‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 3)Chapitre 15 sur 53 · AIR · texte numérisé non relu

AIR

Prince tant illustre et si rare, Ne me traitez plus de bizarre ; Il est vray, je suis abattu.

Que veux-tu que dise un Eunuque Qui n'a du tout plus de vertu Ny pour le sein, ny pour la nuque?

Couplet (1650).

Aniy, le c . . fut de tout temps Le plaisir des honnestes gens Et de Rome et de Grèce ; Tous nos docteurs l'ont deffendu, Mais un auteur plus entendu Dit qu'il est pour l'individu Et le c. pour l'espèce.

Couplet.

Du haut du Ciel Jupiter, ce grand Dieu, Dit en voyant Sodome tout en feu :

« Vraiment, Messieurs, je vous trouve plaisans C'est bien à vous, Qui bruslez là-dedans.

De f comme nous « (1).

Chanson (16.')()).

Il n'est point trop déterminé

Si l'homme, qui se fait des testes.

Sera sauvé ou bien damné,

Ou s'il mourra comme les bestes ;

Mais je sçay bien qu'on vit content

En buvant, mangeant et f

Cl) Tous CCS couplets rappellent Saint-Pavin, le roi de Sodome.

CHANSONS MBERTINFS |9

Je ne haute plus les sermons, Tous les docteurs je les mesprisr.

Après ce qu'a dit Salomon Tout le reste n'est que sottise ; Car je sçay bien qu'on vit content En buvant, mangeant et f

Tous les pompeux désirs d'honneur, Et tous ces vains titres de gloire Ne font que troubler mon bonheur.

Je veux f , manger et boire ;

Car je sçay bien qu'on vit content En buvant, mangeant et f .....

Couplet.

AIR T

J'estime fort vostre doctrine, Vostre esprit, vostre bonne mine ; Chacun dit mille biens de vous.

Mais pour moy qui ne suis qu'un asne, Je ne connois rien quand je f..., Fussiez-vous la papesse Jeanne (1).

Chanson (1C51).

N'ayons ny procès ny querelles, Ne nous coëffons jamais d'Amour ; Que les intrigues de la Cour Ne nous brouillent point la cervelle ! » En dépit du destin.

Du Prince et Mazarin, Trinquons, choquons le verre.

Fy de l'amour, Fy de la Cour, Fy de la guerre !

Eh quoy I faut-il pour le caprice D'un favory ou ses jaloux,

(1) Allusion à la légende qui a placé une femme sur le siège de Saiot-Pierrr. C'est un protestant, Jacques Blondel, un des plus zélés partisans de la Réforme, qui a prouvé que la papesse Jeanne n'avait point existé.

Acharnés comme loups-garoux (1).

S'entremanger ù leur service ?

Respect au sang humain !

Ne versons que du vin, Et ne choquons qu'à coups de vorre.

Fy de l'amour,

Fy de la Cour,

Fy de la guerre !

Et pour avoir plaisir sans crainte, Franchise, paix et liberté, Jurons une Société Exempte de toute contrainte ; Vivons gais et contens, Et, pour l'estre long-temps, Protestons, la main sur le verre.

De fuir l'amour.

De fuir la Cour, De fuir la guerre I

Couplet.

Messieurs, accordez-vous, Huguenots et papistes; Morbleu, croyez-moy tous :

Soyons francs athéistes, Et allons !

Et allons !

Je suis illuminé :

Il n'en sera jamais ny sauvé ny damné.

Couplet.

Descouvrir son sein pour augmenter ses charmes, A tous momens me faire les doux yeux,

N'est-ce pas dire : « F. .tez-moy donc, gendarmes »? Sans dire mot, peut-on s'expliquer mieux?

Couplet.

Je ne dis pas à Dieu louange, Ny ne luy demande pardon ;

(1) Var. : Vivre comme des loups-{»aroux.

Je n'ay ny maison ny vendange.

Je laisse tout à rabandon.

Chanson (1653).

Mon confesseur tousjours me prie

De hanter bonne compagnie

Et d'éviter les libertins ;

Moy, qui fais tout pour luy complaire,

Je ne f... plus qu'un capucin :

N'est-ce pas bien le satisfaire?

Il est vray que leurs barbes salles, Leurs pieds puants et leurs sandalles, Et leur entre-fesson velu Ne m'en donne guères d'envie.

Mais quand il s'agit du salut Il faut bien qu'on se mortifie 1

Couplet (s. d.).

Vous qui croyez un Paradis,

Gens hardis.

Vous me faites un Amadis.

Nargue de peine et de gloire !

On ne m'en

On ne m'en On ne m'en fait point accroire.

Couplet (s. d.).

Pardonnez-moy, dames illustres.

Vous estes dignes du balustre.

Mais, connoissant l'humeur de Blot, Ne luy faites pas cette injure ; Il a bien mangé du gigot.

Et vous vivez de confiture.

B) Chansons sur la reine Anne d'Autriche et le cardinal Mazarin.

Chanson (1643).

AIR m

Un mort (1) causoit nostrc réjouissance,

Les gens de bien vivoient en espérance ;

Mais

Je crains que sous la Régence

Ce ne soit pis que jamais.

