LES
Nous n'avons pas la prétention de reproduire ici tous les couplets de Blot. Un certain nombre sont restés anonymes dans les manuscrits — très nombreux dans nos grandes bibliothèques publiques — de chansons du xviie siècle où il est impossible de les identifier avec certitude. Les couplets ci-après sont signés dans un des manuscrits suivants de la Bibl. nat. : Ms. 865, 12 666, 12 667, 12 726, et dans le Ms. Potocki (Cabinet de M. Pierre Louys). Pour les dates, elles sont données sous toutes réserves, les collecteurs des Ms. plaçant les mêmes chansons à des époques différentes.
Ce n'est pas non plus un choix des rimes de Blot ; nous n'avons écarté, nous le répétons, aucune pièce sous le prétexte d'obscénité. Le cynisme de Blot et de ses amis le chevalier de Rivière, Hotman, Marigny, etc., est une exception dans le Grand Siècle. La Fronde se présente comme une crise d'anarchie, il convient de ne pas lui ôter ce caractère en ce qui a trait à la verve spirituelle, mais malsaine, du gentilhomme de Gaston d'Orléans.
Nous présentons les chansons de Blot dans l'ordre suivant :
a) Chansons libertines; b) Sur la Reine et Mazarin; c) Sur Mazarin ; d) Sur divers personnages ; e) Diverses.
La Musique des chansons est celle des manuscrits 12 666 et 12 667 de la Bibliothèque nationale.
A) Chansons libertines.
Couplets (1650).
AIR I
Moquons-nous des Dieux de la Fable :
Qu'ont-ils fait de si remarquable Que Loth ou Noé n'ayt vaincu?
Priape a-t-il f ses filles?
Et Bacchus a-t-il jamais bu Jusqu'à monstrer ses triquebillcs?
Quoy qu'on nous rompe les oreilles Du Paradis, de ses merveilles, J'en donne de bon cœur ma part ; Car d'estre tousjours en extaze.
N'en desplaise au Père Bernard (1), Est le vray mestier d'un viédaze (2).
Couplet.
A la santé de nos amis !
Que le Diable emporte les autres (3).
N'estes-vous pas de cet avis?
A la santé de nos amis !
Ma foy, vous me l'avez promis ;
Buvez aux miens, je bois aux vostres.
A la santé de nos amis !
Que le Diable emporte les autres !
(1) Le Père Bernard dit le pauvre prêtre, né le 16 décembre 1588, mort le 23 mars 1641, Moreri (Dict. historique) lui a consacré un article étendu.
(2) On retrouve cette idée exprimée dans le deuxième couplet de la chanson : Dieu me fasse tousjours la grâce.
(3) Var. : Et que l'azc f les autres.
Chanson (1645).
Ain I
Ditii me fasse tousjours la grâee, D'avoir du bon vin à la glaee (1), Des jeunes c.... et des perdrix !
.Te veux avoir les étrivières Si jamais, pour son Paradis, .le l'imporlune de prières.
Puisqu'on nous coule qu'en la Gloire
On n'y sçauroit manger ny l)oire,
.le m'y verray tout cstonné.
C'est un vray meslier de viédaze ! *
J'ayme bien mieux esirc damne
Que d'estre tousjours en extase (2).
.le suis bougre de vieille roche.
Qui n'auray jamais de reproche (.3) D'avoir usé du Sacrement.
>h)rbleu, tous sept je les mesprise, Et, pour le monstrer hautement (4), Je consens qu'on me desbaptise.
Je voy cncor des esprits fermes (5) Fonterailles, d'Aubijoux, de Termes (6),
(1) Var. : D'avoir du vin dedans ma tasse.
(2) Ce couplet a une variante dans un couplet donné à Des Barreaux par le Ms. Potocki et qui dans d'autres manuscrits est attribué, à tort vraisemblablement, à Blot :
On ne fout point dedans la {gloire, 1 Enfin chanter toute sa vie On n'y peut ny manger ny boire, Domine Dcus Sabaolh,
Admirer tousjours est d'un sot. ' A la fin par Dieu on s'ennuye.
