard. Que chacun de nous sonde la profondeur de son néant, examine sa faiblesse, sa pauvreté, son indignité, revienne sur son passé, et considère où Dieu Fa cherché pour l'élever à une vocation qui nous met au nombre des Apôtres de Jésus-Christ, si nous sommes fidèles à sa grâce.

Faibles et débiles, nous étions prosternés à terre, ayant à peine la force de ramper dans les derniers rangs des serviteurs de notre Dieu. Sa miséricorde nous a relevés et nous a mis debout. Plongés sans force dans le fumier de notre orgueil, de notre mauvaise nature et de nos péchés, nous en avons été arrachés, et cela, non pas pour devenir des serviteurs

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ordinaires, mais pour être placés dans Les rangs des princes de son peuple. Qu'avons-nous l'ait pour mériter cette Immense faveur? Suscitans a terra inopem, et de sterçore erigens pauperem ; ut collocei eum cum principibus, <-iim principibus populi sui! Quand il a plu a Dieu d'envoyer sou Fils pour sauver Le monde, il a préparé de Loin l'Humanité sainte qui devait opérer le salut du genre humain: il a sanctifié -a \ jctime avant de L'immoler. El uous, qui devons avoir part aux travaux et aux souffrances de Jésus, pour le salut du inonde, et ensuite à sa gloire, il nous a pris du milieu de nos misères et ,lc n.»- péchés, et il mm- unit a -on divin Fils et à

son ouvre «le Sanctification dans le monde !

Voudrions-nous confondre le- desseins de Dieu, l'aire rougir Jésus-Christ de notre compagnie? Mejs bien-aimés Frères, ce sérail une honte et une confusion profonde pour nous et pour notre dit in Maître, si nous restions dans la malice de notre mauvaise nature, -i non- n'entrions pas dan- la voie de la divine sainteté.

Jésus nous a choisis, non- a associés avec lui. pour que nous chassions le démon et que nous détruisions -on règriÇ sur le- âme-: il nous revêt de sa puissance sur L'enfer. Mai- comment pourronsnous agir en la vertu de Jésus*Christ, -il ne règne pas en nous ? Comment pourrons-nous détruire la puissance du démon, si le démon a encore autorité dans notre âme? Nous ne pouvons être à la fois et son maître et son serviteur.

Songeons que notre vocation est le plus grand bien lait (pie Dieu accorde à une créature, et que ce

bienfait demande d'elle une sainteté en rapport avec le dessein de la miséricorde de Dieu qui appelle et avec la vocation à laquelle il appelle; faute de quoi, on se rend indigne de la prédilection de Dieu, on détruit les desseins de sa miséricorde, et on avilit une vocation glorieuse, par laquelle on est élevé au-dessus de toutes les créatures.

Un homme appelé à l'apostolat, et revêtu à cet effet du caractère de Jésus-Christ, qui s'éloigne de la sainteté de son maître pour vivre en homme de la terre, et conserve les défauts et les vices de la nature, cet homme ressemble à un roi qui, la couronne en tête, se revêtirait de sales haillons et traînerait sa vie dans les cabarets...

2° Conséquences funestes de notre manque de

sainteté .

Mais ne nous contentons pas de méditer l'idée générale de notre vocation ; considérons son fond intime, et nous nous convaincrons qu'il serait cruel pour nous, pour les âmes et pour les Cœurs de Jésus et de Marie, que nous restions dans la voie commune des autres hommes, que nous nous traînions dans la bassesse des sentiments de notre nature, de ses vices et de ses défauts.

Vous connaissez mieux que moi le malheur immense des âmes qui vous environnent, les ténèbres qui les couvrent et la perversion dans laquelle elles sont plongées ; vous comprenez donc mille fois mieux que moi le mystère de la miséricorde du Dieu qui

s'est incarné pour leur salut. Grande et divine est cette miséricorde infinie de Dieu! Mais cette miséricorde exige, avec une rigueur aussi grande que son infinité, que nous soyons saints, car si nous ne sommes pas saints, elle devient nulle, et se transforme pour nous en une justice qui nous condamnera.