On va disant que la Reyne est si bonne

Qu'elle ne veut faire mal à personne ;

Mais,

Si l'estranger (2) en ordonne,

Tout ira pis que jamais (.">).

Couplets.

\m IV

Les c de Mazarin,

Homme fin, Ne travaillent pas en vain ; Car, à chaque coup qu'il donne, Il fait bransler la Couronne.

Ce foutu sicilien Ne vaut rien, Il est bougre comme un chien ; Elle en a, sur ma parole, Dans le c . , . nostre Espagnole !

(1) Louis XIII.

(2) Mazarin.

(3) Blot fit ce couplet chez Gaston où l'on disoit du mal du Cardinal (Ms. 12 666).

Couplet (1646).

Le Cardinal f... la Régente ;

Qui pis est, le Bougre s'en vante

Et luy vole tous ses escus.

Pour rendre la faute moins noire.

Il dit qu'il ne la f... qu'en c.. :

La chose est bien facile à croire (1).

Couplet.

Sire, vous n'estes qu'un enfant.

Et l'on vous vole impunément ; Le Cardinal f... vostre mère.

Lere la, Lare lan lere.

Lire lan la.

Mesme on dit qu'il a protesté

De f vostre Majesté,

Et le Prince vostre Frère.

Lere la Lere lan, 1ère Lere lan la.

Couplet (1649).

AIR V

Le Bougre de Sicile A fait de vilains coups ; Bonnelle et Romain ville Ne seroient pas si fous.

Ils aimeroient bien mieux chèvre et bielu

Ou f quelque garçon

Que de f femme en c...

(1) Voici une variante de ce couplet de Blot : Il f... nostre Régente Et lui prend ses Escus, Et le Bougre se vante Qu'il l'a f en

faut sonner le locsln.

Dindin, dindiii, Dindin, dindin, Pour pendre Mararin.

Nous n'avons pas relevé toutes les variantes des couplets de Blot, miùs seulement les principales, d'autant qu'il est impossible de distins^uer le texte oriRlnal de l'auteur, il est probable même qu'il l'a remanié plusieurs foi-*.

Quand elle seroit du sang d'Autriche Et la veufve d'un Bourbon! (1)

Couplet (1650).

Je veux que Dieu me damne Si vous ne faites desloger, Dame Anne, Dame Anne,

Vostre estranger :

Les barricades

Et les fronda des. Vous feront bientost desniclier.

Couplet (1650).

Dame Anne, que ne prenez-vous

.Iules Mazarin pour Espoux ? (2)

Il est italien de nation.

Vous estes espagnole, Et vous aymez le drôle ;

Vous le sçavez bon compagnon.

Couplet (1650).

La goutte nous va venger De ce maudit estranger (3) ; Car, quand la Reyne l'appellera,

S'il faut qu'il la f

Et qu'il ait la goutte, La double putain l'estranglera.

(1) Var. de ce couplet :

Fut-elle du noble sang d'Autriche, Et la veuve d'un Bourbon I (Ms. 12 666).

Ils f plustost et chèvre et biche

Qu'une femme par le c . .

Comme a fait ce coyon,

(2) Dans un curieux volume de poésies de Marc-Antoine Deroys, abbé de l.édlgnan, chanoine d'Alès, docteur en théologie : La Muse héroïque ou le portrait (les actions les plus mémorables de son Eminence, avec diverses pièces sur différents sujets, Paris, Charles de Sercy, 1659, in-12, aux pp. 27 et 30, le cardinal Mazarin est présenté comme l'époux secret d'Anne d'Autriche, et il ne paraît pas qu'aucune poursuite ait été engagée contre Lédignan. Le Cardinal tenait vraiment peu de compte des médisances colportées contre sa moralité; son indifférence, à cet égard, ne sera jamais dépassée par aucun homme politique.

(3) Var. : La Goutte va nous délivrer. || De ce maudit bougre étranger... d. V. : La double putain le chassera.

Couplet (1651).

AIR VII

IVlazarin, ce bourgeron.

De Paris chasse les c... (1) :

C'est un renégat, Un bougre d'ingrat De les avoir en haync ; Il n'eust jamais esté qu'un fat Sans celuy de la Reyne.

Lon la Sans celuy de la Reyne.

Moy, je ne veux point de mal

A Monsieur le Cardinal (2) :

C'est un estranger

Qui se veut vanger.

Je pardonne à sa hayne ;

Mais je voudrois bien estrangler

Nostre putain de Reyne.

Lon la Nostre putain de Reyne.

Chanson (1652).

Allez-vous faire f ,

Monsieur de Mazarin !

Quoy ! pour un peu de f ,

Qui sort de vostre engin, Vous embarbouillez la France.

Si Dame Anne le vouloit, On la baiseroit Et chevaucheroit Rien mieux que vostre Eminenco Et si tout mieux en iroit.

(1) Cette chanson fut faite lors que le cardinal Mazarin fit exiler les comtesses de Fiesque et de Pienne (12 666).

