XXVI LA VIE DE DLHÉNAULT
Le poste où Ion me voit est assez délicat : Le sort de quelques-uns le fait assez connoistre. Et tel en est jaloux, qui s'y pei'droit peut-estre; Et qu'on verroil périr dans le moindre combat.
J'agis incessamment, je suis infatigable :
Et si ce que je fais vous paroist condamnable,
Mon Roi seul est celuy qui peut en juger mieux.
Je sais qu'on blasme tout dans le Siècle où nous sommes,
Mais quand on est entré dans le secret des Dieux,
On est bien dispensé d"en rendre compte aux hommes*.
La vie de Deliéiiault sécoulera désormais sans incidents notables. Ses ressources insuffisantes Tobligeront de prêter sa plume à de nobles seigneurs plus braves que lettrés. La malheureuse entreprise de Gigery sur les côtes barbaresques où le petit corps dexpédilion avait été forcé de rembarquer devant Tollensive des Turcs engage M. de Gadagne qui le commandait sinon à se justifier, tout au moins à exposer sa conduite dans un manifeste que rédigea Dehénault-, nous n'avons pu le retrouver. Assagi par les années qui commencent à peser sur ses épaules, il se marie ou vit comme s'il était marié. Sa tendance à philosopher se prononce de plus en plus. A la suite de Chapelle et de Molière, son ancien voisin de la rue Saint- Honoré, qu'il fréquentait de temps à autre, il entreprend une traduction du poème de Lucrèce : De Nalura Rerum. Cette tentative prouve que, s'il a connu celles de ses deux devanciers immédiats^, il les a jugées insuffisantes. Grisé par son orgueil, orgueil particulier à tous les libertins, se croyant un penseur de premier ordre, faisant parade de son athéisme, il se décide à un second voyage en Hollande afin de soumettre au célèbre Spinosa ses conceptions philosophiques. Peut-être avait-il en poche l'exposé de ses trois diiférents systèmes de la Mortalité
d. Recueil de poésies vieilles et nouvalles.. 16S9, in-i2. p. 12.
2. Nous n'avons pu retrouver ce mauifeslc cité par Bayle à moins que ce ne soit le récit suivant : Rclalion conlenunt diverses parliciiUvilez de l'expédition de Ginerii de l'iiiinée I66'i. qui se lit dans le : Recueil historique contenant diverses pièces curieuses de ce temps. Sur l'iinprhné. A Color/ne, chez CIiristoj)hrevan Di/ch\M. DC. LXVI ; 1666). in-12.
3. Molière avait traduit Lucrèce, Cliapelle également; leurs deux traductions paraissent perdues. Voir sur la version de Molière la notice biographique sur Molière (pp a4-3.ï) de l*. Mesnard, T. X. des Œuvres de Moliire de la Collection des fjrands écrivains de la France.