Le Fils de Dieu, voyant L'abîme de corruption où les âmes étaient plongées, s'est incarné pour venir à leur secours; il a passé trente-trois ans sur la terre, il s'est donné en modèle, il a enseigné la doctrine sainte de son Père, il a souffert, il est mort pour tirer ces âmes de l'abîme de maux où elles étaient, où elles devaient être pendant l'éternité.

Ayant accompli avec une grande surabondance tout ce qui devait tonner l'immense trésor des grâces pour le radial <•( le salut de ces âmes, il nous envoie, munis de tous s,., trésors, enrichis nousmêmes de m'^Ioiis. fortifiés de sa puissance et revêtus de son caractère, pour que, en son nom et par sa vertu, nous arrachions ces âmes à la puissance de l'enfer. Malheur à nous si nous sommes infidèles, si nous ne répondons pas à ses dçsseins, restant des hommes terrestres, tandis (pie pour faire l'œuvre divine de la Rédemption des âmes, il est nécessaire que nous soyons des anges de sainteté ! Par la bassesse de nos sentiments, nous rendrons nullel'lncarnation du Verbe, nous perdrons tous les travaux, toutes les peines, les souffrances et la mort de Jésus- Christ!

Et les âmes qui brilleront éternellement dans l'enfer, parce que leurs sauveurs n'auront pas été

fidèles à la suréminente grâce de sainteté qui leur avait été donnée, ne (trieront-elles pas, du fond de l'abîme, que c'est notre faute si elles se sont perdues, et que, si nous avions été saints comme Jésus- Christ a été saint, nous les aurions sauvées du gouffre éternel où elles gémissent ?

Pauvres âmes ! Trop faibles et trop malades pour se sauver elles-mêmes, elles se perdent éternellement par les faiblesses de ceux qui sont envoyés pour les sauver !

3° Exemple et paroles de Notre-Seigneur.

Jésus-Christ nous a montré par son exemple et ses paroles qu'on ne peut avoir une part active à son œuvre de Rédemption qu'en se sanctifiant, c'està-dire en vivant saintement soi-même. Cette sainteté de notre vie doit avoir les mêmes fins que celle du divin modèle.

Jésus -Christ, notre Seigneur, en venant au monde, avait déjà assez fait pour racheter le genre humain ; un seul élan de son cœur vers son Père aurait obtenu cette régénération, et l'aurait obtenue par un mérite surabondant. Mais il entrait dans les desseins de Dieu que les hommes fussent rachetés à un prix exorbitant ; et cela peut se comprendre à raison du ravage que le péché a fait dans leur cœur. La moindre des actions du Verbe incarné aurait suffi pour ce rachat ; et tout homme revenant à Dieu serait bien reçu, n'eiït-il d'autre rançon à présenter pour ses péchés qu'une seule larme versée par l'Enfant Jésus dans son berceau 4

Mais la difficulté est d'amener les volontés libres et pervertie^ des hommes à ce retour vers Dieu, et de leur faire accepter les mérites de Leur Sauveur, pour les offrir à Dieu en rédemption de leurs péchés. Ce retour vers Dieu et cette acceptation des mérites du Sauveur doivent être opérés par les associés et les continuateurs de la mission de Jésus- Christ sur la terre. Pour cela, leur Maître communique à leurs âmes son divin Esprit, Lès revêt de son caractère sacerdotal pour en faire d'autres luimême, met dans leur cœur sa divine vertu, et. les ayant ainsi transformés, armés de sa puissance. remplis de sa doctrine et de sa sainteté, il les envoie, eu vertu de sa toute-puissance, pour répandre dans Le momie la doctrine de sainteté dont ils sont remplis eux-mêmes. Data est nrihi omnis potestas in cœlo et in terra ; euntes er'go docete.

Pourquoi Jésus invoque-t>il i<-i sa toute-puissance, quand il s'agit de nous envoyer prêcher sJ( sainte doctrine? C'est qu'on donnant cette admirable mission à des créatures faillies et imparfaites, il les transforme et en fait des hommes tout autres; d'hommes de la nature il fait des hommes de grâce; d'hommes faibles et infirmes il fait des hommes saintement puissants ; d'hommes ténébreux il fait des hommes de lumière éternelle.

