‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 2)Chapitre 78 sur 93 · L'INDISCRET STANCES · texte numérisé non relu

L'INDISCRET STANCES

J'ay contrefait le Sage autant que tous les hommes, Mais, divine Angélique, enfin j'ay reconnu Que la discrétion, dans le siècle où nous sommes, l^^st une vertu simple, et de nul revenu.

Sans craindre les rigueurs d'une austère Maistresse, Les Amans d'aujourdhuy sont devenus hardis, Et l'on va renvoyer cette fausse sagesse Aux antiques Galants du siècle d'Amadis.

Autrefois ces vieux Preux la mirent en usage; Mais le moderne Amant la trouve hors de saison. Aussi comment veut-on qu'un Amoureux soit sage, *Si les feux de l'Amour olîusquent la raison?

On condamne à présent de crainte, ou de sottise, Celuy qui n'use pas de quelque privante. Pour moy, quoy qu'une Belle ait ravy ma franchise. Je vivray toujours franc, et plein de liberté.

Un ardent sérieux n'acquiert que peu d'estime, Eut-il plus de trésors qu'il n'en vient d'Orient! Les Belles n'aiment plus une triste victime. Et le Galant adroit sçait mourir en riant.

Page 1