XII LA VIE DE DEHÉNAULT
On voit de vos pareils un fécond entre mille, Le reste échappe à peine à la stérilité, Et sans se diviser dans la postérité, De Héi'os en Héros jusqu'à la. fin défde.
Condé, tu n'as qu'un fils : Anguien tu n'en as qu'un. Avec cent Deniy-dieux ce sort vous est commun. Vostre fvace est illustre, et n'est pas inféconde.
Vous avez fait assez pour ne jamais mourir.
Par de simples mortels laissez peupler le monde;
Héi'os ! vous ne naissez que pour le conquérir'.
Quelle réponse y firent les deux Condé? Gomment remercièrent-ils Deliénault? Nous Fignorons; mais ce sonnet lui valut rentrée de leur maison. C'est là qu'il devait rencontrer Guillaume de La Fon de Boisguérin, seigneur Des Houlières, poitevin, gentilhomme ordinaire de la suite de Condé qui l'avait logé dans son Hôtel, et lieutenant colonel du régiment dit le petit Condé. Quand Guillaume de La Fon épousa le dix-huit juillet 1651 une jeune fille aussi belle qu'intelligente, Antoinette Du Ligier de la Garde, à peine âgée de dix-huit ans^ — fille de Melchior Du Ligier, seigneur delà Garde, et de Claude Gaultier — Dehénault eut l'occasion de connaître cette jeune femme. Une réelle sympathie ne tarda pas à naître entre eux, sympathie qui se transforma en une sorte d'intimité quand Guillaume de La Fon quitta Paris à la fin de 1652 pour gagner avec son régiment la frontière de Champagne, et suivre ensuite, en Flandres, Condé devenu grand généralissime de l'armée d'Espagne. }>ladame Des Houlières, un peu elfrayée de voir son mari au service d'un rebelle, se retira chez ses parents où Dehénault continua à lui rendre visite et à lui faire un brin de cour, la cour d'un homme ayant dépassé la quarantaine à une toute jeune mariée, mais il eut le bon sens de s'apercevoir assez vite du ridicule de ses espérances. C'est de mars à août
1. Recueil dit de madame de La Snze T. III, I66S. — OE livres diverses, 1670.
2. Ou n'est pas iixo sur la date de la naissance de madame Des Houlières. D'après son Eloije inséré dans l'édition de 1747 de ses OEuvres, elle serait née en 1033 ou 16H4 d'où 18 ans environ en 1651 D'autre part, on a dit qu'elle a été baptisée le 2 janvier 1(338 (mais il est possible qu'elle ail été ondoyée quatre ou cinq ans auparavant), et son acte de décès du 17 février 1C94 porte qu'elle mourut à bO ans, ce qui donnerait 1638 pour sa naissance.
LA VIE DE DEIIENAULT XllI
1653 qu'il l'iniLia ù la poésie ayant reconnu chez elle des dispositions exceptionnelles. En septembre Madame Des IIoulières rejoignit son mari à Rocroy et, dans les derniers jours de mai 1G5G, elle mit au jour une première fdle Antoinette- Thérèse, la seule qui, de ses trois enfants', devait lui survivre. Six mois après, le Prince de Gondé fit arrêter Guillaume de La Fon sous le prétexte — exact d'ailleurs — qu'il avait voulu livrer à l'ennemi la place dont la garde lui était confiée; l'ennemi, c'était Louis XIV! On emprisonna le gouverneur de Rocroy au château de Ville vorde, à dix kilomètres de Bruxelles, et sa femme se retira dans celte dernière ville où Gondé lui témoigna beaucoup d'égards. Le 2 juin 1G57, elle obtint l'autorisation de résider au château de Ville vorde d'où elle facilita l'évasion de son mari (31 août 1G57). Tous deux arrivèrent quelques jours après à Paris.
Ennuyé de l'absence de son élève, et ne pouvant plus compter sur la protection de Gondé, Dehénault chercha un autre appui ; il le trouva dans la personne du Surintendant des finances, Fouquet, si accueillant aux hommes de lettres. H faut dire que notre libertin jouissait déjà d'une grande réputation dans les ruelles grâce à son sonnet U Avorton. Gette petite pièce avait fait un bruit énorme; on insinuait que l'avortement d'une des fdles de la reine (mademoiselle de Guerchy?)- en était le sujet :