CONDUITE VIS-A-VIS DES AUTORITES CIVILES
Combien il importe d'entretenir de bons rapports avec les autorités civiles.
Le Vénérable Père a toujours compris la nécessité et les avantages qu'il y a pour les missionnaires à entretenir de bons rapports avec les représentants de l'autorité civile des pays dans lesquels ils ont à exercer leur ministère. Aussi a-t-il fait de ce point l'objet de ses recommandations les plus instantes. Au premier groupe de missionnaires partis pour l'Afrique avec Mgr Barron, il transmettait, en novembre 1843, le texte d'un accord passé avec le Gouvernement : il leur écrivait en même temps u
Très chers frères,
Je vous supplie très instamment et par les entrailles de la cbarité de Jésus-Christ, notre adorable Maître, de conserver la paix et la bonne intelligence avec les commandants des comptoirs et avec les autres principaux agents du ministre.
Ayez bonne amitié avec eux : le bien de la Mission et le salut d'un grand nombre dames en dépendent. Favorisez leurs vues, tant qu elles ne seront pas opposées aux intérêts de Dieu et à la voix intérieure de votre conscience. Supportez leurs défauts avec patience et ne vous irritez ni de leur incrédulité, ni de leur irréligion, ni même de leurs mau-
vaises dispositions à votre égard; n'ayez pas l'air de vous en apercevoir. Prenez surtout si bien vos mesures, qu'il ne s'élève pas de soupçons, de défiance, d'opposition entre eux et vous. Il y en aura qui seront portés à se défier des prêtres ; agissez envers eux avec franchise, simplicité, confiance et douceur. Tâchez de les gagner. Vous vous épargnerez beaucoup de tracasseries, et vous aurez une plus grande liberté pour votre ministère, si vous êtes bien avec l'autorité civile. Il faut sacrifier l'amourpropre à la gloire de Dieu et au salut des âmes.
Au Ministère, on est très favorablement disposé en faveur de la Religion. J'ai eu trois entretiens avec M. le Directeur des Colonies. J'ai été à même de voir la droiture de ses intentions. Quoique ses vues, ainsi que celles du ministre, soient politiques, cependant ils veulent l'un et l'autre sincèrement le bien, et il en ont donné des preuves. D'ailleurs, tout ce qui m'a été dit par un homme sûr et parfaitement informé de ce qui se passe dans les autres Missions soutenues par le Gouvernement, démontre les bonnes intentions du Ministère de la Marine. Le bien qu'ils font dans ces contrées éloignées est incalculable. Ne soyez pas étonné qu'il demande un compte de vos œuvres matérielles : il est très naturel qu'ils cherchent l'intérêt de la France, c'est leur devoir. De notre côté, ce compte n'est nullement onéreux ni contre notre conscience : au contraire, nous devons avec plaisir les aider dans ces vues ; cela même est favorable à nos œuvres.
Excès de sévérité à propos de l'inauguration d'une
chapelle.
Un incident qui se produisit au Gabon en 1847, à l'occasion de l'inauguration solennelle d'une chapelle nouvellement construite, amena le Vénérable Père à traiter, clans plusieurs lettres, cette même question des rapports avec les autorités civiles. Le 3 juillet, il disait à Mgr îruffet :
Monseigneur,
Je viens de recevoir des lettres du Gabon. Nos Messieurs, sur cette côte, paraissent s'être un peu brouillés avec les Européens;
Après avoir terminé leur chapelle, qui paraît assez belle et assez grande, ils ont pris la détermination de ne jamais laisser assister des infidèles au saint Sacrifice de la Messe. Leur motif est pris de la règle établie déjà, dans l'ancienne Église et du désir d'inspirer un plus grand respect pour nos saints mystères. Le jour où ils voulaient faire la dédicace de leur chapelle, ils ont invité le commandant, qui avait accepté avec satisfaction et se disposait à venir avec un piquet de militaires. Dans ce" piquet se trouvaient des soldats noirs qui étaient mahométans ou idolâtres. MM. Briot et Le Berre ont refusé de les admettre. De là une broiiillerie. Le commandant qui est, à ce qu'il paraît, assez raide, les a trouvé trop sévères et leur a répondu d'une manière un peu sèche. 11 n'est pas venu assister à la cérémonie.
