‹ Directoire spirituel, ou, InstructionsChapitre 46 sur 69 · COMMENT ON DOIT SE CONDUIRE DANS LA SU PÉ 111 0 RITE · texte numérisé non relu

COMMENT ON DOIT SE CONDUIRE DANS LA SU PÉ 111 0 RITE

Comment envisager la fonction de supérieur.

La supériorité doit cire considérée comme une charge imposée par Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour faire observer les règles, procurer la sanctification des membres de la Congrégation^ entretenir Le bon ordre et la paix entre eux, entreprendre et conduire à bonne fin, pour la très grande gloire de Dieu et le salut des âmes, toutes les œuvres dont la Congrégation a coutume de s'occuper, enfin pour diriger tous les travaux des missionnaires vers cette unique lin.

Ceux à qui cette charge difficile sera imposée ne devront l'accepter qu'avec une sincère appréhension, une humble défiance d'eux-mêmes et de leurs talents. N'ayant pas cette crainte et cette défiance, ils s'exposeraient à commettre de grandes fautes dans leur administration. Ceux qui éprouveraient de la satisfaction de se voir revêtus de l'honneur de la supériorité, ou qui s'en croiraient dignes, devraient regarder cette disposition comme une de leurs plus dangereuses tentations et se mettre en garde contre lamour-propre, de crainte d'éloigner

les bénédictions de Dieu de leurs travaux, et même de se perdre.

Quoique la crainte et la répugnance de se voir au-dessus de ses frères soient des dispositions excellentes, qui attirent les grâces de Dieu sur un supérieur et le rendent apte à exercer saintement ses fonctions, elles ne doivent cependant pas aller jusqu'à la pusillanimité et à la résistance. Aussitôt que la lettre d'obédience leur arrive, ils doivent accepter et entrer en charge. Ils peuvent ensuite faire leurs observations au Supérieur général ou au Provincial ; mais ils se soumettront, si le Supérieur insiste malgré leurs observations.

Ne pas rechercher son avantage personnel.

Les Supérieurs ne chercheront jamais leurs intérêts, leur honneur ou leur propre bien-être, ni dans l'intérieur de la Communauté, ni au dehors ; mais, en tout et partout, ils ne seront occupés que de la gloire de Dieu, du bien de leurs communautés et des membres qu'ils ont à gouverner.

Ils n'auront ni Frère, ni domestique attachés à leur personne ; mais ils se contenteront d'être servis comme leurs confrères.

Ils doivent encore moins se faire rendre des services purement personnels par leurs confrères, sans nécessité ; cependant quand les circonstances l'exigent, ou lorsque, par ce moyen, ils auront plus de

facilité dans l'accomplissement de leurs devoirs et l'exercice de leurs fonctions, ils peuvent si1 foire rendre des services, même personnels, par un Frère ou un domestiepie, pour les services ordinaires, et par un confrère, pour ceux qu'il convient de demander à un ecclésiastique.

Cette règle doit être observée par le Supérieur général, aussi bien que par les autres Supérieurs.

Ils ne doivent pas s'épargner, dans les travaux du saint ministère, aux dépens de leurs confrères, en choisissant ce qu'il y a de plus facile et de plus agréable ; mais, au contraire, ils prendront plutôt pour eux ce qui sera plus difficile et plus pénible, et soulageront leurs frères à leurs dépens.

Ne pas charger les autres de mortifications.

Ils prendront garde de faire souffrir leurs confrères, par une certaine austérité de vie ; ils ne doivent pas les charger au-delà de ce que la règle demande, sous prétexte de procurer leur sanctification.

S'ils éprouvaient de l'attrait pour les mortifications, leurs propres goûts ne devraient pas influer sur leur conduite dans la direction de leurs communautés ; loin de charger leurs confrères de pratiques pénibles et de les conduire par une voie de mortification, ils seront au contraire généralement portés à adoucir le joug du divin Maître, pourvu cepen-

dant que ces adoucissements ne soient pas opposés à l'esprit de la règle et ne mettent pas en danger de produire le relâchement.

Se considérer comme le serviteur de tous.

Us se conduiront comme des serviteurs que le divin Maître a placés auprès de leurs frères pour s'occuper d'eux sans cesse ; ils en prendront un soin continuel, tant au corporel qu'au spirituel, et feront en sorte qu'il ne» leur manque rien de ce dont ils auront besoin sous ces deux rapports.

En qualité de serviteurs, ils doivent sacrifier sans cesse, leur bien-être, leur satisfaction, leur santé et leur vie même, s'il en est besoin, pour leurs frères, pour leur bien spirituel.

Us n'auront aucune distinction ni à table, ni dans leurs habits, ni dans tout ce qui est à leur usage ; mais, au contraire, s'ils veulent vivre selon la perfection de l'humilité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ils choisiront toujours ce qu'il y a de plus vil.

Ils prendront garde cependant d'avilir leur dignité et de faire mépriser leur autorité ; ils ne pratiqueront cette conduite humble que dans l'usage ordinaire de la vie, et dans les choses étrangères à leurs fonctions ; mais, dans l'exercice de leur charge, ils doivent agir en supérieurs.

