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LA CHARITÉ FRATERNELLE

La vie de communauté, principe fondamental dans la Congrégation.

Pour le perfectionnement de la vie apostolique qui est son but, pour la stabilité et l'extension des œuvres qui en sont l'objet, et pour la sanctification de ses membres, la Congrégation a pris pour sa règle fondamentale la vie commune. Tous ses membres vivront toujours en communauté.

Tous, par le fait de leur engagement dans la Congrégation, mettent en commun l'usage de leurs facultés corporelles, intellectuelles et morales, pour être employées à la gloire de Dieu et au salut des âmes, dans un seul et même but, qui est le but spécial de l'œuvre, par un même esprit qui est l'esprit général de la société, et sous la direction des mêmes règlements.

C'est ainsi que tous les membres de la Congrégation ne forment qu'un seul et même corps, pensant, sentant et agissant dans une unité parfaite, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Leurs rapports entre eux seront ceux des enfants d'une même famille, qui est celle de Jésus et de Marie. Ils doivent se traiter comme des frères, animés d'un même esprit, qui est l'esprit de Dieu, et

d'un môme sentiment, qui est celui qui anime le Saint et Immaculé Cœur de Marie. Ils regarderont comme fait à Jésus-Christ lui-même tout ce qu'ils feront à leurs frères, et ils agiront en tout avec eux comme ils auraient agi envers le divin Sauveur et sa très sainte Mère.

Défauts contraires à la charité.

Les missionnaires veilleront sur leur esprit, pour ne jamais se laisser aller à la vivacité ; supporteront avec douceur, patience et charité, toutes les peines qu'ils pourraient éprouver de la part de leurs confrères, évitant dans ces circonstances les manifestations de mécontentement ou de froideur, se condamnant plutôt eux-mêmes que leurs confrères, et faisant tous leurs efforts, pour gagner l'affection de ceux qui leur auraient fait de la peine.

Ils se mettront en garde avec le plus grand soin contre tout sentiment d'envie ou de jalousie ; dès qu'ils s'apercevront du premier mouvement de ce vice humiliant, ils s'efforceront de l'étouffer aussitôt et demanderont a Dieu la grâce d'être délivrés d'un sentiment si bas et si indigne d'un serviteur de Jésus-Christ. Ils entoureront d'une plus grande charité et traiteront avec une plus grande douceur celui qui en sera l'objet. Ils prendront garde que cette mauvaise tentation ne se manifeste en aucune manière, ni dans leurs paroles, ni dans leurs actions.

Ils se réjouiront du bien que Dieu fera par leurs frères, et ne s'attristeront pas, s'ils n'en font pas autant. Il faut que les désirs de leur cœur soient toujours très purs, et leur fassent souhaiter ardemment que Dieu soit glorifié. Ils seront aussi contents et aussi heureux, lorsque cette gloire de Dieu sera procurée par leurs confrères que si c'était par eux-mêmes. Ils se tiendront donc en paix et dans une parfaite soumission à la divine volonté, lorsqu'ils se verront inférieurs en dons et en grâces de Dieu et lorsque leur ministère sera moins fructueux que celui de leurs confrères.

Monition et correction fraternelle.

On fera rarement, sans en être chargé, des observations à un confrère sur les fautes qu'on lui voit commettre, et lorsqu'on croira utile d'en faire une, elle devra être assaisonnée par la douceur, la charité et la modestie.

On ne se mêlera pas de ce qui regarde l'office d'un autre, sans en avoir été chargé par son Supérieur, ou sans en avoir été prié par celui qui est chargé de cet office.

On doit éviter de s'entretenir de la manière dont les confrè/es s'acquittent des fonctions qu'ils remplissent, à moins que ce ne soit pour l'édification ; on ne doit jamais les examiner et les juger dans l'accomplissement de ces fonctions; mais chacun, sans s'occuper des autres, fera son possible pour

remplir saintement et parfaitement relies qui lui seront confiées. En général, on ne doit jamais juger ses livres d'une manière défavorable en quoique ce soit, e1 moins encore manifester ses jugements, si l'on avait la tentation d'en form r dans son esprit.

Cependant, si l'on voyait dans un confrère un défaut grave, ou qu'on lui eût vu faire des fautes considérables, et qu'il y eût à craindre un dommage sérieux pour lui ou pour la Communauté, on en préviendrait le Supérieur; mais cela se fera dans un véritable esprit de charité, sans la moindre rancune, et avec une intention pure et sainte.