Voici maintenant mes réflexions sur le fond de la question. Il est bien certain que l'ancienne disci-
pline de l'Église était telle ; on n'admettait pas les catéchumènes ; mais cette discipline n'est plus en vigueur actuellement. Je crains que nos confrères n'aient agi dans cette circonstance avec trop de sévérité, et comme les militaires, chargés du commandement de ces côtes, sont de leur nature très rai des et très impérieux, j'ai quelque crainte que cela ne produise des embarras. Je sais bien que sur la Côte où est la station française, il y a peu de bien à faire, et que le grand effort de la Mission se fera sur l'intérieur ; cependant l'établissement commencé sur la Côte sera nécessaire, au moins comme procure et, par conséquent, il est utile que l'on soit en bonne intelligence avec les chefs de la station; je crains que nos missionnaires ne sentent pas assez ce besoin. Je conçois bien qu'une fois qu'ils s'étaient avancés, en déclarant qu'ils ne pouvaient pas admettre les infidèles, il ne leur était plus guère possible de reculer, sans compromettre leur autorité spirituelle, car ils auraient eu l'air de se laisser imposer les volontés du commandant, dans l'exercice de leurs fonctions. Mais cela doit leur apprendre combien il faut être prudent avant de s'engager, et combien il faut être doux, modéré et poli, dans la manière de se conserver dans ses droits.
Règles à observer dans les rapports avec les autorités.
Le 2 août 1847, s'adressant au P. Briot, qui avait eu la part principale dans l'incident du Gabon, le Vénérable
Père donne, sur la manière de traiter avec les agents du pouvoir civil, des règles détaillées, dont l'expérience a pleinement confirmé la sagesse.
Mon cher confrère.
J'ai déjà répondu une autre fois à votre fameuse question du piquet de soldats. J'y reviens maintenant, parce qu'il me semble voir dans votre dernière lettre que cette affaire vous inquiète.
M. Bessieux s'est bien réjoui de ce que votre maison et votre église soient si bien et si heureusement terminées. Il est à regretter, qu'à l'occasion de la dédicace de cette église, il ait surgi une querelle entre vous et le commandant. J'espère que M. Bessieux remettra les affaires sur pied.
M. Brisset est raide; comme nos militaires, il mène tout militairement. Cette marche renferme toujours une difficulté pour les missionnaires, mais cette difficulté existe partout. La position de la Mission nécessite des rapports avec les commandants ; je ne conçois aucune possibilité d'éviter ces rapports. Le grand talent du missionnaire, placé dans des circonstances pareilles, est de conserver la bonne amitié, ou du moins les bons rapports, avec les chefs civils et militaires, ainsi qu'avec les commandants des navires de passage, mais, en même temps la liberté de son ministère.
Ce qui serait un très grand mal, c'est que tous les agents vinssent à supposer que vous êtes opposés au Gouvernement. C'est une sorte d'imagination qu'ils puisent facilement dans les mauvais journaux qu'ils lisent. Ils amalgament cette prévention avec toutes
les autres, qu'ils prennent dans les ouvrages voltairiens contre la Religion ; ils se font de ces faux préjugés une espèce d'épouvantail contre vous, ils s'en montent la tête et, par suite, se livrent à toutes sortes de résistances et d'oppositions. Il faut que vous soyez bien prudents, dans l'ensemble de votre conduite ; ne vous mêlez jamais des affaires politiques, prenez toutes les mesures pour obliger ceux qui sont autour de vous, traitez-les avec douceur et prévenance, soyez avec eux simples et polis, de cette simplicité et de cette politesse que donne la charité. Quand vous ne pouvez pas faire ce qu'on désire de vous, par exemple, baptiser ceux qui ont plusieurs femmes, passer sur les préceptes de l'Évangile, etc., traitez ceux qui vous demandent ces choses avec douceur et charité, et faites en sorte qu'ils se retirent satisfaits, tout en ne faisant pas selon leur avis.
