SUR LA MORT DE PHILIS
SONNET
Triste Divinité, Reyne affreuse du Monde, Qui conserves sur nous un Empire. immortel : Mort, à qui la Nature, à peine assez féconde, Doit, et paye à toute heui'e un Tribut éternel.
Barbare, arreste icy ta fureur vagabonde.
Vien sur moy consommer un meurtre solemnel.
J^a mort de ma Philis en veut une seconde;
Et sans mon sang, le sien mouille en vain ton Autel.
En vain tu crûs trouver toute Philis en Elle. L'amour, pour en sauver la moitié la plus belle, Mit en mon sein son âme, et mon âme en son sein.
Du beau sein de Philis tu séparas la mienne ; Mais ce coup imparfait a frustré ton dessein. Achève; et de mon sein sépare encore la sienne'.