Et pourquoi cette admirable transformation? Parce qu'elle est nécessaire pour ramener les pécheurs vers Jésus, leur appliquer ses divins mérites et par là les sauver et les sanctifier. Les pécheurs ne peuvent venir d'eux-mêmes : Quojnodo audient sine prœdicante? Et quomodo prœdicabunt nisi

mittantur ? Il leur faut les envoyés de Jésus pour les prendre par la main et les conduire à leur maître ; mais il faut aussi que ces envoyés soient transformés, il faut qu'ils soient saints.

Le retour des pécheurs dépend de notre sainteté, et cela pour trois raisons.

i° Les pécheurs sont tenus dans leur péché et dans la captivité du démon par tous les points de contact de leurs âmes ; tous Leurs sens sont pris et enlacés par le démon et par la chair ; ils ont besoin que la parole de Dieu entre en eux par tous les pores, pour les détacher du péché et les délivrer du lacet du démon. L'envoyé de Jésus-Christ qui n'a que la parole de sa bouche devient impuissant ; sa parole entre par les oreilles et s'évapore au milieu de la chaleur des passions, qui étouiïent le germe que cette parole faible a pu produire. Il faut qu'il parle à tous les sens par la sainteté éminente de sa vie, qui, jointe à la parole, pénètre dans tous les sens et parvient peu à peu à amollir ces cœurs durcis par le péché, à rafraîchir ces âmes desséchées, à amortir ces passions déchaînées, à éclairer ces intelligences ténébreuses.

2° Le démon est tout-puissant en ces âmes abîmées dans le péché ; armé de toute sa puissance tyrannique, il serre ces âmes pécheresses dans les étreintes des passions et dans* les ténèbres de la superstition. Pour débusquer ce fort armé, il faut une puissance plus forte que la sienne ; cette puissance est et ne peut être que l'esprit de la sainteté de Jésus.

Il ne suffit pas d'être envoyé par le Fils de Dieu pour forcer L'ennemi de Jésus dans ses nombreux retranchements; il faut encore posséder l'esprit de sa mission. Si l'homme envoyé par Jésus est en partie sujet de l'ennemi qu'il attaque, comment peut-il le vaincre? Si le démon est maître dans son âme, par son désir des jouissances de la terre, par son orgueil, par ses recherches continuelles de luimême, par sa lâcheté, -es faiblesses, sa dureté et ses autres défauts, comment cet homme peut-il prétendre avoir le dessus sur un ennemi aussi puissant qui le domine lui-même? Il faut donc que l'homme de Jésus-Christ, <pii se présente pour chasser Le dénion du cœur des pécheurs, soit revêtu du bouclier et de la cuirasse de la sainteté, qu'il soit animé, vivilié. fortifié par L'esprit sanctificateur de son Maître, et que, ainsi animé et vêtu, il s'élance dans le combat, faisant vibrer L'épée de la parole du Dieu tout-puissant. L'enfer tout entier se Lèverait alors contre lui. qu'il serait victorieux. Mais s'il reste homme de la nature, faible et imparfait, ses efforts seront rendus inutiles par le moindre «les démons : il passera misérablement sa vie dans l'inutilité, et fera Languir la toute-puissance divine miseà sa disposition.

"3° Les hommes pécheurs et éloignés de Jésus- Christ ne jouissent pas des mérites de la Rédemption, parce qu'ils ne viennent pas à lui pour en recevoir Le bénéfice; ils ne viennent pas à lui, parce

qu'ils ne croient pas en lui. ni en ses divins mérités; ils ne croient pas. ou parce que le démon et

leurs passions les empêchent de croire, ou parce qu'ils n'écoutent pas; et ils n'écoutent pas, parce que le démon et leurs passions les empêchent d'écouter. Et ainsi, noyés dans leur ignorance et dans leurs péchés, ils n'ont aucun mérite à offrir pour obtenir la première grâce de leur retour. Il faut qu'un autre la mérite pour eux et'l'attire sur eux : cet autre est celui qui leur est envoyé. Il faut donc que celui qui leur est envoyé soit saint.