Gela ne consiste pas à dire oui et à faire le contraire en dessous ; il faut être franc et ouvert, avec prudence cependant, seulement, éviter dans ses réponses la raideur, la dispute, un air de mécontentement, d'embarras, etc. ; tous ces sentiments font du mal et ne peuvent produire rien de bon. De plus, prenez garde de nourrir des mécontentements dans votre cœur contre tous ces braves gens ; mais soyez toujours calmes, manifestez-leur toujours le même air de sérénité et de confiance, même après qu'ils vous auraient fait quelque éclat, faites-leur comprendre et croire que si vous ne vous rendez pas à leur avis, c'est purement par un sentiment de votre conscience. En ceci vous réussirez, si vous concédez
facilement les choses qui ne sont rien, et si vous conservez avec eux ce même air de sérénité, de confiance et d'ouverture de cœur.
J'ajouterai encore quelques règles de prudence à suivre, dans vos rapports avec les chefs civils et
militaires.
i° Évitez, autant que possible, de laisser croire que vous avez quelque défiance de leurs bonnes dispositions à votre égard, — cela suffirait pour leur en donner; — tandis que, au contraire, en prenant un air de confiance et en agissant comme si vous ne vous doutiez de rien, ils n'oseront quelquefois pas manifester les mauvaises dispositions qu'ils auraient. Ces militaires agissent ordinairement sous le coup de l'impression qui les domine ; avec le moyen que je vous indique, vous empêcherez cette impression fâcheuse de se développer, car généralement ces hommes ont un bon fond d'honnêteté.
2° Évitez d'agir et de parler avec autorité, je veux dire avec une affectation d'autorité. Cette morgue qui paraît dans l'exercice du pouvoir, en matière d'administration civile et militaire, ne doit pas être dans votre conduite, en matière d'administration ecclésiastique. Soyez fermes dans tout ce qui est du devoir de votre état, mais soyez-le avec douceur et humilité. Il est naturel à des soldats d'user de leur autorité avec raideur, avec violence et avec fierté ; ils n'ont jamais travaillé à acquérir la perfection évangélique; mais pour nous, qui sommes prêtres de Jésus-Christ, les maximes de l'Évangile doivent être la règle de notre conduite. 11 faut que nous amollissions leur raideur par notre douceur, que
nous adoucissions leur violence par notre modération, et que nous modérions leur fierté par notre humilité.
3° Prenez vos précautions pour éviter les collisions. Ces hommes sont habitués à n'avoir jamais le dessous avec leurs administrés : leur volonté doit être exécutée, dans toute l'étendue du lieu de leur commandement. Voilà pourquoi, une fois qu'ils se sont avancés, ils ne reculent plus, et si, par des moyens qui leurs sont supérieurs, vous parvenez à avoir le dessus, ils vous le feront payer cher dans d'autres circonstances. De plus, ils seront prompts et hardis à se mettre en avant, sans réfléchir s'ils ont raison ou tort, parce qu'ils ignorent trop les matières ecclésiastiques et religieuses. Il est donc prudent de prendre ses mesures pour ne pas leur prêter l'occasion de se déclarer.
Lorsqu'il arrive que, malgré toutes vos précautions, un commandant se prononce sur un objet qui n'est pas de sa compétence, autant que possible laissez passer le premier moment et évitez d'établir une discussion irritante. Si vous pouvez laisser tomber ce premier mouvement, vous parviendrez à lui faire passer son idée, en l'éclairant dans une circonstance plus favorable ; si vous résistez tout de suite, vous exciterez la passion, l'amour-propre, et il ne voudra plus céder. Si vous ne pouvez pas absolument laisser tomber cette première saillie, évitez au moins toute opposition irritante.
4° Lorsque vous n'aurez pas pu éviter la collision, et que votre conscience vous obligera de tenir contre la volonté de l'adversaire, outre les règles de
conduite déjà marquées, qu'il faut observer dans ces cas, évitez, sïl arrive que vous ayez le dessus, de prendre un certain air triomphant ; ne faites pas sentir que vous avez gagné votre procès; soyez délicats et ne mettez jamais la conversation sur tout ce qui pourrait toucher à cette question. Soyez humbles et charitables, et n'humiliez personne soua quelque prétexte que ce soit. On s'imagine quelquefois qu'il est bon de faire sentir aux gens quils ont eu tort et qu'ils étaient allés trop loin; c'est une très fausse et très mauvaise méthode, qui flatte notre amour-propre et qui produit toujours du
mal.
