LA CHASTETE
En quoi consiste la parfaite chasteté.
Quoique par rengagement religieux que les membres de la Congrégation ont pris envers Dieu, pour la pratique de la chasteté, ils ne soient strictement obligés à renoncer, toute leur vie, qu'à la satisfaction des sens, dans les impressions directes de la concupiscence de la chair, ils doivent cependant veiller et résister avec ferveur à tous les penchants et inclinations qui se lient à cette mauvaise concupiscence. Ils prendront toutes leurs mesures pour conserver à Dieu purs et saints leur cœur et leur corps, qu'ils lui ont consacrés.
Moyens de conserver la chasteté.
Défiance de soi-même. — Pour conserver ce précieux trésor, ils doivent tâcher de se convaincre de leur extrême fragilité et de la multitude des dangers qui les environnent. Ils se défieront sans cesse d'eux-mêmes et seront en garde contre leur propre faiblesse, ne se croyant jamais en sûreté, même
lorsque les dangers sont éloignés. Ils songeront que le feu de la concupiscence une fois allumé s'éteint difficilement ; ils auront donc soin d'en éloigner tout danger et d'en éteindre la moindre étincelle, dés qu'ils en ressentiront les premières atteintes.
Garde des sens et du cœur. — Ils se rendront attentifs à toutes les impressions et sensations intérieures qui flattent les sens : ils se refuseront les satisfactions qui peuvent amollir l'âme ; ils éloigneront de leur esprit toute curiosité qui peut, directement ou indirectement, exposer la sainte vertu de pureté, particulièrement dans le saint tribunal et dans leurs rapports avec les personnes du sexe. Ils banniront de leur esprit, de leur cœur et de toutes leurs habitudes, ee qui pourrait les rendre mous et faibles ; ils s'établiront surtout, saintement et solidement, dans la sobriété du cœur, qui ne leur permet pas de se laisser jamais aller à ces tendresses, à ces affections, goûts et satisfactions incompatibles avec la pureté parfaite, même lorsque ces mouvements et impressions de l'âme ne leur paraissent pas directement envenimés par la mauvaise concupiscence.
On doit surtout redoubler de vigilance sur son cœur et sur ses affections, dans les rapports ordinaires et habituels avec les personnes du sexe, particulièrement avec celles qui professent une haute piété. Lorsqu'on sentira une pieuse affection pour ces personnes, à cause de leurs vertus et de leurs bonnes qualités, on regardera généralement cette pente comme une subtile tentation, et quelque pieux et pur que paraisse ce sentiment, on ne s'y livrera pas. se défiant toujours de la faiblesse de son cœur,
et étant persuadé que ce sentiment cache une ruse de l'ennemi, et qu'il finira mal, quoiqu'il soit innocemment commencé. Ils ont besoin, dans ces circonstances, d'une vigilance particulière sur leur esprit, qui ne doit jamais se préoccuper de ces personnes. On doit éviter de leur manifester le sentiment qu'on ressent, en quelque manière que ce soit ; on observera les règles de la mortification des sens, et on sera réservé, dans ses paroles et dans tout son maintien.
On évitera aussi de s'attacher ses pénitents, surtout les personnes du sexe ; on tâchera de se tenir toujours libre et dégagé de tout lien, s'eftbrçant de n'aimer et de ne faire aimer que Jésus et Marie.
Modestie. — Les missionnaires veilleront avec le plus grand soin sur leurs sens, afin de ne pas laisser blesser leurs cœurs par les traits impurs de la concupiscence, et leur imagination se salir par ses
fantômes.
Ils auront spécialement à exercer cette vigilance, dans leurs rapports avec les personnes du sexe ; ils auront une tenue modeste, des manières graves, un ton de conversation modéré, l'action et les paroles paisibles et réservées. Ils auront avec elles le moins de conversations inutiles qu'ils pourront, et ne les feront durer que le temps qu'exigent leur bien spirituel ou la bienséance. Jamais ils ne doivent se permettre avec elles les plaisanteries, les éclats de rire et toute manière d'agir qui se ressent tant soit peu de la familiarité ; mais tout en eux sera grave, sage et paisible. Il ne faut pas cependant prendre un air austère, des manières dures ou brusques, un ton
sec ou indifférent ; il faut qu'une douce charité soit 1 àme de cette sainte gravité.
Mortification. — Ils priveront leur corps de toutes les délicatesses dont usent les hommes du monde pour la satisfaction de leurs sens ; ils seront sobres dans 1 usage permis et nécessaire des créatures et se conserveront toujours maîtres de leurs sens, non seulement quand ils seront en Communauté, où ils ne peuvent se procurer les vaines satisfactions des hommes sensuels, mais surtout quand ils seront hors de la Communauté et que les commodités et les douceurs que recherche la nature leur seront ollertes.
Ils éviteront les manières lâches et molles ; ils auront, au contraire, de l'énergie, et observeront les règles de la modestie, dans leur tenue, dans leur démarche, dans leurs gestes et dans toute leur manière d'être, même quand ils sont seuls. Ils fuiront la paresse et l'oisiveté, de peur que l'ennemi ne les attaque, en les trouvant désœuvrés.
Clôture. — Les personnes du sexe ne doivent jamais entrer dans l'intérieur de la maison • lorsqu'elles ont besoin de parler à un missionnaire, elles doivent être reçues au parloir. Autant que possible, les conseils de direction doivent se donner au confessionnal ; si cependant il arrivait que la nécessite ou les convenances exigeassent de les recevoir hors du confessionnal, on devrait les accueillir avec bonté et charité (i).
(i) On ne fera de visites à ces personnes que lorsmiP ]n nécessité y oblige, et alors on fera en sorte^ de n'être n seul avec elles. {Règle provisoire.) PdS
On ne confessera les personnes du sexe que dans l'église, ou dans un endroit public destiné à cela, et, autant que possible, dans un moment où cet endroit est fréquenté, de manière à pouvoir être vu de tout le monde.
Ceux qui confessent dans .les couvents et ceux qui y exercent d'autres fonctions, ne doivent fréquenter le parloir que le moins qu'il se pourra. Les conversations de longue durée, les entretiens inutiles et en général toutes les paroles qui ne sont pas pour le bien des âmes, ne peuvent que nuire à eux-mêmes et aux religieuses avec lesquelles ils conversent. Pour celles-ci, aussi bien que pour les personnes du monde, les directions se feront dans le confessionnal.
Rapports avec les enfants. — Dans leurs rapports avec les enfants, les missionnaires éviteront ces complaisances et ces affections trop naturelles qu'on se permet à leur égard, à cause de leur innocence et des autres qualités de l'enfance, ainsi que les caresses trop affectueuses, comme de les baiser, les embrasser, etc. Nous ne devons pas plus chercher notre satisfaction dans l'amitié que nous inspirent les enfants que dans toute autre affection, quoique cette satisfaction soit de sa nature plus pure que les autres. Il faut cependant leur témoigner beaucoup de douceur et de bonté, à l'exemple et dans les sentiments de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Non seulement on prendra toutes les précautions possibles pour conserver intacte et sans tache, dans son âme, la sainte vertu de pureté, mais encore on évitera avec le même soin tout ce qui pourrait
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donner aux hommes le moindre soupçon sur ce point délicat (i).
(i) Les supérieurs veilleront d'une manière spéciale à l'accomplissement de tout ce qui est marqué dans ce chapitre. Ils auront soin aussi de prévenir tous les autres inconvénients qui pourraient arriver sur cet article important, alin qu'il ne s'introduise jamais le moindre abus sur ce point. (Règle provisoire.)