LA PAUVRETE
Son importance.
La pauvreté évangélique sera considérée, par les membres de la Congrégation, comme une des vertus les plus importantes et les plus fondamentales de la vie apostolique et religieuse. Ils s'y attacheront de toute la sincérité de leur cœur, prenant garde que le relâchement en s'introduise dans la Congrégation sur cet article, qui produit la sanctification de ses membres et les rend aptes au service des âmes que la divine Providence leur a confiées.
L'esprit de pauvreté.
Ils s'appliqueront spécialement, dans la pratique de la sainte pauvreté, au détachement parfait des biens de la terre et à une entière indifférence pour l'honneur, l'élévation et le bien-être attachés aux richesses. S'étant donnés à Jésus-Christ, pour continuer, sous ses ordres, son divin apostolat, et cela auprès des âmes les plus abandonnées, ils manqueraient essentiellement à l'esprit de leur vocation,
en conservant de l'estime ou de L'affection pour les grandeurs et 1rs richesses de la terre, el le désir d'en porter les marques ( i).
Étant sincèrement détachés de l'estime el de l'affection des richesses et de leur faux brillant, ils ne se laisseront influencer en rien par les riches et les grands de ce monde. Ils if auront pas pour eux ces complaisances, ces assiduités et ces flatteries indignes de leur état : ils se conduiront cependant avec prudence, et rendront à chacun les honneurs dus à son rang et à sa position dans le monde.
Ils ne rougiront pas de leur pauvreté devant les hommes : ils n'auront pas la faiblesse, indigne d'un homme apostolique, de S€ regarder comme abaissés.
par leur pauvreté, au-dessous des riches et des srrands : mais en traitant tout le monde avec la modestie, la réserve et la civilité dues à chacun, ils se conduiront avec la liberté, la dignité et les convenances qui caractérisent l'homme apostolique, représentant Jésus- Chrisl sur la terre.
En hommes dévoués à l'apostolat de Jésus-Christ, ils travailleront à sa gloire, l'esprit libre de tout souci pour leur subsistance et le cœur dégagé de
(i) Pour pratiquer plus soigneusement le complet détachement et s'y donner de plus grand cœur, ils considéreront bien souvent cette vérité : que celui qui est vide et dépouillé entièrement de L'amour des biens «nie les hommes du monde estiment et recherchent avec tant d'avidité, possède dans son âme les riehesses de Dieu, qui sont pour lui un bonheur suprême; comme aussi celui qui possède les biens «le la terre, par l'estime qu'il en l'ait et par l'affection qu'il leur porte, est vide < l dépouille des biens de Dieu. {Règle proçisoire.)
toutes les choses humaines. Ils mettront toute leur espérance dans le Maître qu'ils servent, et le Père céleste, qui nourrit les oiseaux clu ciel, récompensera leur confiance et leur amour. Cependant les Supérieurs chercheront avec prudence et sollicitude à procurer aux missionnaires tout ce qui leur est nécessaire ou utile.
Ils souffriront avec amour les privations qui proviendraient de la pauvreté, même celles qui seraient l'efïet d'un oubli de la part des Supérieurs ; cependant, dans ce dernier cas, s'il en pouvait résulter du mal pour la santé ou quelqu'autre grave inconvénient, ils devraient en prévenir qui de droit.
Pratique extérieure de la pauvreté.
Tout ce qui est à l'usage des missionnaires leur sera fourni par la Communauté dont ils font partie ; ils éviteront de s'attacher à ces objets, et seront toujours disposés à les rendre, s'il en était besoin.
On retranchera les supertluités dans la nourriture, le logement, l'ameublement et les habits ; on se contentera du modeste nécessaire. Dans la qualité de tout ce qui est à l'usage des Communautés, on évitera tout ce qui approche du luxe et l'on observera les règles de la sainte pauvreté, en se contentant d'une honnête médiocrité.
Cependant, comme la pratique des vertus religieuses doit avoir pour eux un but et une direction
spécialement apostoliques, ils éviteront, dans leur pauvreté extérieure, tout ce qui paraîtrait excessif aux personnes du dehors ; ils proportionneront cette médiocrité, dans les objets qui sont à leur usage, aux habitudes des pays où ils se trouveront et des personnes qui les environneront, y conservant toujours une grande propreté.
La nourriture, quoique réglée par l'esprit et la vertu de pauvreté, doit cependant être saine, substantielle et capable de conserver la santé des missionnaires.
On n'aura pas de jardins d'agrément ; mais tout y doit être utilisé pour le bien de la Communauté. Dans les plantations qu'on y fera, pour la commodité des missionnaires, on évitera la recherche, et en cela, comme en tout le reste, on ne doit pas se laisser aller à l'amour des objets de rareté ou de curiosité, afin qu'en tout se fasse sentir l'éloignement du luxe et du brillant de la richesse.
On évitera aussi ce luxe et cette recherche, dans l'acquisition des livres ; il y aura cependant dans chaque maison une bibliothèque en rapport avec ses besoins.
Les missionnaires prendront dans cette bibliothèque les livres qui leur seront nécessaires ; mais ils ne doivent pas les conserver constamment dans leurs chambres, sinon pour le temps qu'ils s'en servent.