(2) Var. : Pour moy, je suis sans chagrin. || Contre Jules Mazarin || ou encore : Pour moi, je n'ay nul chagrin. Autre var. : Mazarin, ce grand fripon y Dit qui! n'aime pas le c... || C'est un scélérat || Un franc renégat... — t)n avouera qu'il est difficile d'aller plus loin dans l'injure. Blot avait perdu tout sens moral et il était au service du beau-frère de la Reine 1

20 SUR LA REINE ET ^tAZARIN

Blot à Gaston.

Chanson (1652).

AIR IX

Vous demandez d'où vient ma peine (1) Et ce qui m'a tant désolé :

C'est qu'on dit que j'ay mal parlé Du c . . et du c . . de la Reyne.

Ils ont menty les Mazarins, Je n'ay point mérité leur hayne ; Us ont menty les Mazarins, J'estime fort ces deux voisins.

A la Reyne.

Je n'ay rien dit, ne vous desplaise ;

Je vous honore infiniment.

J'estime vostre fondement

Et vostre c . . chaud comme braize.

Ils ont menty les Mazarins,

Ne faites donc plus la mauvaise !

Ils ont menty les Mazarins,

J'estime trop ces deux voisins.

Chanson (1652).

AIR X

Dedans Poitiers la g'-and ville, Galerie on fait bastir.

Fort commode et fort utile Pour entrer et pour sortir ;

Le Cardinal s'y promène Et peut. Je jour et la nuit, En pantoufle et sans mitaine.

Voir la Reyne dans son lit (2).

(1) Vous demandez quelle est ma peine.

(2) Var. : Mazarin qui s'y promène i Sans pantoufle et sans lanterne.

Autant de jour que de nuit, \ Va voir dame Anne dans son lit. Ce premier couplet est placé par erreur sous la date de 1660 dans le Ms. 12 667. .Nous avons déjà dit que les manuscrits renferment nombre de pièces placées à des dates Inexactes. On y trouve des pièces de Blot sous les rubriques de 1656 à 1660, c'est-à-dire postérieures de quelques années à sa mort, arrivée en mars 1655, à Blois, dans la maison de Gaston.

SUR LA HLINE ET MAZABIN 31

Que l'on peste et. que l'on cric :

Elle veut le Mazarin I

Par la mcsme galerie

Le Roy va voir son parrain (1).

Je ne sçay qu'a fait cet homme Pour les rendre si soumis (2) ; S'il vit comme on vit à Rome, Adieu la mère et le fils (3) !

Couplet (1653).

AIR I

Le Cardinal est fort en peine

Comment il doit f la Reyne,

N'ayant jamais f de c... ;

Il craint qu'au Consistoire on sçache

Qu'il a mesprisé la leçon

Qu'on luy donnoit estant bardache.

Couplet (1649).

AIR VII

La Reyne a dit en sortant de la ville :

« Je m'en ressouviendray,

Sçachez, François, que je suis de Castille,

Que je m'en vengeray.

Ou bien j'auray la mémoire perdue. »

Elle est revenue, dame Anne, elle est revenue.

La Reyne a dit : « J'ay souffert en chrestienne Un si sensible affront ; Je gagerois qu'avant que je revienne

Ils s'en repentiront. » Elle a, ma foy, sa gageure perdue.

Elle est revenue, dame Anne, elle est revenue.

(1) Var. : Le Roy par la galerie || S'en va trouver son parrain (Ms. 12 666).

(2) Id. : Pour se rendre tout permis (.Ms. 12 066).

(3) Le cardinal Mazarin par une faveur particulière fut choisi pour être le parrain de Louis XIV et la princesse de Condé la marraine, qui ne nomma le jeune prince qu'après avoir offert plus d'une fois cet honneur à S. É. La cérémonie fut faite le 21 avril 1643 (Ms. 12 666). On sait que le dauphin naquit k Salnl-C.erm.uncn-Laye, le 5 octobre 1638 ; il avait dix ans au début d« la Fronde.

Couplet (1658).

AIR l

A la lin, malgré tout le monde.

Malgré Princes, malgré la Fronde, Malgré nos plaintes et nos cris.

Après d'effroyables tempestes, Jules est rentré dedans Paris Et remonté (1) dessus sa bestc.

Chanson (s. d.).

Baisez, baisez, beau Sire :

Le Père Féri ne vit plus ; Baisez, baisez, beau Sire, Et faites des cocus.

Le roy Louis XIII le fut bien.

Sans le secours de Mazarin Où seriez-vous, roy très chrestien?

Dame Anne, bien apprise, Pour vous faire, par son canal,

Fils aîné de l'Église, Vous eut d'un Cardinal.

Couplet (s. d.).

Hélas ! pauvre maison d'Autriche, Jadis si puissante et si riche, Tu ne tiens plus qu'à un fdet.

Tu as perdu toute espérance :

Capitaine .Soupe de lait Mettra l'Empire en décadence.

(1) Le Cardinal rentra dans Paris le 3 février 1653. Cette entrée fut une espèce de triomphe, plus magnifique que n'avait été le retour du Roi lorsqu'il revint à Paris après les derniers troubles (12 666).