D'autres couplets dans ce Ms. sont attribués à Des Barreaux, on les trouvera «lans notre travail : Disciples cl successeurs de Théophile : Des Barreaux ei Saintl'aoin. 1911. \.' Illustre Débauché est encore l'auteur d'admirables sonnets insérés sans nom d'auteur dans un recueil publié à l'étranger, 1667: Recueil de quelques pièces nouvelles et rjulcuites. II" parlie, (Pologne.
(.3) Var. : Qui ne se /ait aucun reproche (12 666).
(4) Id. : Pour le prouver dès à présent (12 666).
(5) Id. : .J'en connois encor d'assez fermes (12 666). Ce couplet suit ordinairement un couplet donné à Des Barreaux par le Ms. Potocki et qui, dans d'autres manuscrits, est attribué à BIol :
Nous sommes Ici demy-douzainc Qui ne nous mettons guères en peine Du Vieux ny Nouveau Testament,
n;t je tiens qu'il est impossible De trouver sous le Firmament Des gens moins zélés pour la Bible.
(6) \'oici quelques renseignements sur les personnages cités
Qui vivent de UKsme façou, Sans faire jamais abstinence.
Si ce n'est d'eau et de poisson, De Jubilé ou d'Indulgence.
Couplet.
Quoy que le Censeur puisse dire.
Je fais moins de cas d'un empire Que d'un bon c, d'un bon repas ; Car sans le vin, la fouteric, Morbleu, je ne donnerois pas Un viédaze de nostrc vie.
Couplets (1645).
AIR I
Je veux sortir de cette ville, On y amasse trop de bile ; Je m'y trouve tout désolé (1).
Je suis chagrin, je suis colère : • C'est, je croy, l'air du Jubilé Qui m'est entièrement contraire.
Que ce maudit air incommode Ceux qui vivent à nostre mode !
Le pauvre noble ne f... plus, Nostre cher Chevalier (2) succombe,
Louis d'Astarac, vicomte de Fonlrailles ; il lirait ce nom d'un petit village situé à quatre lieues de Tarbes. C'était, dit Paulin Paris, un gourmet, un libertin; un mécréant accompli, si on en croit son ami Blot ; il joua un rôle important dans la conjuration de Cinq-Mars. Fontrailles n'est autre que le sénéchal d'.\rmagnac dans le Voyage, de Chapelle et de Bachaumont.
François d'Amboise, comte d'Aubijoux, mort en 1656, fut un dc!> banquiers de Ninon de Lenclos à ses débuts dans la galanterie et, probablement, le premier des amis de cœur de la présidente Tambonneau qui en eut beaucoup par la suite.
César de Pardaillan, marquis de Termes était, dit IM. F. Hoca. raisonnablement décrié. Son frère et son neveu, le marquis de .Montespan, que ses infortunes conjugales devaient rendre si célèbre, avaient eu la belle part de l'héritage du \ieux duc de Bellegarde. César, peu fortuné et riche d'appétits, supporta mal la pauvreté: on l'accusa de fausse monnaie, rien n'est moins prouvé, il est vrai; mais ic qui est certain, c'est qu'on le voyait mettre en coupes réglées l'alTeclion (juc lui portait là présidente Aubert, et quoiqu'il ne fut alors nullement deshonorant pour un gentilhomme de vivre des libéralités d'une amie. M. de Termes était assez mal noté.
(1) Var. : Car j'y suis un peu trop débile ; |i Je m'y trouve trop isolé.
(2) Le chevalier de Rivière, aussi libertin que Blot, et presque aussi niorpant et aussi spirituel que lui.
Le bon Saiiil-Pavin est perclus,
Et François Coquet (1) dans la tombe.
J'ay lousjours dit : ii de l'arestc 1 Je n'ay point attendu la feste Pour descouper l'Agneau pascal ; Et j'eusse creu estre anathème Si, dans tous les temps faisant mal, Je n'en eusse fait en caresme.
Couplets (1648).
