HISTOIRE POSTHUME DE DEIIÉNAULT XLIII
normalien appelé à de brillanles destinées, el mort à vingtquatre ans :
(( Hesnaut, l'ami de Gassendi (?) et de Chapelle, ridiculisé pour la rime au bout d'un vers de Boileau, est un poète d'un vrai mérite. On connait surtout de lui deux sonnets, dont l'un peut passer pour un acte de courage. Ses sentiments libertins n'étaient un mystère pour personne. Il a imité en fort beaux vers un chœur de Senèque : le choix en est très significatif.... Hesnaut d'ailleurs, « fit une fin » et, sur l'ordre (?) de son confesseur, brûla une traduction de Lucrèce qu'il avait entreprise »'.
Enfin voici Perrens qui aborde résolument l'histoire du libertinage au xvii*^ siècle : il réhabilite tous les révoltés et tous les détracteurs de l'idée chrétienne. Dehénault y a sa place. La notice qu'il lui consacre met en pleine lumière la façon dont il a traité son sujet. On nous excusera, après l'avoir reproduite, d'en préciser les tendances :
« Ce fils d'un boulanger de Paris avait obtenu de l'infortuné Surintendant « une commission en forêt » -. Il y renonça « pour faire la débauche et là il n'a jamais fait autre vie » lit-on dans le Paliniaiia; mais l^ayle, auteur de ce recueil, est venu trop tard pour faire autorité dans la question. Si cette débauche fut semblable à celle des Iniveurs d'eau qu'étaient Gassendi et Naudc, l'on pourroit donner à Hesnaut, comme disent les bonnes gens, le bon Dieu sans confession. A supposer que la confession y fût nécessaire, qui eût refusé d'absoudre cet habitué des meilleui'es compagnies? Supérieur aux poètes de son temps par sa veine poétique, il l'est encore et surtout par une certaine inquiétude philosophique qui révèle, comme sa liaison avec Chapelle et Molière, un disciple du doux antagoniste de Descartes. Son entreprise de traduire Lucrèce et les plus hardis passages de Sénèque accuse les tendances de son esprit. Mais il travaillait et il pensait sans ardeur, étant un découragé, un dégoûté, qui ne croyait ni à la gloii'e présente, ni à rimmorlalité poétique, et moins encore à l'immortalité de l'âme
« Hesnaut n'est pas aussi catégorique sur ses croyances par rapport à la Divinité. S'il eut« longtemps le malheur et la sottise ou l'extravagance de faire parade » de son athéisme, sur l'heure du lard le désir d'avoir pour ses os un coin de terre consacrée lui fit mander un confesseur, brûler, pour lui obéir, sa traduction de Lucrèce, sacrifice bien pénible, s'il fût venu d'un auteur moins désabusé. Chez lui le détachement des choses de ce monde avait pris, et de beaucoup, l'avance sur l'espoir d'un monde meilleur, si tant est qu'une conversion tardive l'ait pu faire entrer dans une tète de mécréant » ■'.