G) Chansons sur le cardinal Mazarin.

Chanson.

Sçachez que la gent Cardinale

Est une maudite cabale

Qui n'en veut qu'au Gouvernement ;

Elle a désolé nos provinces.

Et veut choquer le Parlement

Pour prendre impunément nos Princes.

Chanson.

Tu dois mes nager ces ministres, Qui d'un cahier de leurs registres Pourroient bien t'envoyer aux champs Ces Messieurs sçavent ton affaire, Et sont parfois assez meschants Sans qu'ils battent leur petit frère.

Sy ta mère te certifie Qu'elle en connut un en sa vie Qui fut l'honneur des braves gens, Garde de te laisser surprendre :

Les Nogarets sont obligeans. Mais les Mazarins sont à pendre.

Triolet.

Gens attachez au Cardinal.

N'en dites bien en nulle sorte, Et nous n'en dirons point de mal.

Gens attachez au Cardinal, Le parti n'est pas fort esgal :

Nous y perdons, mais il n'importe.

Gens attachez au Cardinal, N'en dites bien en nulle sorte !

Couplet (mars 1649^.

AIR I

Vous qui doniandcz un passage Pour l'obtenir, et davantage (1), Ne vous rendez pas importun ; Faites consentir par les vostres Que le Cardinal en bouche un Et l'on vous ouvrira les autres (2).

Couplet.

Frondeurs, si vostrc remonstrance Peut faire chasser l'Éminenee, Je seray de vostre costé.

Mais si l'on n'en vouloit rien faire, Où trouverez-vous seuretc?

Pensez-y bien, c'est vostre afTaire.

Couplet (ait par les Mazarins (1650).

AIR I

Cette cabale (3) est peu habile D'avoir choisi l'Hostel de Ville Pour conférer de ses exploits ; Son esprit, qui par trop s'élève.

Ne dcvroit pas avoir fait choix D'un lieu si proche de la Grève.

Réponse de BloL

Cette cabale est fort habile D'avoir choisi l'IIostel de Ville Pour y consulter sûrement :

Va\ Grève on n'a point à descendre,

(1). Var. : Pour obtenir cet avanlaftc.

f2) La r.our avait promis cent muids par jour, cl, depuis l'ouverture de la Conférence, il n'en était pas entre cent quatre-vingts, c'est à ce fait que se rapporte en partie la mazarinade suivante, assez spirituelle, et que M. Moreau était tout disposé à attribuer au célèbre cul-de-jattc Scarron : Sur la conférence de Ruel, en

mars, verx burlesques 'lu sieur S fS. l. 1649>, in-4" de 4 p. Sautreau de Marsy,

au tome premier de son Nouveau siècle de Louis XIV, a donné à ce pamphlet le singulier titre de Disette. Voir la Bibliographie des Mazarinades, par C. Moreau, Paris, 1851, 3 vol.

(3) Les Frondeurs.

SITU MAZAniN 25

Pour y voir plus coniuiodémcnl

Le Mazarin que l'on doit pendre (1).

Chanson durant la prison des Princes (Ibôl).

AIR XII

Grand lieutenant général de France, Pense Quelle est la souffrance D'un Prince en prison Tousjours dans la transe Du fer, du poison (3).

Sois plus habile ; Il est facile De faire au Gredin de Sicile Gille. Suis cet Évangile ; Chacun en sera resjouy, Ouy !

Par la morguienne, Mordondaine (4), Ouy!

Souffrira-t-on qu'un vilain bardachc

Lasche,

Sans que l'on s'en fasche

Réduise aux abois,

Sur nostre moustache

Le sang de nos Roys?

(1) M. Morcau (Bibliographie des Mazarinadcs) donne rctte réponse à un anonyme ; il est probable cependant que Blot est l'auteur des deux couplets. Ils ont été insérés avec des variantes dans la mazarinade : L'Interprète des écrits du temps, tant en proses (sic) qu'en rimes, et son sentiment burlesque sur iceux. Paris, 1649, in-4o de 8 pp. Voici une variante du second couplet (rép. de Blot)

Dedans la Grève sans descendre.

Ils pourront voir coniuiodcment

Le Mazarin qu'on y doit pendre.

Sy les Conty et Longueville Ont fait choix de l'Hostel de Ville N'ont-ils pas fait bien prudemment? Autre variante :

Sy Conty, Beaufort et Longueville 1 C'est a tin de ne point descendre Ont fait choix de l'Hostel de Ville. i Et de voir plus commodément Ils ont agy fort prudemment, I Le Mazarin qu'on y doit pendre.

(2) Gaston d'Orléans.

(3) Var. : Qu'un Prince en soulTrauce || Dedans sa prison || K-vt tousjours en transe || De peur du poison (Ms. J2 666).

(4) Var. : Ouy, par la morguienne, || Vertudienne H ouy.

SUB MAZAFÎN

La pauvre France

P2st en souffrance ;

Il est temps que son Émincnce

Danse

Sous une potence !

Chacun en sera resjouy,

Et ouy (1)....

