‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 2)Chapitre 29 sur 93 · HISTOIRE POSTHUME DE DEHENAULT · texte numérisé non relu

HISTOIRE POSTHUME DE DEHENAULT

ïi'ois ans à peine, après la mort de Deliénanlt, Boileau, dans l'édition de ses OE livres diverses de IO80 fait subir au vers 98 de la Satire IX : A mon Esprit^ publiée en 1668, un léger remaniement : il substitue Hainaut à Kainaut (Quinault) :

Que vous ont l'ait Perrain, Bardin, Mauroy, Bursaut,

Colletet, Pelletier, Titreville, Hainaut,

Dont les noms en cent lieux, placés comme en leurs niches.

Vont de vos vers malins remplir les hémistiches?

Ce qu'ils font vous ennuyé. 0 le plaisant détour!

Ils ont bien ennuie le Roi, toute la Cour,

Sans que le moindre Edit, ait pour punir leur crime,

Retranché les Auteurs, ou supprimé la Rime.

Cette petite exécution n'était guère justifiée mais il fallait une rime pour remplacer Quinault avec qui Boileau venait de se réconcilier et le nom de l'auteur du sonnet contre Colbert est tombé de sa plume. Dans l'édition suivante de 1694, Boileau placera Haynaut à l'extrémité du vers 97 et remettra Kaynaut (Quinault) au vers 98 :

Que vous ont fait Perrin, Bai'din, Pradon, Haynaut, Colletet, Pelletier, Titreville, Kaynaut...

Ces tours de passe-passe, plutôt regrettables, n'ajoutent rien, au contraire, à l'autorité des jugements du Législateur du P aimasse.

Ce serait une sorte de réparation de l'injure faite gratuitement à Dehénault que la publication, si elle n'était anonyme, dans le tome IP àn-Recueil de pièces curieuses et nouvelles^ dit de Moetjens (1694), .3'' partie, de son clief-d'œuvre poétique : V Invocation à Vénus du poème de Lucrèce : De Natura

XXXVllI HISTOIRE POSTHUME DE DEHÉNAULT

Rerum. Une seconde et importante contribution à son œuvre, celle-là signée, est apportée par les Furetiriana (1696) : une élégie et une églogue remarquables. Ces trois pièces permettent de compléter le petit volume de 1670.

Après avoir été, on vient de le voir, sacrifié à Quinault, il va l'être de nouveau à Perrault. Cette fois l'allégation ne portera pas à faux, elle n'en sera que plus cruelle : au IIP chant du Lutrin de l'édition des OEuvres diverses de 1701, le satirique parle de la mévente des livres de Dehénault :

Où Ribou le libraire, au fond de sa boutique, Sous vingt lidèles clefs garde et tient en dépôt L'amas toujours entier des écrits de Ilaynaut...

Mais le sort apporte encore une compensation à notre liberlin quand le savant et judicieux critique Pierre Bayle lui consacre un assez long article dans la seconde édition de son Dictionnaire historique et critique (1702). La partie biographique résume tout ce qu'on sait, à peu de chose près, de la vie de Dehénault.

En 1709, un libraire peu scrupuleux ayant acquis le stock des exemplaires invendus des OEuvres diverses de 1670 en supprime le titre et les feuillets préliminaires et les remplace par le titre d'un ouvrage qui avait obtenu un succès modeste : Dialogue ou Entretiens entre Bélise et Emilie, femme savante, aux Champs-Elysées sur différents caractères et différentes modes de ce temps. Rouen, Ant. Le Prévost et Jacques Ferrand. On aurait tort d'incriminer ces deux libraires, ils n'y sont probablement pour rien !

De 1710 à 1750 la nuit la plus noire environne le nom de Dehénault.

En nrjl, Voltaire prend prétexte de l'homonymie du nom de Hesnault avec celui du Président Hénault pour encenser ce dernier. Voici la notice de Voltaire dans sa Liste des Ecrivains dont plusieurs ont illustré le siècle de Louis A/F' :

(( Jean Hesnault connu par le sonnet de VAvorion, par d'autres pièces et qui aurait une très grande réputation si les trois premiers chants de sa traduction de Lucrèce qui furent perdus avaient paru et avaient été écrits comme ce qui nous est resté du commencement de cet ouvrage. Mort en

\. Le Siècle de Louis XIV, pnlAié par M. de Friinchevilîc (Voltaire ... Berlin, Hcnnings, 1751, 2 vol. iu-12.

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1682. Au reste la postérité ne le confondra pas avec un homme de même nom et d'un mérite supérieur... »

Trois ans plus tard, Arouët à propos du sonnet de L'Avorton qu'il avait daté d'abord de 1673 puis de 1670 (alors qu'il est antérieur à 1658) envoie un coup de patte à Bayïe : « Le savant Bayle a ramassé bien des pauvretés indignes de lui » ^ .

Quelles sont ces pauvretés? Le gentilhomme de S. I\L Louis XV se garde bien de les spécifier, mais il est 'facile de les retrouver : Bayle est coupable d'avoir publié sans faire aucune réserve, ni sans leur faire subir aucune atténuation, les circonstances de la fin chrétienne de Dehénault-. Aux yeux de Voltaire une telle fin était inadmissible ou, en tout cas, devait être tenue, comme celle de Des Barreaux, pour inexistante! Il a d'ailleurs écrit cyniquement : u Le mensonge n'est un vice que quand il fait du mal, c'est une très grande vertu quand il fait du bien — 11 faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours. Mentez mes amis, mentez, je vous le rendrai à l'occasion »-. La vérité c'est que l'indépendance d'esprit de Bayle, sa probité intellectuelle^ sont bien au-dessus de celles de Voltaire. Il n'a pas les mesquines passions de celui-ci.

On se serait attendu à voir notre libertin cité en compagnie de Des Barreaux, de Saint-Pavin et autres dans l'article de Diderot Epicuréisme de la fameuse Encyclopédie (T. V, 1755). Non seulement Dehénault n'y figure pas, mais Des Barreaux y est donné comme maître de madame Des Houlières! Diderot se montre tout aussi fantaisiste en imaginant des Ecoles d^ epicuréisme où il place à tort et à travers Des Yveteaux, Y Illustre Débauché, Blot, etc.. Ce sont là d'agréables fictions n'ayant rien à faire avec l'histoire.

L'abbé Goujet, en refaisant et complétant VHisfoire des poètes français de Guillaume Golletet, fait place à Dehénault dans le T. XVIII (1756) de sa Bibliothèque françoise,\\ en avait déjà touché quelques mots au tome V à propos des traductions de Lucrèce.

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