Rec. de Sercy, IV* p. Iô58, sig. H
PIKCES GALANTES «J.'i
Si jamais vos appas, eux par qui tout succombe, Font mourir un Amant trop sage, et mal-adroit, Belle vous rirez bien de lire sur sa tombe Gy gist un qui mourut pour être trop discret.
Loin de passer ainsi mes jours dans la tristesse, Je pratique si bien les douces privautés, Que quand j'aurois en teste une fîère Tygresse, Je pourvois galamment à mes nécessitez.
Si je trouve mon temps, je le sçay si bien prendre, Que le malheur est grand si je ne réussis ; On a beau Fempescher, on a beau s'en défendre, La Fortune est toujours favorable aux hardis.
On auroit beau verser des larmes éternelles
Pour fâcher d'amolir la dureté d"un cœur,
Les pleurs, ny les soupirs, ne gagnent plus les Belles,
Aussi bien quels appas peut avoir un pleureur!
Pour moy, loin de languir sous le poids de mes chaînes, Je publie tous mes maux parmi tous les humains, Que si l'on ne veut pas me payer de mes peines, Je m'en paye moy-méme, et par mes propres mains.
La liberté d'amour ne fait tort à personne, Je ne veux perdre rien faute de hazarder, El non pas, sérieux, attendre qu'on me donne Ce qu'un Amant adroit saisit sans demander.
Toutefois, ô Beauté que j'estime parfaite, Quoique je me sois dit peu sage et peu discret, Accordez à mes vœux quelque faveur secrette, Je jure vos beaux yenx que je seray secret.
Mais enfin je conclus, et prouve à tous les Hommes Ce que par mes raisons j'ay déjà soutenu : Que la discrétion dans le siècle où nous sommes, Est une terre ingrate, et de nul revenu*.