PRÉFACE
L'hisloire de la vie de DehénauU mériiait-elle d'être esquissée? Si on l'en croit, la réponse serait négative. N'a-t-il pas proclamé dans d'admirables vers, le néant de la Renommée :
On perd bien du repos pour faire un peu de bruit, Et ce bruit ne vaut pas la peine qui le suit. Pour moy je ne suis point la dupe de la Gloire, Je vous quitte ma place au Temple de Mémoire, Et je ne conçoy point que la loy du trépas Doive épargner mon nom et ne m'épargner pas! Je me mets au dessus de cette erreur commune, On meurt, et sans ressource et sans réserve aucune. S'il est après ma mort quelque reste de moy, Ce reste un peu plus tard suivra la mesme loy, Fera place à son tour à de nouvelles choses. Et se replongera dans le sein de ses causes ; Mais que contre les ans il fasse un long effort, Et qu'un mérite exquis le dispute à la mort; Qui jouira pour moy de ces honneurs posthumes. Quand je ne sei'ay plus qu'un amas de volumes? Ce qui reste des morts reste pour les vivans, Et va mourir comme eux dans les âges suivans : Ainsi du grand Homère, ainsi du grand Virgile L'éloquence et la gloire eurent un sort fragile. L'une et l'autre nous touche et ne les touche plus. Les grands titres pour eux sont titres superflus. Tandis qu'on les admire et tandis qu'on les loiie, L'impitoyable Temps de leurs œuvres se joue. Nous regrettons déjà ceux qu'il nous a ravis : Et des autres un jour ceux-là seront suivis. Un siècle d'ignorans, un siècle de barbares, Peut-estre étouffera des Ouvrages si rares. Une inondation de peuples furieux Triomphera des soins des sçavans Curieux, De tous les temps passez confondra les merveilles, Et des Illustres morts fera périr les veilles.