‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 2)Chapitre 74 sur 93 · Œuvres diverses · texte numérisé non relu

Œuvres diverses

SONNET

Quel ombrage ternit l'éclat de vostre teint, Et fait pâlir les fleurs qu'on y voyoit écloses? Ah ! sans doute, Philis, c'est l'amour qui s'y peint : Et ce sont ses Soucis qui jaunissent vos Roses.

On ne s'abat point tant pour de légères causes;

Et vous avez tout l'air d'avoir le cœur atteint.

Ne vous mutinez plus à déguiser les choses :

Vostre esprit a beau feindre ; on connoist bien qu'il feint.

Mais qu'on hait (direz-vous) un gloseur de ma sorte. N'ozeroit-on pleurer, quand une chatte est morte? Non : quand le mesme jour un Amant est party.

Sauvez ce contre-temps où vostre amour éclate. Pour le sauver (Philis) il vous reste un party, Prenez un autre Amant, et pleurez vostre chatte'.

SONNET

.T'aymay de tout mon cœur l'indigne Célimène,

Autant que je le dûs je luy garday ma foy,

Et si l'amour tout seul avoit régné sur moy,

Nul autre Objet n'eût fait mon plaisir, ny ma peine.

Tu régnas à ton tour, ô Fortune inhumaine! Et tu me fis gémir sous ton inique loy. Olympe m'ayda seule à lutter contre toy; Et conquit mon amour en combattant ta haine.

Quant au fort des mal-heurs dont tu vins m'accabler, Célimène cherchoit de quoy se consoler, Olympe nourissoit une douleur mortelle.

Ta rage salutaire ainsi m'ouvrit les yeux.

Mon cœur à mes dépens apprit à choisir mieux,

Et pour devenir juste, il devint infidelle'.

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