RÈGLES POUR L'ADMINISTRATION DE LA CONGREGA- TION
Principe général : chercher la gloire de Dieu et le salut des âmes délaissées.
Le gouvernement de la Congrégation ayant une influence considérable sur tous ses membres, ainsi que sur leurs œuvres et sur le bien qu'ils sont appelés à produire dans l'Eglise de Dieu, il est très important qu'il soit soumis à des règles sages et tout évangéliques.
Le gouvernement de la Congrégation doit toujours être en rapport avec la fin vers laquelle elle tend : la plus grande gloire de Dieu, et avec l'objet quelle se propose : le saint des âmes les plus délaissées. Aussi ce doit être là l'idée générale et l'unique préoccupation des Supérieurs, dans la direction qu'ils donneront à toutes les affaires de la Congrégation, dans toutes leurs démarches et l'exercice de leurs fonctions.
Maintenir l'esprit de la Congrégation ; procurer le bien spirituel de ses membres.
Dans la direction générale des œuvres, dans leurs rapports avec leurs frères, et dans leur conduite
particulière, les Supérieurs agiront avec force et s'appliqueront à entretenir et à augmenter l'esprit apostolique dans tous, les membres de la Congrégation. Ils éviteront avec le plus grand soin tout ce qui pourrait diminuer ou affaiblir cet esprit.
Un de leurs soins principaux, dans la direction des affaires, sera la parfaite observation de la Règle; ils éloigneront toutes les vues qui ne sont pas conformes à l'esprit de Congrégation ou qui tendraient à l'affaiblir.
Dans la conduite de leur communauté, les Supérieurs feront tout ce qui sera en leur pouvoir pour procurer le bien et l'avancement spirituel de leurs frères, évitant de diriger les choses d'une façon qui puisse nuire à la sainteté de ceux qui sont sous leur conduite.
Ils apporteront une attention toute particulière à entretenir la paix, l'union et la bonne intelligence parmi tous les membres de la Congrégation qui sont sous leur conduite.
Esprit surnaturel.
Comme ils ont à gouverner des choses saintes et à les diriger vers une fin sainte, les moyens doivent être saints, ainsi que la manière de les employer. Ils éviteront donc dans la direction des œuvres de Dieu, les manières d'agir profanes et passionnées, qu'on met en usage dans l'administration des choses humaines.
Dieu doit être, autant que possible, le principe. comme il est la fin. de toute la conduite des Supérieurs, dans la direction des affaires de la Congrégation. Ils n'emploieront de moyens pour l'exécution de leurs desseins, ni de manières d'agir, autres que ceux que Notre Seigneur Jésus-Christ prendrait luimême, s'il était à leur place.
Ils auronl de L'éloignemenl pour cette conduite si opposée à celle de leur divin Maître et si contraire à l'esprit de Dieu, de gouverner les choses divines par des principes, des industries et des combinaisons pleines <le duplicité et de détours, qu'ont accoutumé de porter dans les affaires du monde, ceux qui les administrent ; ils auront toujours une conduite droite, simple et franche.
Cette droiture, cette simplicité et cette franchise doivent être pratiquées surtout dans les rapports avec les Supérieurs ecclésiastiques, et dans l'intérieur de la Communauté vis-à-vis «les confrères.
Prudence et discrétion
Quoiqu'il faille agir, dans toute notre administration et dans nos rapports, avec un grand esprit de simplicité, cela n'empêche pas que notre gouvernement ne doive être sage, réfléchi et plein de discrétion, et cette discrétion doit être selon Dieu.
Une règle générale et importante, que la prudence impose aux Supérieurs, c'est la réserve, la discré-
tion et la modération dans leurs paroles et dans leurs actions : parler peu, et toujours avec attention et réflexion, lorsqu'ils ont à traiter des questions administratives avec le prochain. Ils éviteront de même de mêler, sans motif, des paroles inutiles dans les entretiens qu'ils auront pour traiter ces questions. Cette modération, cette attention et ce calme de la réflexion leurs sont recommandés, non seulement lorsqu'ils traitent d'affaires, mais dans tout l'ensemble de leur conduite. Ces qualités leur seront d'un grand secours, pour l'acquisition du tact qui apprend ce qu'il faut dire et ce qu'il faut taire, en tout temps, et surtout dans les circonstances importantes.
Pour appliquer convenablement dans la pratique cette triple règle de prudence, ils ont besoin de proportionner leurs paroles et leurs manières d'agir aux sentiments, aux dispositions et aux intérêts des personnes avec lesquelles ils ont à traiter. Ces sentiments, dispositions et intérêts ne se connaîtront pas toujours parles conclusions calculées du raisonnement, mais plutôt par un certain tact. Ce tact s'acquiert ordinairement par la connaissance générale et pratique des plis et replis du cœur humain, des différentes nuances des caractères, des intérêts divers qui les affectent, et par l'esprit d'observation qu'on apporte en général dans ses rapports avec le prochain, enfin par l'attention que l'on a aux sentiments et dispositions qu'on voit en lui.