On ne nourrira jamais dans son esprit ni dans son cœur de l'opposition, de la rancune, du mépris ou de l'indifférence envers ses confrères, quel que puisse en être le motif. On évitera de même les préférences pour les avantages naturels, les talents ou autres qualités ; mais on les aimera tous également et on les traitera tous avec le même estime et la même bienveillance.

On se gardera encore bien davantage de s'élever soi-même au-dessus de ses frères, pour quelque raison que ce soit : on se considérera, au contraire, comme le dernier de tous ; on donnera toujours aux autres la préférence sur soi, et, loin de chercher à briller parmi eux et à briguer leur estime, par vanité et recherche de soi-même, on se conduira de manière à ne pas fixer l'attention sur soi.

Q*alités qui doivent distinguer la charité fraternelle.

L'âme de toute cette conduite doit être une charité vraie et sincère ; ils doivent préférer leurs confrères à tous les autres hommes, les aimant comme d'autres eux-mêmes de cet amour véritable du saint Cœur de leur Mère, dans la surabondante plénitude de l'Esprit de Dieu qui le remplit.

Cette charité doit être cordiale : il ne suffit pas qu'on l'ait dans la bouche ou même dans les actions, elle doit partir d'un cœur vraiment affectionné, luttant avec fidélité et constance contre les tentations qui pourraient s'élever contre cette vertu.

Elle sera effective : on ne se contentera pas de l'avoir dans le cœur ; il faut qu'elle se manifeste par les rapports intimes qu'on aura avec tous ses frères, par les services qu'on leur rendra en toute occasion, par la complaisance et la bonne volonté qu'on y mettra, par la douceur avec laquelle on les traitera, soit dans ses paroles, soit dans sa conduite à leur égard.

Elle sera simple : il faut éviter, dans ses paroles et sa conduite, toute manifestation affectée de charité ; pas de pensées recherchées pour faire plaisir ; pas de tournures de phrases flatteuses ; jamais surtout de paroles capables d'exciter la vanité ; mais on parlera et on agira avec cette affection sincère et simple des enfants de Dieu, sans recherche, et non avec la fausse charité des gens du monde.

Elle sera franche et droite : on doit agir envers

ses frères avec franchise et droiture de cœur, avec épanchement et gaîté ; la véritable charité a toujours le sourire sur les lèvres, pour porter la joie et la consolation dans le cœur des autres.

P]lle sera modeste et grave : on évitera de se laisser aller à des mouvements déréglés ; on ne se poussera et on ne se touchera pas, mais on conversera ensemble avec une modestie douce, grave, quoique pleine de franchise et d'une gaîté sainte.

Elle sera respectueuse : on se parlera et on se traitera avec respect, sans affectation, évitant les familiarités, les grossièretés et toutes les autres manières peu convenables entre des serviteurs de Dieu.

Enfin la charité des membres de la Congrégation entre eux sera pieuse et sainte : on n'aimera pas son confrère dans la vue d'en être aimé, ni par goût et penchant naturels, ou pour le plaisir qu'on trouve dans cette affection.

Aimant ainsi ses confrères, tout en Dieu et pour Dieu, on tâchera de faire régner Dieu en eux : c'est pourquoi le premier devoir que la charité impose à chaque membre de la Congrégation, c'est le désir de la sanctification denses frères. Ils prieront souvent pour cela ; ils donneront le bon exemple, pour les porter par là à la perfection.

Leur charité ne se portera pas seulement sur leurs frères individuellement ; mais ils auront la plus grande tendresse et le plus grand attachement pour la Congrégation, dans laquelle ils sont saintement unis ensemble par la vertu du divin Esprit et dans le Cœur tout d'amour et de sainteté de leur très bonne Mère. Ils feront tout ce qui sera en leur

pouvoir pour augmenter ses avantages spirituels, pour la rendre propre à procurer la plus grande gloire de Dieu, et pour qu'elle soit une servante fidèle de leur adorable Maître, dans l'Église.

Prier pour les défunts.

La charité ne s'exercera pas seulement envers les confrères vivants, mais aussi envers les confrères défunts. Dans chaque Communauté on dira neuf messes pour chacun des confrères qui viendront à mourir, et si la Communauté comptait plus de neuf membres, chacun en dirait une dans la même intention ; on s'acquittera de ce devoir le plus tôt qu'on pourra, et l'on en fera mémoire toute l'année.

Tous les ans, au premier jour libre après les fêtes de la Pentecôte et du Saint et Immaculé Cœur de Marie, tous les membres de la Congrégation diront la sainte Messe pour tous les membres défunts (1).

(1) Nous avons conservé ici le texte du Vénérable Père ; mais, en pratique, il faut se conformer, sur ce point, à ce qui est déterminé dans les Constitutions.

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