Ils se garderont bien de se conduire, dans les fonctions de leur supériorité, avec un esprit de

domination et d'amour-propre ; niais, à l'exemple de Jésus-Christ leur Maître, ils gouverneront leurs frères avec humilité, douceur, modestie et affection. Tout en observant cette conduite douce et modeste, dans les ordres qu'ils donneront à leurs confrères, ils doivent parler cependant positivement et non avec hésitation, déterminer les choses le plus qu'ils peuvent, et les laisser rarement dans l'incertitude ou à l'arbitraire, éviter la faiblesse et les précautions excessives.

Simplicité et franchise dans les rapports ordinaires.

Dans les conversations ordinaires et dans tous leurs rapports indifférents avec leurs confrères, ils

doivent être simples et ouverts. Ils éviteront, dans cette circonstance, de faire sentir leur supériorité, dans leurs paroles et dans leurs manières ; ils auront soin aussi d'être graves et modérés; ils n'adresseront pas à leurs confrères des plaisanteries auxquelles ils ne pourraient répondre convenablement, et se garderont, plus que tout autre, de dire ou de faire ce qui leur pourrait causer de la peine.

Ils ne parleront pas en termes irritants, caustiques ou offensants, des confrères absents dont ils auraient à se plaindre : ils éviteront toute parole de mépris, et en général tout ce qui est choquant et qui n'aurait pu être dit en leur présence.

Dans toute leur conduite à l'égard de leurs con-

frères, ils doivent manifester la plus grande confiance ; ils leur communiqueront, touchant la Congrégation, ce qu'ils savent devoir les édifier cl consoler. Ils leur parleront surtout du bien qui s'y fait, de la conduite sainte de leurs confrères des autres maisons, et de leurs travaux pour la gloire de Dieu, le tout avec la prudence convenable.

Dans tous leurs rapports avec leurs inférieurs, ils agiront également envers tous avec la même simplicité, franchise et ouverture de cœur ; par ces moyens ils gagneront leur confiance et leur estime. Ils éviteront avec soin à leur égard les soupçons, les détours, les finesses et tous les autres moyens de gouverner de ce genre qu'emploient les hommes vides de l'esprit de Jésus-Christ : ces moyens ne sauraient produire que du mal.

Cependant cette simplicité, cette franchise et cette confiance, quoique sincères et parfaites, ne doivent pas nuire à la prudence si nécessaire aux Supérieurs, dans la direction de leurs confrères, et pour le discernement des esprits, ni les empêcher de traiter chacun selon ses besoins.

Ame de toute la conduite : une sainte charité.

Enfin l'àme, le grand principe de la conduite des Supérieurs envers leurs confrères, sera une charité toute sainte ; ils doivent être comme leurs pères spirituels, les traiter avec une tendresse paternelle,

cl avoir tous les soins possibles pour procurer le bien de leurs âmes et de leurs corps, et en même temps pour les rendre contents et heureux.

Leur charité doit être universelle et égale envers tous ; ils doivent bien se mettre en garde contre les prédilections particulières et les préférences : leur cœur doit être tout entier à tous ensemble, et tout entier à chacun en particulier. Les seules préférences qu'ils peuvent et doivent faire seront pour les âmes faibles et tentées, pour les affligés et les malades ; ils chercheront à les fortifier et encourager, par tous les moyens qui seront en leur pouvoir, sans Dépendant manquer à nos Règles.

Cette charité et celle douceur doivent paraître même dans les réprimandes qu'ils seront obligés de faire quelquefois ; jamais ils ne doivent rien dire par humeur ou mécontentement, ni d'une manière piquante ou méprisante ; mais lorsqu'ils seront obligés de reprendre, ils le feront de manière à procurer le bien des âmes, et par un mouvement de charité véritable, tempérant ainsi ce qu'il y a de pénible dans leurs observations, par la douceur et la prévenance dans les formes.

Cependant leur gouvernement doit être plein de vigueur et d'énergie ; ils doivent tenir ferme à l'observation de la Règle et de l'esprit qui y est contenu, y tendre sans cesse de tout leur pouvoir, avec prudence toutefois, et se faire obéir exactement.

Prendre Notre-Seigneur pour modèle et donner le

bon exemple.

La règle qui leur tiendra lieu de toutes les autres et qui les renferme toutes, ce sera de considérer leur divin Maître au milieu des Apôtres, et sa manière d'agir à leur égard ; ils agiront de même à l'égard de leurs frères. Ils auront recours à lui dans les moments critiques, et tâcheront d'attirer en eux les saintes dispositions avec lesquelles il aurait agi lui-même dans ces circonstances.

Enfin, un point auquel les Supérieurs doivent porter une attention toute spéciale, c'est qu'étant chargés de faire observer les Règles, par les membres de la Communauté, ils contractent une obligation plus stricte que les autres d'y être fidèles. En toutes circonstances, ils doivent montrer un amour sincère pour ces Règles, et agir selon l'esprit de la Congrégation.

Ils ne doivent jamais s'exempter de l'observation d'un règlement, si ce n'est pour des raisons qui leur auraient paru suffisantes pour accorder cette exemption à leurs confrères.

Section : Vie religieuse CHAPITRE I

Page 1