Cette sainteté l'ait partie de sa mission. L'homme envoyé par Jésus-Christ manque à cette mission qui lui est donnée, s'il ne travaille pas sérieusement à sa sanctification. S'il'y travaille, il y parviendra ; car celui qui l'a envoyé, l'ayant envoyé pour cela, lui donnera tout ce qui est nécessaire pour y arriver.

Qu'on médite cette parole du Sauveur : Sicut misit me vivens Pater, et ego mitto vos. Comment le Père a'-t-il envoyé son Fils ? Ne l'a-t-il pas envoyé dans l'esprit de la sainteté? Ne l'a-t-il pas envoyé pour qu'il se sanctifie lui-même, afin de sanctifier les autres dans. la sainteté et la vérité ?

Or, Jésus-Christ nous envoie comme il a été envoyé. Notre mission est la sienne ; c'est Jésus qui vit dans ses envoyés, qui souffre dans ses envoyés, qui attire les âmes à Dieu son Père et leur communique la grâce par ses envoyés. Mais pour que Jésus vive dans ses envoyés, et fasse toutes choses en eux et par eux, il est nécessaire que ceux-ci vivent en lui, unis avec lui dans leur vie, leurs souffrances et leur action apostolique.

Sil n en est pas ainsi, ils ne sont les envoyés de Jésus-Christ qu'en figure, et non en réalité. Jésus «i été envoyé par son Père, non comme une figure, mais possédant en lui la vie substantielle du Père. Eh bien! il nous envoie comme il a été envoyé. Son Humanité sainte a été marquée du caractère substantiel du Verbe, elle possède en elle la vie et les mérites du Verbe : de même Jésus-Christ, en nous envoyant, nous a marqués de son caractère sacramentel : il vit en nous et clans nos o'iivres apostoliques, et il leur communique ses mérites : par là notre vie cl nos œuvres sont devenues siennes. Mais pour cela, il faut que notre vie et nos ouvres soient semblables aux siennes : car Jésus ne vit pas dans celui qui ne lui est pas semblable, et ses mérites ne lui sont pas communiqués.

Tout dans notre mission est semblable à sa mission, excepté le fond des mérites qui forment le prix des âmes : ce fond est en lui seul, ainsi (pie les grâces qui en découlent : lui seul a pu faire des actions d'un mérite infini, parce qu'en lui seul réside la personne du Verbe.

Ne pouvant nous donner ce qui est incommunicable, il a mis à notre disposition tout ce qui pouvait nous être donné, en vivant en nous et en nous communiquant la mission qu'il a reçue de son Père, dans les conditions où il l'a reçue. Quelles étaient ces conditions? Qui videi me. pidet et Pathem. Le Père, ayant voulu se réconcilier le monde, lui envoya son Fils pour le représenter au milieu des hommes et les attirer à lui. Et le Fils a dit : Qui pidet me. çidet et Patrem. S'il parlait ainsi, ce

n'était pas seulement parce que la nature du Verbe vivait substantiellement en Jésus-Christ, car aucune créature humaine ne pouvait voir la substance divine vivant dans l'Humanité sainte, mais parce que tout homme la voyait dans ses effets. Le Verbe de Dieu se rendait manifeste aux yeux de tous les hommes par sa sainteté et ses œuvres. Jésus-Christ à son tour nous envoie comme il a été envoyé luimême, et il veut que ceux qui nous voient, le voient en nous comme on voyait son Père en lui, et cela par la sainteté de notre vie, par la ressemblance de notre vie avec la sienne, et par notre union avec lui.

Voilà pour notre vie en général ; il en est de même pour les détails. Jésus-Christ nous dit qu'il faisait les œuvres de son Père : Si non facio opéra Patris mei, nolite credere. Et ailleurs : Pater usque modo operatur, et ego operor. De même, nos œuvres doivent être les œuvres de celui qui nous a envoyés, et nous ne devons les opérer qu'autant qu'il les opère lui-même en nous par sa grâce.