Tous les gens que le sieur de Turenne Meinc, Ce grand capitaine.

Sont fort vigoureux ; Le bois de Vincennes Est foible pour eux.

Porte cochèrc Ne dure guère Devant gens de telle manière Fière, Qui taillent croupière A ce faquin Mazarini Et ouy...

A son abord, la grand' ville esmue, Hue Beaufort dans la rue, Et sur le blondin L'on s'escrie : « Tire, tire !

C'est un Mazarin. ■> Le Roy des Halles Trousse ses malles Au premier son de nos timballes, Paslc, Dit à sa cabale :

Fini ! Les Princes sont sortis Et ouy ....

J'enlens le Beaufort dedans son ire Dire :

«' .le me veux desdire :

(l) Var. : Le sanfi de nos rois || Qu'on le canarde || Qu'on le pétarade || Ou bien qu'on ordonne qu'un pjarde darde || Sur luy l'hallebarde || Ne peut-on trouver un Vitry || Et ouy

Jaynie Mazarin, Puisqu'à père et iiicre Il donne du pain l Et vous, ChevTcuse (1), Noble coureuse, Et vous, de Montbazon, la gueuse (2), Gueuse, Soyez généreuse, Tenez conseil au pilory Pour sauver dame Anne et son favory.

Et ouy...

Chanson (1652).

AIR I

Le Mazarin et sa séquelle Nous font aller en sentinelle Dedans une froide saison.

Le Diable l'emporte et le tue.

Et que l'Enfer soit sa prison.

Si ceste guerre continue !

Seigneur, qui voyez nostre zèle.

Exaucez-en la kyrielle,

Saint-Cloud, Saint-Denis, Saint-Germain !

En exterminant la canaille

Qui nous a bouché le chemin

Des choux et des huistres à l'escaille.

Ils ont pillé nos métairies, Bu nostre vin jusqu'à la lie.

.Jette nos farines, nos blés, Mais le terroir est si fertile Que, pour un peu qu'ils ont osté.

Il nous en revient plus de mille !

Si le brave Beaufort assemble Des braves cavaliers ensemble.

On verra, par ce grand effort,

(1) Marie de Rohan, duchesse de Chevreusc, Ilisl. de TallrmatU, T. 1. p. 398.

(2) Marie de Bretagne, née vers 1610. morte le 28 avril 1657 : elle avait épous(' Hercules de Rohan, duc de Montbazon. Tallemant lui a consacré une Historiette, T. IV, p. 461.

28 su H MAZAIUN

L'cniicmy, nionstrant le derrière, Navré d'un pistoUet à mort, Faire bosser le cimetière. »

Sortez, Paris, brave cohorte, Hardiment faites-nous escorte.

Vous verrez entrer un convoy De bœufs, de moutons, de farine ; Chacun criera : Vive le Roy, Le Parlement, et la cuisine !

Chanson (1(352).

AIR XIII

Hélas ! bon Dieu, quel bonheur !

Noslre saint Père est frondeur (1).

Je le béniray. Je rhonoreray.

Tout le temps de ma vie ; Je jure que je l'aymeray Plus qu'il n'ayme Olympie, O Guay, Plus qu'il n'ayme Olympie (2).

S'il nous deslivre à la fin De ce bougre de Mazarin,

Je le signcray

Et déclarera y Que je l'honore et prise ; Et je croy que je deviendray Grand pilier de l'Église,

O Guay, Grand pilier de l'Église (3).

(1) Innocent X. Jean-Baptiste Pamphili, successeur d'Urbain VIII, né à Rome en 1572, mort le 16 janvier 1655. Il fut l'ennemi déclaré de Mazarin et on lui reprocha, à tort ou à raison, sa liaison avec sa belle-sœur : Dona Olympia Madalchini. Voir Chansons sur divers personnages, p. 48.

(2) Si l'on peut, par ce moyen, 1 Le reste de ma vie.

Chasser Jules Mazarin, Et je croy que je l'aymeray

Je l'estiineray, Plus qu'il n'ayme Olympie.

Je l'honorcray,

(3) Je le jureray,

Je le signeray.

Je l'honore et le prise.

Et je croy que je deviendray

Un pilier de l'Église.

Lon la Un pUlier de l'Église.

Couplet (1652).

AIR XIV

Mazarin devant Estampes (1) Est allé planter son camp ; Mais il faut qu'il en décampe Et qu'il aille plus avant.

La place est trop bien gardée, Il n'en viendra pas à bout, On ne bat pas une armée.

Si facilement qu'on f...

Couplet (1652).

AIR I

Faites taire ceste canaille Qui veut que Mazarin s'en aille Quand il n'en est plus de besoing.

C'est une inutile chicane, 11 ne sçauroit aller plus loing Quand il est porté par un asne (2).

Couplet (1652).

Ainsy chantoit dans son balustre I^ triste et dolente Nanon, En disant : « Fy du renom !

Mazarin est un bougre illustre ; Vendez mes cottes et cottillons.

Sauver son v . . et ses couil ....!»

Couplet (3) (1653).