AIR II
Puisqu'enlin il faut que je quitte (2)
Ce beau titre de desbauché.
Je veux devenir hypocrite,
Crainte qu'il me manque un péché (3) ;
Et je prcndray la contenance
De quelque cagot d'importance.
Je veux à présent estre sage, La mode du siècle y semont ; Qu'on ne me parle de voyage, Surtout de celuy de Beaumont !
Car ce chemin, sans doute aucune, N'est pas celuy de la Fortune.
Que jamais plus on ne me parle
De bougre ny de cabaret I
Adieu, maistre Guy, maistre Charles,
Adieu Nanon, adieu Babet ;
Et, quoy que tard je m'en advise.
Je prétens qu'on me canonise.
Ah ! que je vais bien contrefaire Le visage d'un innocent ! (4) Je ne veux plus songer à plaire Qu'au révérend Père Vincent (5),
(1) François Coquet, contrôleur général des finances. Guy Patin annonce sa mort (il avait quarante-quatre ans) dans sa lettre du 2 juin 1645.
(2) Var. : Enfin puisqu'il faut que je quitte (Ms. 12 666).
(3) Id. : Pour qu'il ne me manque un péché (Ms. 12 666).
(4) Id. : Encor que j'aille contrefaire. || La mine de quelqu'innocent
(5) Vmcent de Paul, chef du Conseil de Conscience de la Reine-Mère.
Et je ne perds pas cspéraiirc D'eslre du Couscil de Conscience.
Que Gaufîre (l) s'aille faire pendre, Le Normand (2) et d'Olonne (3) aussy ! Les exemples que je veux prendre Ont à la Cour mieux réussy :
Pour peu que j'aye conduite bonne, Je veux imiter Chaudebonne (4).
Couplets (1648).
AIR II
Or, adieu donc, mes camarades.
Quittons les péchés de jadis, Putains, bouteilles, mascarades.
Il nous faut gagner Paradis.
Nous y f chacun un Ange,
Dont le c... sent la fleur d'orange.
L'un ayme le c... d'une fdle, L'autre le c. d'un beau garçon, L'autre n'ayme garçon ny fille Et ne chérit que son flacon.
Pour moy, je bois, je ris, je chante, Et je f... ce qui se présente.
Quant à ces pauvres sodomites.
Que le Seigneur, dit-on, brusla, J'ay tousjours ouy dire aux Jésuites (5)
(1) Thomas Le Gauffrc, né vers 1600, mort le 21 mars 1646. Un maistrc des Comptes, fils d'un procureur des Comptes nommé Gaufîre, prit la place du Père Bernard, et fit son oraison funèbre (il était mort le 23 mars 1641), où il concluoit tousjours que le Père Bernard était fou, sans s'expliquer autrement que c'estoil stuUus propter Christum. Ce qu'il a fait de plus remarquable, c'est que, s'estant commis un meurtre dans Notre-Dame, il fit l'amende honorable pour le criminel qu'on ne tenoit pas, la corde au col dans l'Église (TalUmant, T. IV, p. 151).
(2) L'abbé Le Normand était le fils d'un maître des requêtes et petit- fils d un commissaire du Chastelet, Boisrobcrt l'appelait Dom Scélérat. Cet abbé passait pour l'espion du cardinal Mazarin.
(3) M. d'Olonne, Louis de La Trimouillc.
(4) Chaudebonne fut chevalier d'honneur de la duchesse dOrléans, première femme de Gaston. On voit d'après le Journal de Bassompierre quil fut arraë et mis à la Bastille quelques jours après la mort du maréchal d'Ornano. Blol ici fait allusion à la dévotion sincère et tolérante de Chaudebonne qui était un familier de l'Hôtel de Rambouillet, et l'ami de Voiture.
(5) Var. : Que le feu du Ciel consuma. H Je sçay des bons ptVcs Jésuites.
t2 CHANSONS LIBERTINES
Que ce ne fut pas pour cela,
Mais qu'ils voulurent f un ange.
Ce que Dieu trouva fort estrange.
A Gaston d'Orléans.
Couplet (1649).