La doctrine de Jésus n'était pas la sienne, mais celle de son Père ; il ne disait pas même une parole qui ne vînt de son Père : Quœ audiçi a Pâtre hœc loquor. De même, tout notre enseignement et en général toutes nos paroles doivent être empreintes de l'esprit de Jésus.

Enfin, Jésus, envoyé par son Père pour sauver les hommes, n'est pas venu chercher sa propre gloire :

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\on quœro gloriam meam; ni pour trouver sa propre satisfaction et se complaire en lui-même : NunijiKim sibi placuit; ni pour juger et condamner : Non venit Filins hominis ut judicet mundiini; ni pour l'ain- sa propre volonté : Descendi de cœlo non uf faciam voluntatem fneam. Son l'ère l'avait envoyé : il ne vivait que pour son l'ère et pour l'accomplissement de la mission <pèil en avait reçue, mission de miséricorde el de sainteté. A.ussi toute sa vie h ii mai ne était une vie de miséricorde el de sainteté. Et cela pour deux raisons : il devait représenter parmi le> hommes la sainteté el la miséricorde de son Père, et il devait sanctifier les hommes en leur montrant la sainteté el la miséricorde de son Père, exprimées dans sa vie divinement humaine

sur la terre : l'A />/■<> fis ego SOtlctificO incipsum,

utsint et i/>si sanctificati in peritate.

Envoyé par son Père dans l'çsprit de sainteté et de miséricorde, il ne vit que pour son l'ère et pour les âmes qu'il est venu sauver, et pour cela sa vie est une vie d'abnégation, «le sacrifice, d'humiliation, d'obéissance et d amour, pleine «le force et de mansuétude. Il nous envoie à son tour, et il nous envoie avec le même esprit, et dans |«>s mêmes conditions. Il ne donne (pie ce qu'il a reçu de son Père : Sicui misii me l'a 1er. <■/ ego mitto rus. Nous SO mines a Jésus ce que Je SUS était à SOI) l'ère : nous ne devons vivre que pour lui. nous devons chercher toujours -a gloire^el non la nôtre : nous devons avoir, en toute notre vie et en toutes nos œuvres, sa sainteté. s,i miséricorde, son abnégation, son amour des souffrances, sa charité, sa forée «t sa douceur.

Malheur à nous, si nous sommes amateurs de nous-mêmes, si nous sommes orgueilleux, si nous avons la nuque dure et ne voulons pas la courber avec souplesse et amour sous le joug' doux et léger de la divine volonté, si nous avons un esprit de rigueur, de dureté et de jugement ! Nous ne sommes alors que des avortons d'apôtres. Notre apostolat, non seulement sera stérile, mais il sera mort, et la vie de Jésus ne sera pas avec nous...

Mais heureux, mille fois heureux, si nous nous vidons de la malice orgueilleuse de notre mauvaise nature, pour nous vivifier de l'esprit de Jésus qui nous a envoyés! Nos souffrances, nos sueurs et nos travaux nous feront briller au milieu des anges et des saints comme des soleils dans le firmament ; toutes nos actions seront pleines de grâces et bénies de Dieu, et nous peuplerons le ciel de bienheureux.

4° Manière dont Notre-Seigneur a formé ses

Apôtres.

Pour achever de nous convaincre que, en nous envoyant, notre divin Maître veut que nous lui ressemblions, nous n'avons qu'à considérer des trois ans de sa vie publique. Dans quel but a-t-il parcouru avec ses Apôtres les villes et les campagnes de la Judée, de la Galilée et de'la Samarie, pendant ces trois années ? Etait-ce pour convertir ces pays par ses prédications et ses miracles ? Si tel avait été son but, pourquoi, après tant de travaux, et après sa sainte et cruelle Passion, avait-il obtenu un si

faible résultat? Si Jésus-Christ avait eu dans ses prédications le dessein de convertir les peuples de la Judée et de la Samarie, la ve: lu divine qui était en lui substantiellement aurait obtenu tout le résultat qu'il s'était proposé.