5° Enfin, évitez tant que vous pourrez l'échange de lettres, évitez les requêtes officielles, les plaintes officielles. Quand vous avez une demande à faire aux commandants, allez les voir et amenez peu à peu la conversation sur la question, disposez le terrain et faites votre demande de vive voix.
Vous ne sauriez croire combien, parfois, cessortes de lettres font de mal. Lors même que vous prenez une mesure qui est uniquement du ressort de votre ministère, et que vous voulez en donner avis au commandant, il est souvent mieux que vous en parliez de vive voix. Si on vous prie d'exposer votre demande ou votre avis par lettre, vous serez toujours à même de le faire. Souvent, ils vous le demanderont pour l'acquit de leur propre responsabilité ; il faut le faire alors, mais il est toujours bon d'en avoir parlé d'abord.
Éviter la raideur ; résister avec douceur quand la résistance est nécessaire.
Le Gouvernement français ayant attribué des appointements réguliers aux missionnaires d'Afrique, à raison de certaines fonctions religieuses qu'il leur avait demandé de remplir, notamment celle d'aumônier de l'hôpital militaire, les missionnaires se demandèrent si ce ne serait pas pour eux une occasion de tracasseries. Au P. Lossedat qui lui avait manifesté ses appréhensions à cet égard, le Vénérable Père lit la réponse suivante :
J'ai toujours prévu qu'une de nos plus grandes difficultés serait de réconcilier les missionnaires avec les officiers de la côte ; cependant je suis convaincu qu'il est de la plus stricte nécessité, pour le bien de la Mission, que vous soyez d'accord avec ces messieurs, qui pour la plupart sont de braves gens, mais raides et impérieux. Si vous ne les ménagez pas, ils vous donneront du chagrin et entraveront le bien que vous voudriez faire.
Vous croyez, d'après ce que vous me dites, que les agents du Gouvernement vous tracasseront davantage parce que vous recevez des appointements. La situation qui vous est faite par là est facile à concevoir. Maintenant que vous êtes rétribués, vous êtes nécessairement considérés comme amis du Gouvernement ; on ne pourrait vous supposer des intentions contraires ; vous serez censés protégés spécialement par lui, et vous le serez réellement. Par la première de ces deux considérations, les agents français se rapprocheront de vous et vous considéreront comme amis. Parla seconde, ils seront toujours empêchés de vous faire une opposition trop marquante,
et si parfois ils sont emportés, par circonstance ou même par mauvais vouloir, cela ne sera pas de durée et ne pourra pas aller bien loin.
Au contraire, si vous n'avez pas d'appointements, c'est, ou bien parce que le Gouvernement n'a pas voulu, et vous êtes suspects, ou bien parce que vous avez refusé, et ce serait pis encore ; on vous prendrait dans ce cas pour des hommes d'opposition. De plus, n'étant pas rétribués par le Gouvernement, vous ne pourriez pas compter sur sa protection et, par conséquent, vous seriez bien plus tracassés par les agents, qui vous traiteraient comme des étrangers et parfois plus mal que des étrangers.
Si vous avez quelques tracasseries de la part de ces agents, il ne faut pas vous en étonner ; il en a toujours été et il en sera toujours ainsi. C'est comme un mal nécessaire qu'il faut supporter avec patience. Si vous lisez les lettres de saint François-Xavier, vous y verrez des peines bien plus grandes, et c'était dans un temps et de la part de gens pleins de foi qu'il a eu tant à souffrir.
C'est au milieu de ces peines et de ces contradictions que Dieu veut que le bien soit fait. 11 faut faire tout ce qui dépend de nous pour vivre en bonne amitié avec ceux qui vous tracassent, être doux et prévenant à leur égard pour les gagner. Les Français surtout se laissent gagner par de bons procédés, et on obtient beaucoup par ce moyen. Si, au contraire, on leur montre de la roideur et une résistance manifeste, ils ne céderont pas. La vertu, la piété, la prudence ne consistent pas à bien vivre avec ceux qui nous manifestent toutes sortes d'amitiés, mais avec ceux qui sont mal avec nous.
