XLIV HISTOIRE POSTHUME DE DEHÉNAULT
M. Perrens dénie loute autorité à Bayle qui aurait écrit dans les Patiniana que Dehénault renonça à sa Commission en Forez « pour faire la débauche ». ilemarquons d"abord que le collecteur des Pa^m/fT^a n'est pas Bayle, mais Claude Lancelot, Bayle n'a été que l'éditeur de cet Ana. Claude Lancelot a dû opérer sur des notes laissées par Guy-Patin et il n'y a aucun motif d'en douter. En tout cas, le critique irréprochable qu'était Bayle est au-dessus de Finsinuation d'avoir émis ici son opinion au lieu de celle de Guy-Patin. Qu'on le veuille ou non, en dépit de l'allure générale de ses œuvres, tout au moins de ses traductions ou adaptations de Senèque et de Lucrèce, Dehénault a passé toute sa vie pour un débauché. Si on jugeait Des Barreaux sur ses sonnets philosophiques il perdrait le titre d'Illustre Déhanché, et on se tromperait sur son compte, aussi lourdement que l'a fait M. Perrens à l'égard de son émule.
Dehénault médisant de la gloire et de l'immortalité en matière littéraire, dédaignait-il l'une et l'autre? On peut en douter, rappelons la fable du renard et des raisins. Ravaler sa conversion in extremis, si tant est qu'elle ait été in extremis, à la préoccupation d'être inhumé en terre « consacrée » est encore forcer la note. Quelque pénible que soit pour un libre-penseur, chatouilleux comme Tétait M. Perrens (et en cela il copie Voltaire), la conversion d'un autre libre-penseur, mort deux cents ans auparavant, il faut l'accepter avec philosophie, d'autant qu'il suffisait à Dehénault pour obtenir une sépulture chrétienne de se rétracter, sans plus. Pourquoi aurait-il obligé son confesseur à lui faire observer qu'il n'était nul besoin de recevoir le viatique la corde au col? Enfin, si comme le dit M. Perrens, le détachement des choses de ce monde avait pris, et de beaucoup, chez notre libertin l'avance sur l'espoir d'un monde meilleur, on peut se demander également pourquoi il se serait efforcé de soustraire sa misérable carcasse à la voirie !
L'erreur initiale de j\I. Perrens a été de composer son livre comme une marqueterie avec des matériaux pris partout, au hasard de ses lectures, sans se préoccuper ni de leur origine, ni de leur authenticité : un mot, une boutade, une rûflexion lui ont suffi pour enrégimenter le personnage dans l'armée des librespenseurs, et le même personnage a pu, dans d'autres circonstances, émettre des opinions diamétralement opposées à celles