AIR XVI

Enfin il n'est point de retour ; Le Cardinal est fort mal à la Cour, Le Mazarin, grand amy de Condé,

(1) L'armée des Princes était assiégée dans Étanipes par larniée du roi commandée par Turenne. Le siège, commencé dans les derniers jours d'avril, fut levé le 7 juin suivant.

(2) Var. : N'étant monté que sur un asne (Ms. 12 666).

(3) Chanson de Blot à contre vérité, faite par lui sur le champ sur ce que Gaston lui disolt qu'il ne falloit plus parler mal du Cardinal (12 066).

Qui n'a jamais esté frondé, Ce Ministre docte et fidèle Fut aymé de Mademoiselle (1).

Remède unwcrsel à tous les maur de la France.

Qu'on me le chasse, qu'on me le fouille, Et qu'on me luy coupe les c

Couplet (1651).

Le cardinal Mazarin Homme de prudence, A promis de mettre fm Aux maux de la France.

C'est un homme d'esprit, Zeste, zeste.

Et de conscience.

Sur le bal donné à l'Hôtel de Ville au retour du cardinal Mazarin (1<)53).

Fiondeur, scais-tu la comédie Que Paris donne au Cardinal, Quand le champ de la Fronderie Se change en salle de bal ?

L'on verra l'Homme de Sicile, Triomphant dans l'Hostel de Ville, Monter sur un bel eschalïaut.

Mais non pas sur celuy qu'il faut.

(1) Mademoiselle de Montiiensler, fille de Gaston d'Orléans,

D) Chansons sur divers personnages.

Sur le frère Antoine.

Couplet.

Que dites-vous du frère Antoine, Qui, gueux comme doit estre un moine, Sans payer est de tous escots, Et plus dévot que nous ne sommes.

Se charge tous les jours le dos Des péchés de cinq ou six hommes ?

Sur Bachaumont.

Couplet (1649).

AIR XVll

Pour Bachaumont (1), sa tendre enfance

Le doit sauver de cette loy

De gambiller sous la potence

Pour avoir irrité son Roy ;

Il se repent comme son père,

Et promet un jour de mieux faire.

Tout prest de dresser un factum

Contre le président Charton.

Sur Barbé, homme d'affaires.

Couplet.

Barbé mérite le kilustiv.

Vertubleu ! c'est un homme illustre ;

(1) François Le Coigncux, sieur de Bachaumont. En dehors du Voyage qu a écrit avec Chapelle, Bachaumont est l'auteur de triolets (Tallemant).

Il chérit les c. . . et les c . . , Les pistoles luy sont des mailles, Roquelaure et tous les gascons (1) Près de luy ne sont que canailles.

Sur le duc de Beaufort.

Triolet (1G49).

Il deviendra grand potentat Par ses actions mémorables, Ce Duc dont on fait tant d'estat 1 Il deviendra grand potentat.

S'il scait renverser nostre Estât (^omme il scait renverser la table.

11 deviendra grand potentat Par ses actions mémorables (2).

Sur le duc de Beaufort et Gaston d'Orléans.

Héponse à la chanson de Marigny : Or escoulez, peuple de France || Ce propre avis (1650).

AIR XVMI

Beaufort de grande renommée (.3), Qui sceut ravitailler Paris, Doit tousjours tirer son espée Sans jamais dire son avis (4).

(1) Antoine, chevalier de Roquelaure, mort en décembre 1660. Il faut lire sur lui l'historiette de Tallemant, qui commence ainsi : « Le chevalier de Roquelaure est une espèce de fou, qui est avec cela le plus grand blasphémateur du royaume ; on dit qu'il s'est un peu corrigé. A Malte, il fut mis dans un puits, où on le laissa quelque temps par punition. A l'armée navale, le comte d'Harcourt fut sur le point de le faire jeter à la mer... » Les gascons étaient Fontrailles, d'Aubijoux, de Termes, Biot, chevalier de Ilivière, Coulon, Des Barreaux, Henri d'Escars dit Saint-Hibal, Homainville et Hotman.

(.2) Ce triolet fait allusion à l'aventure du Jardin du renard ù laquelle a trait la mazarinade suivante : Le Branle- Mazarin, dansé an souper de quelques-uns de ce parti-là chez M. Renard, où monsieur de Beaufort donna le bal, Paris, 1649.

Jarzé s'étoit vanté qu'il avoit fait quitter le pavé à M. de Beaufort qui l'ayant sceu alla au jardin de Renard un jour que Jarzé donnoit un repas, renversa la table et fit bien du désordre (Ms. 865).

(3> Var. du Ms. Potocki, T. I, p. 461 : Nostre grand général d'armée.

(4) 'Id. : Sans jamais donner son avis.

S'il veut servir toute la France, Qu'il n'approche plus du barreau, Qu'il rengaine son éloquence Et tire le fer du fourreau (1).

Dans un combat il brusle, il tonne ; On le redoute avec raison.

Mais de la sorte qu'il raisonne, On le prendroit pour un oyson (2).

Gaston pour laire une harangue Trouve beaucoup moins d'embarras :

Pourquoy Beaufort (3) n'a-t-il sa langue? Pourquoy Gaston n'a-l-il son bras?

