VI PRÉFACE
Le bruliil Olloman. Fennemy du sçavoir,
Ne peut-il pas du Temps prévenir le pouvoir;
Enterrer au Sérail les Filles de Permesse :
Joindre Paris et Rome aux conquestes de Grèce ;
Et répandant par tout son insolent destin,
Supprimer tout d'un coup Grec, François et Latin?
IV'aussi grands changemens ne manquent pas d'exemples;
Daigne le Ciel propice en préserver nos Temples,
Et remplissant bien-tost le destin de nos Roys,
Venger sur le Ci'oissant le mépi'is de la Croix;
Aux armes de Louys abandonner Byzance,
Et faire de l'Asie une nouvelle France.
Mais soit que le Temps seul fasse ces changemens,
Soit un peuple inconnu, soit les fiers Ottomans,
Il est toujours certain que d'épaisses ténèbres
Couvriront, quelque jour, les noms les plus célèbres,
Et quTIomère et\"irgile, autrefois si fameux,
Mourront entin pour nous comme ils sont morts pour eux '...
Mais était-il sincère? Quel est l'écrivain assez philosophe pour ne pas souhaiter de se survivre? Au fond, peu importe, s'il a eu raison ou tort! Quelques-unes de ses poésies sont absolument remarquables et dignes d'être sauvées de l'oubli. Comme l'homme se confond avec son œuvre, nous ne pouvions omettre le peu que nous savons de sa vie et ne pas rappeler ce que l'on a dit de lui depuis plus de deux cents ans.
Tout d'abord, reconnaissons-le franchement, en tant que libertin, Dehénault a manqué de savoir-faire. Il n'a laissé derrière lui ni Parnasse saiyrique comme Théophile de Yiau, ni Bordel des Muses co\nn\Q Claude Le Petit; il n'a pas cherché à réaliser le type de Fépicurien raffiné comme Des Barreaux qui a fini dans le gâtisme ; il ne s'est pas vanté d'avoir des mœurs infâmes comme Saint-Pavin et Blot! Il a fait seulelement parade d'athéïsme.
Cette attitude réservée, celte tenue si rare chez ses prédécesseurs du xvii" siècle, il ne l'observa pas toute sa vie; nous savons qu'il fit la débauche dans sa jeunesse, mais il n'en reste pas de preuves marquantes.
D'ailleurs il semble avoir payé assez cher cette correction apparente. C'est une figure etïacée de la Libre-pensée. Notre édition de ses OEuvres^ ou du moins de ce qui en reste,