Mais non, Jésus voulait montrer, à ses Apôtres et à tous ceux qu'il devait envoyer aux âmes jusqu'à la fin du monde, comment ils devaient vivre en leur particulier, comment ils devaient agir à l'égard des hommes, comment ils devaient parler, comment ils devaient souffrir, comment ils devaient travailler au salut des âmes. Aussi, à la fin de sa vie sur la terre, à la dernière action qu'il faisait au milieu d'eux, il leur dit : Exemplum dedi vobis, ut quemadmodum ego feci çobis, ita et vos faciatis. Cette parole est dite après le grand exemple qui nous apprend la charité et l'humilité docile et obéissante, qui doivent nous animer les uns envers les autres : Non est servus major domino suo, nec apostolus major est eo qui misit ilhim. Ces paroles, Exemplum dedi vobis, couronnent toute sa vie au milieu de ses Apôtres, et leur apprennent qu'en tout ils doivent imiter leur Maître.

Jésus a voulu être le modèle de tous les siens, et il a voulu être leur modèle pour être imité par eux. Il est le modèle des simples fidèles, par les vertus pratiquées dans ses actions privées et dans ses rapports habituels avec son Père et avec les créatures ; il est le modèle des âmes consacrées à Dieu d'une manière spéciale, clans sa vie cachée intérieure et religieuse ; il est le modèle des hommes consacrés à son Père pour l'apostolat, dans l'ensem-

ble de toute sa vie, et cela dans la plus haute expression de la sainteté qu'il nous y a manifestée. Dans les deux premiers états, il est modèle pour être simplement copié ; mais il est notre modèle à nous, pour faire de nous des modèles pour les autres. Une copie, destinée à rester isolée, peut avoir une plus ou moins parfaite ressemblance avec son original ; mais une copie destinée à servir de modèle a besoin d'être parfaite.

Conclusions.

Prenons notre position au sérieux et ne rapetissons pas nos idées. Nous avons fait un contrat avec Notre-Seigneur Jésus-Christ ; nous avons accepté le mandat qu'il nous a donné ; nous sommes entrés dans la sainte milice des conquérants des âmes : il n'y a plus à reculer, nous avons à remplir les conditions de cette admirable milice. Marqués du sceau de Jésus-Christ pour cela, nous ne pouvons plus retourner en arrière ; ce sceau est ineffaçable. En abandonnant sa bannière, nous serions reconnus par lui pour des déserteurs ; or, pour rester sous notre drapeau, sous le drapeau apostolique de Jésus, il faut que nos âmes soient revêtues de l'uniforme de la sainteté de Jésus !

D'ailleurs, consacrés à Dieu par le baptême, consacrés par les engagements religieux, consacrés par l'apostolat, c'est une nécessité pour nous de remplir ce triple engagement. Nous contenterons-nous d'être chrétiens, tandis que nous devons être des religieux et des apôtres ?

Et si nous avions cette idée de nous contenter d'être chrétiens, examinons si nous avons la sainteté chrétienne, si nous ne manquons pas des vertus chrétiennes. Si nous manquons des vertus chrétiennes, nous sommes triplement coupables. Si nous possédons les vertus chrétiennes, nous ne manquerons pas des vertus religieuses et apostoliques; car nous ne pouvons avoir les vertus chrétiennes sans l'opération de la grâce eu nous, et si la grâce de Dieu est maîtresse (huis nos âmes, elle fera nccessairemenl de nous des religieux et des apôtres. Que si nous sommes infidèles à la grâce divine quant à la sainteté- de la vie religieuse et «le la vie apostolique, celte grâce ne nous donnera pas non plus la sainteté de la vie chrétienne.

Il n'y a donc pas de milieu pour nous : ou il tant être les imitateurs du Maître dans la vie religieuse et apostolique, ou nous serons de pauvres chrétiens; <>r. c'e^t un grand malheur pour un liomnie apostolique (h1 n'être qu'un pauvre et faible chrétien ! Gui maltum daium est, multum queeretur ah eo.

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