Il tiendroit un autre langage Par qui l'Estat se calmeroit ; Mazarin trousseroit bagage, Et le Diable l'emporteroit.

Les Bourdelois, que l'on attaque Seulement pour son interest.

Et qui s'en vont tourner casaque, Laisseroient l'habit comme il est.

Turenne, qui, du cœur de Flandre, Enmène tant de cavaliers, Ne feroit pas la moindre esclandre Dessus les choux d'Aubervilliers.

Sur le cheval ou sur l'asnesse.

De mesme qu'avec le charroy, Tousjours le bon pain de Gonesse F'era crier : Vive le Roy !

(1) Var. de M. Potocki, T. L p. 461 : F.t tire l'espéc du fourreau.

(2) Id. : C'est un aiglon de qui lu mine u IM redoutée avec raison || Mais de la façon qu'il opine i| On le prendroit pour un oyson.

(3) François de Vendôme, duc de Beaufort, second Mis de César de Vendôme et petit-fils d'Henri IV, né à Paris iii janvier miti. mort le 2:> juin 166i> dans une sortie faite avec la garnison de la ville de Candie, assiégée par les Turcs. Forcé de s'enfuir en Angleterre lors de la découverte de la conspiration de Cinq- Mars, il n'en revint qu'après la mort de Richelieu. Devenu chef do la cal)ale des Importants, il fut arrêté le 2 septembre IGJ.'Î et conduit à In Unstille. il s eu évada le 31 mai 1648.

Sur Beaupuy.

Couplel.

Petit Beaupuy, quitle-là ton chagrin.

Laisse l'esclat à Monsieur Mazarin, Les importuns ne sont plus de saison : Un chacun dit

Qu'en perdant leur crédit

Ils perdent la raison.

Sur Bonnelle.

Chanson (1649).

AIR II

Je veux croire que ton beau-père Tette sa chèvre seulement. Mais, sans estre trop téméraire, L'on peut en juger autrement (1) ; Car celle du sieur de Bonnelle (2), Entre nous, n'estoit point si belle !

L'Eunuque, à qui l'on la confie, Ne la quitte pas d'un moment De peur qu'elle se m<^sallie.

Et l'accompagne incessamment (3) ; Et l'on ne gardoit pas mieux qu'elle La chèvre du sieur de Bonnelle (4).

(1) Var. : Ce seroit estre téméraire il D'en vouloir juger autrement || Mais cela... (Ms. 12 766).

(2) Bonnelle estoit fils de Bullion, surintendant, accusé d'avoir baisé des chèvres. Bautru disoit que Bonnelle s'estant confessé au vicaire de Saint-Eustache, ce prestre dit au sortir du confessionnal « Qu'est-ce ce jeune seigneur calabrols? Vrayment, il parle bon françois ». C'est que les Calabrois sont sujets ù ce péché (Ms. 12 72G). — Les bons mots de Guillaume Bautru, comte de Serrant, sont célèbres. Né en L^SS, mort le 7 mars 1065, il fut conseiller d'Etat ordinaire, introducteur des ambassadeurs, ambassadeur en Flandres, envoyé du roi en Espagne, en Angleterre et en Savoie, et membre de l'Académie française. Voir sur Bautru, notre Bibliographie des recueils collectifs de poésies libres et satiriques, publiés de 1600 jusqu'à la mort de Théophile de Viau, Paris, 1914.

(3) Var. : Peur qu'elle ne se mésallie || Et ne recherche un autre amant (Ms. 12 766.)

(4) On ne sait ù qui s'adresse ce couplet.

Sur le duc de Caudale.

Couplet (1652).

Je boy à monsieur de Candale (1) Et j'y boirai jusqu'à demain ; Pour luy toute nostre cabale Aura tousjours le verre en main.

C'est un gouverneur que j'honore Et que de tout mon cœur j'adore ;

Mais s'il f la Manciny (2)

Morbleu, mon amour est fmy.

Sur le maréchal de Glérambault.

Santé (1653).

AIR I

A ce grand mareschal de France (3), Favori de son Éminence, Qui a si bien battu Persan, Palluau, ce grand capitaine, Qui prend un chasteau dans un an Et rend trois places par semaine !

Sur Clincbamp.

Couplets

De quatre choses Dieu me garde :

De revoir jamais sa poularde, Ny de son veau maigre et gluant, Ny ses noirs pigeons sans subslaïuc.

Son grand vilain lièvre quant Et le conseiller de Provence.

(1) I.ouis-Cliarles-Gasion, marciuis de la Valelle. liiii- de Caiulalr.

(2) Mademoiselle de Mancini, nièce de Mazarin.

(3) Philippe de Clérambault, comte de Palluau, maréchal «le Iraiice, né en 1606, mort le 24 juillet 1665 ; inestre de camp général de la cavalerie, 1646 ; lieutenant général, 1648 ; il fut nommé maréchal de l-rance, 1652, après la prise de Montrond sur les troupes de Condé, exploit qui ne coûta nuère île <iani; et «pii est longuement raconté dans les Mémoires de Bussy-Iiabiilin.