Vous êtes de bonnes âmes bien sûrement, mais je ne doute cependant pas que vous n'ayez agi un peu durement, pour vous être ainsi brouillés avec votre monde. Vous dites que M. N. est raide ; mais sûrement il est raide, et je le dis sans le connaître, parce que je sais que tous nos soldats et tous nos marins sont ainsi. La manière de traiter avec eux consiste à s'y prendre de telle sorte que leur raideur ne soit jamais froissée, et qu'on n'ait jamais l'air d'attaquer leur autorité par ses paroles, même quand ils sont dan? leur tort. Lorsqu'on est obligé de leur résister, par le fait que notre ministère l'exige, il faut le faire avec douceur, et prendre d'avance toutes les précautions pour qu'aucun conflit d'autorité n'ait lieu, car, une fois la guerre déclarée, ils ne céderont plus. Par conséquent, il faut prendre ses mesures pour qu'il n'y ait jamais de déclaration de guerre, même quand les agents nous demandent ce que notre conscience ne peut accorder. En un mot, la douceur et la charité vous seront toujours d'un grand secours; la rigueur et les manières raides seront toujours traitées d'intolérance, et vous comprenez qu'une fois qu'on a été déclaré ce intolérant », on n'est plus bon à rien ; le terme d'intolérant, dans la bouche de ces hommes peu instruits dans la religion et prévenus contre vous, est un terme terrible, appliqué à tort et à travers, et vous mettant au ban de l'humanité.
Ne vous découragez pas pour ces misères, mettez votre confiance en Dieu, soyez doux, modéré, patient. Si les agents sont raides, impatients, parfois même mauvais, nous devons en avoir compassion, les ménager autant que nous le pouvons,
sans compromettre nos devoirs. Ce en quoi surtout nous devons les ménager, c'est dans la manière dont nous tiendrons à l'accomplissement de ces devoirs : évitant dans nos manières la raideur, la hauteur et les autres défauts de ce genre, mettant en tout un ton de charité, de complaisance et de prévenance qui les gagne, s'ils sont susceptibles d'être gagnés.
S'inspirer non seulement des règles de la modération ; mais encore de celles de l'humilité et de la charité chrétiennes.
La Vénérable Père voulait que ses enfants, dans leurs rapports avec les autorités civiles, eussent soin, non seulement de sauvegarder toutes les règles de la modération et des convenances, mais encore de s'inspirer des principes de l'humilité et de la mansuétude évangéliques. C'est ce qui résulte clairement de cette lettre, du 22 août 1844» au P. Frédéric Le Vavasseur :
Très cher confrère,
J'ai lu votre mémoire avec beaucoup d'intérêt. Il me semble seulement que lorsque vous réfutez les paroles du Directeur de l'Intérieur, vous avez un ton un peu trop aigri. Yous auriez mieux fait de le prendre plus charitablement. Yous ne dites cependant rien de blessant ; mais vous supposez, sans le dire, mauvaise foi et mauvaise intention en lui ; un esprit de modération, de douceur et de charité est plus conforme à notre condition. Notre-Seigneur nous envoie comme des agneaux au milieu des
loups. Un agneau ne mord pas le loup qui l'attaque!
Je crois que vous auriez dû supposer une erreur de la part du Directeur ; dire, par exemple, que probablement des gens mal informés ou mal intentionnés lui auront donné des renseignements faux sur votre compte ; ajouter qu'il est vraiment fâcheux qu'un homme bien intentionné contrarie vos bons désirs, e mette obstacle au bien que vous voudriez faire ; prouver ensuite clairement et fortement, mais avec calme et sang-froid, que les idées qu'on a cherché à insinuer sur votre compte, ne sont pas exactes. Ce langage modéré et pacifique est conforme à l'esprit de notre divin Maître. De plus, humainement parlant, un langage tel que celui que j'indique, réussit beaucoup mieux que la vivacité; il dispose les esprits plus favorablement.
Ce Directeur, à ce qu'il paraît, retournera à Bourbon. Du reste, ne soyez pas en peine du passé ; nous avons toujours besoin de faire de petites sottises pour acquérir l'expérience des hommes et des choses.