Dans la pratique de ces règles de prudence, on évitera toute affectation et manifestation extérieures qui tendraient à faire voir qu'on est un
homme prudent, grave, et qu'on agit par principes; ce serait s'exposer à perdre les fruits que doit produire l'observation de ces règles, et, ce qui est pire encore, à livrer son àme à une vanité puérile qui la rendrait désagréable à Dieu.
Pour acquérir cette prudence ; pour observer facilement ces règles, et pour ne pas tomber, en les observant, dans les détours et la duplicité des prudents du monde, on a besoin d'une parfaite abnégation de soi-même, d'un grand empire sur toutes ses passions et sa sensibilité, d'une humilité profonde, sincère, et enfin du calme et de la paix, fondés sur le recueillement et l'abandon à Dieu et à son bon plaisir en toutes choses.
Défauts à éviter.
Cette réserve et cette modération doivent les suivre aussi dans leurs entreprises ; il faut cependant éviter avec grand soin la timidité, les précautions excessives, la lenteur et les autres défauts qui tiennent d'une fausse prudence. Il faut peser saintement les choses par la prudence de l'esprit de Dieu, prendre hardiment une résolution, selon les lumières qu'on aura, mettre toute sa confiance en la bonté du divin Maître et en sa très sainte Mère, et agir avec force, selon la décision qu'on aura prise.
Un esprit déliant, soupçonneux et porté à la prévention, est non seulement contraire à la sainteté qui doit animer tout homme de Dieu, mais encore très
opposé à une bonne administration des choses saintes, surtout quand on a affaire à des personnes dont les défauts de droiture ou les mauvaises dispositions sont bien connues ; on doit se mettre sur ses gardes et apporter plus de réserve et d'attention dans ses rapports avec elles, sans cependant se laisser aller trop à des sentiments de défiance et de soupçon, surtout à une certaine agitation ou irritation que ces sentiments produisent dans l'âme.
Quelle que soit la pénétration d'un supérieur, il doit prendre garde de se prononcer trop vite sur les personnes et les choses ; cette manière d'agir le ferait juger très souvent à faux et par prévention, et serait une marque de présomption.
Faire ses observations, établir peu à peu une probabilité, et, hors des cas pressés, ne fixer son jugement qu'après mûr examen, telle est la conduite des hommes sages qui agissent selon l'esprit de Dieu.
Quoique notre prudence doive être acquise dans l'oraison et le recueillement, et que sa source doive être dans le divin Esprit et dans la sagesse éternelle de notre Père céleste, cela n'empêche pas cependant qu'il faille toujours procéder d'une manière très régulière dans nos entreprises, et ne rien négliger, dans la considération d'un objet, de ce qui pourrait nous le faire approfondir ; seulement c'est l'Esprit de Jésus qui doit seul être la source de nos lumières, et toute notre confiance doit être en lui seul.
Esprit de suite ; calme et constance.
IL est encore bon, et même important pour les Supérieurs, de mettre beaucoup de suite et d'unii'ormité dans leurs entreprises, surtout dans celles qui concourent à L'exécution d'un même projet, dans tout ce qui y a rapport, ainsi que dans la inarclie qu'où v suit, et dans les moyens qu'on emploiera pour y réussir.
Ils apporteront une grande douceur et un grand calme dans Leurs rapports avec les personnes avec Lesquelles ils auront à traiter, évitant les vivacités et Les brusqueries, la raideur, les susceptibilités, l'opiniâtreté, surtout sur les points de peu d'importance, et en général toute manifestation qui pourrait exciter, dans celui avec Lequel on a affaire, des sentiments de peine, de mécontentement et d'opposition.
Une vertu des plus importantes pour les Supérieurs, c'est une grande constance, accompagnée d'une douce et imperturbable patience, au milieu des peines, des difficultés et des oppositions qu'ils rencontrent. Ils ne doivent pas s'ellraver à la vue des obstacles qu'on mettra à ce qu'ils entreprendront; quand la prudence ou la nécessité exigeront qu'ils cèdent à ces difficultés, ils ne perdront pas de vue leurs projets, s'ils sont importants pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ; ils mettront toute leur confiance en leur adorable Maître, attendront une circonstance plus favorable, et profiteront de toutes les occasions, pour préparer les voies et pour-
suivre leurs desseins, dans le temps et les circonstances déterminés par la Providence.
Faire chaque chose en son temps.
Ceux qui gouvernent doivent se prémunir contre l'empressement à entreprendre ou à exécuter les œuvres avant que le temps en soit venu. Ils doivent savoir qu'ils ne peuvent rien par eux-mêmes ; que Dieu seul peut faire réussir leurs bons desseins pour sa gloire, et attendre en paix que sa divine bonté leur fournisse les circonstances, les moyens favorables, pour en venir à l'exécution de leurs saints projets.
Enfin, ils prendront garde à un autre excès, qui est de laisser traîner les affaires en longueur. Ils s'y prendront toujours d'avance, pour accomplir chaque chose en son temps. Pour mieux réussir en cela, ils auront beaucoup d'ordre et d'exactitude en tout.