‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 2)Chapitre 27 sur 93 · LA VIE DE DEIIÉNAULT XXXV · texte numérisé non relu

LA VIE DE DEIIÉNAULT XXXV

Hien pour les ménager ne me paroisl permis,

Et dans lous mes Amans je vois mes Ennemis.

A Vahry d'une longue et seùre indifférence^ ,

De leurs tendres transports, Je vois la violence;

L'Esprit libre de soins, et l'Ame sans amour,

Dans le sacré Vallon Je passe tout le Jour,

J'y cueille avec plaisir cent et cent fleurs nouvelles,

Qui braveront du temps les atteintes cruelles;

Et pour suivre un penchant que J'ay receu des deux,

Je consacre ces fleurs au plus galant' des Dieux.

Par un Juste retour on dit qu'il sçait répandre.

Sur tout ce que J'écris unair touchant" et tendre ;

Je'' nose aller plus loin, et sur la foy d'autruy

Je chante tous les Jours et pour, et contre luy^;

Heureuse si les maux dont Je feins d'estre atteinte

Pour mon timide cœur sont toujours une feinte'^.

Nous ignorons la date exacte à laquelle DehénauU s'esL résolu à faire la démarche décisive. A-t-il attendu d'entrevoir la mort pour renoncer à Satan, à ses pompes et à ses œuvres? C'est possible, mais nullement certain ; il n'existe cependant aucun doute qu'il ait pris le chemin du Ciel en bon et fervent chrétien. Bayle — il n'est pas suspect — nous l'apprend par une communication reçue de l'abbé Dubos' : « A la mort, les choses cliangèrent bien (il se convertit) et vouloit pousser les choses à l'excès ; son confesseur fut obligé de l'empêcher de recevoir le Viatique au milieu de sa chambre la corde au col. »

Dehénault a fini comme Des Barreaux, comme Saint-Pavin, comme tous les libertins du xvii° siècle. Le reproche, adressé à son confesseur, de l'avoir engagé ou obligé à détruire ses œuvres, particulièrement sa traduction de Lucrèce est sans aucun fondement, en ce sens qu'il n'existe pas l'ombre d'une preuve de cette assertion \

i. 1688. Je jouis d'une paix plus douce qu'on ne pense.

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