AU LIEU D UN BOUQUET
Zéphir en belle humeur un jour,
Me surprit au bord d'un parterre.
Le folâtre me fit la guerre ;
Ou plûtost il me fil l'amour.
Je sçavois qu'il estoit le soupirant de Flore : Et je me deffendis de son vain enjoiiment. Mais que n'entreprend point un jeune et fol Amant,
Pour peu qu'on souJfre qu'il s'essore.
Diane, ce badin cent baisers m'excroqua. •
Par mal-heur je n'en fis que rire :
Et je crus ne devoir rien dire.
Flore le vit : et s'en choqua.
La belle et jalouze Déesse Derrière un buys épais Se tenoit aux aguets;
Ah ! traître (dit-elle) ah! traîtresse,
Vous me la payerez tous deux,
Aussi-tost Zéphir tout honteux.
Et moy bien plus honteuse encore
Nous voulûmes appaiser Flore.
Mais Flore pleine de dépit S'enfiiit sans nous oûir. Zéphir court après elle. Il l'attrape : il la baize, et finit la querelle. L'accord ne fut qu'entre-eux ; Flore avec moy rompit. J'estois auparavant de ses bonnes amies. Elle passoit chez moy tous les mois quatre jours;
Elle estoit dans tous mes amours;
Dans mes plus secrettes parties.
Son cœur avoit pour moy mille transports plaisans :
Et jamais cœur ne fut plus tendre.
Elle me faisoit cent présens :
Et j'avois des fleurs à revendre.
Mais depuis ce maudit moment Qu'elle vit avec moy folâti'er son .Amant, Depuis qu'en sa disgrâce enfin je suis tombée,
Ilélas ! que de biens j'ay perdus.
J'avois des fleurs : je n'en ay ])lus ;
Si ce n'est à la dérobée.
J'ay pourtant foizon de Soucis.
Flore en se retirant m'en a chargé la teste.
Mais de ces fleurs de trouble feste
Je ne fais part qu'à mon Tircis.
Reçoy donc de moy pour honim;ige Un souhait assez beau qui me coûte assez peu.
Je ne puis t'olTrir davantage.
Qu'un éternel Printemps règne sur ton visage. Qu'à jamais tes beaux yeux conservent leur beau feu. Que de Ion teint fleury les rozes immortelles
Effacent les rozes nouvelles.
Que Flore auprès de toy voye languir les fleurs : Et mourir, à ses yeux, leurs plus vives couleurs, Qu'au lieu d'elle, Zéphir te courtize, et t'adore.
Qu'il ne soupire que pour toy.
Qu'unis tous deux ensemble, et tous deux avec mov, Vous me vangiez enlin de la haine de Flore '.