‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 2)Chapitre 87 sur 93 · III. — MOLIÈRE ET GASSENDI · texte numérisé non relu

III. — MOLIÈRE ET GASSENDI

Notre mise au point : Une légende : Dehénaull avec Molière et Cyrano de Bergerac chez Gassendi était imprimée quand a paru Touvrajj^e de M. Gustave Michaut : La jeunesse de Molière, dans lequel l'éminent professeur à la Sorbonne ne laisse rien subsister des légendes accumulées sur la jeunesse de Molière par ses biographes ; il détruit ces légendes avec une admirable sagacité et une impitoyable logique. Cependant sur un point nous ne partageons pas son appréciation : M. Michaut se refuse à admettre tout contact direct entre Molière et Gassendi.

La présence de Gassendi chez Luillier, le père de Chapelle, est établie à partir de mars 1641 et, à cette époque, Molière venait de terminer ses humanités. Sans calomnier Chapelle, on peut accepter, avec une quasicertitude, qu'il rencontrait les jeunes gens de son âge aux lieux où Ion s'amuse, et, parmi ces jeunes gens, Molière et Cyrano de Bergerac. Que Chapelle les ait attirés tous deux chez Gassendi ou qu'eux-mêmes aient demandé à faire la connaissance du philosophe, la déduction est encore raisonnable, d'autant que Cyrano, en octobre 1G41 , avait élu domicile au collège de Lisieux — nous ignorons à quel titre — ce qui laisse supposer que son esprit était plutôt porté, à ce moment-là, à la réflexion et à l'étude *. Concluons donc, sans qu'il soit question de leçons ou de cours de philosophie, au sens propre de ces mots, qu'il a pu y avoir des conversations suivies entre Gassendi et ces jeunes hommes avides de s'instruire : Molière et Cyrano. Et de ces conversations sont nées peut-être, plus tard, la [traduction en vers et prose de Lucrèce de notre grand comique, et aussi, incontestablement, la partie scientifique des Estais et Empires de la Lune de Cyrano de Bergerac.

Evidemment notre opinion — le fait étant d'ailleurs de nulle importance aux yeux des contemporains — ne s'appuie sur aucun document de l'époque, mais est fondée sur une base certaine pour Cyrano, et presque aussi certaine pour Molière, les péripéties de l'existence du comédien, chef de troupe, ne lui ayant plus permis de se lier avec Gassendi à partir de

Nous disons une hase certaine pour Cyrano : C'est de la bouche de Gassendi qu'il a recueilli plusieurs théories scientifiques qui ne seront imprimées dans les œuvres de l'archi-prêtre de Digne qu'après sa mort. De plus, dans l'Utopie cyranesque, un Sélénite nous apprend qu'il avait fréquenté en France La Mothe Le Vayer et Gassendi 2, rappelant ainsi ce que nous savons de l'intimité de Cyrano avec l'abbé Le Vayer, le fils du philosophe, qui, certes, n'avait pas manqué de présenter son ami à son père ! Ce qui est exact pour La Mothe Le Vayer a bien des chances de l'être également pour Gassendi en l'absence de preuves matérielles.

En résumé, le proverbe « il n'y a pas de fumée sans feu » nous paraît s'appliquer aux relations de Molière et de Gassendi, Grimarest ne les a pas inventées !

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