Clinchamp (1) mérite récompense Pour tant de repas d'importance, Tant de vers et tant de chansons.

Priez le bon Dieu qu'il luy donne De quoy s'acheter des chaussons.

De peur qu'il ne nous empoisonne.

Sur madame de Combalet.

Couplets (1641).

AIR VI

Sire, si vostre frère Prend pour femme la Combalet (2),

Prenez un Monastère :

C'est vostre fait (3)

Ce mariage

Donne avantage Au Cardinal qui le fait.

Monsieur dit qu'il enrage ; Mais le Conseil luy dit tout franc :

Faites le mariage !

Ce que l'on prend (4)

Est bon à rendre ;

Sans plus attendre, Faut s'accommoder au temps.

(1) Bernardin de Bouqueville, baron de Clinchamp, gentilhomme de Gaston d'Orléans, mort le 17 décembre 1649. Tallemant lui a consacré une historiette peu flatteuse, T. VI, p. 115. En voici le début :

« Clinchamp cstoit fils d'un gentilhomme de Normandie fort accommodé ; on le tenoit riche de quatorze ou quinze mille livres de rente, Cela fut cause que ce garçon lit beaucoup de dettes, car il trouva du crédit comme héritier d'un homme riche et qui n'avoit que luy de garçon. Il se donna à Monsieur, depuis duc d'Orléans ; il n'a jamais passé pour homme de cœur et a fait en sa vie plus de cent tours de filou ». Tallemant nous a conté plusieurs de ces tours qui ne manquent point de sel. Il ajoute : « il fut enfin réduit en si pitoyable estât, qu'on disoit que le matin il appeloit un crieur d'eau-dc-vie, par qui il se faisoit allumer un misérable fagot pour se lever, et que le soir il appeloit l'oublieur pour se faire desbotter ; et il les obligeoit, disait-on, le pistolet à la main ».

(2) Le cardinal de Richelieu s'estoit mis en tête de marier sa nièce mademoiselle de Vignerot, veuve de M. de Combalet, avec Gaston, frère du Roi ; elle a été depuis duchesse d'Aiguillon. Cette chanson n'a paru qu'après la mort du Cardinal (Ms. 12 666).

(3) Var. : C'est votre Bgi Bgi, c'est votre fait.

(4) Id. : Ce que l'on Bgi Bgi, ce que l'on prend.

Sur le Grand Condé.

Couplet à Mademoiselle de Montpensier.

AIR I

Pardonnez-moy, grande Princesse :

Ma pauvre Muse est en destresse ;

Peut-estre qu'elle changera?

Le grand Prince (1) est dans la Champagne

J'espère qu'elle chantera

Avant la fin de la campagne.

Chanson (1648).

AIR I

Ce Prince, qui sauva la F*rance, S'appreste à remettre en souffrance Le Conseiller et le Marchand ; Mais, quelqu'exploit 'qu'il puisse faire, On dira : « Voilà le meschant !

Il a battu son petit frère (2). »

Condé, quelle sera ta gloire

Quand tu gagneras la victoire

Sur le Juge et sur le Marchand?

Veux-tu faire dire à ta mère :

« Ah ! que mon grand fils est meschant !

Il a perdu son petit frère. »

Montmorency (3), cet homme illustre, De qui la valeur tient son lustre, N'a battu Juge ny Marchand ; II mesditoit mieux sa colère.

Et passoit pour estre meschant Sans qu'il battist son petit frère.

(1) Louis de Bourbon, duc d'Enguien dit le grand Condé, qui ne prit ce nom qu'après la mort de son père arrivée le 26 décembre 1646. Cette chanson estadressée à Mademoiselle, on ne sait par qui. Mademoiselle favorisoit ce jeune Prince qui ceste année 1644 fit des prouesses contre les ennemis. (Ms. 12 666).

(2) Le prince de Conti. ,

(3) Je ne scay pourquoy il est parlé icy du maréchal de Montmorency qui eut la tête coupée le 30 octobre 1632. si ce n'est à cause que sa sœur Charlotte- Marguerite estoit mère du Grand Condé (Ms. 12 666).

38 SL'H niVKHS l'EKSONNAOES

Tu dois môiiagcr nos Ministres Qui d'un cahier de leurs registres (1) Pourront bien t'envoyer aux champs, Ces Messieurs sçavent ton affaire Et sont parfois assez meschants Siins cprils battent leur petit frère.

Condé, vous n'estes pas trop sage

D'exposer vostre grand courage

A cet auguste Parlement ;

Gardez d'irriter sa colère,

Et considérez seulement

Qu'il vous fist et vous peut desfaire (2).

Couplets iliantù dans un repus de fronderie.

AIH V

Brave troupe frondeuse,

V'^oicy le grand Condé !

Que vous estes heureuse

De l'avoir seconde !

Voyt'z combien il est agréable Quand il est dans vos repas,

Ne vous charme-t-il pas

En prenant ses esbats?

Sçachez qu'il n'est pas moins formidable Quand il donne des combats.

Quand le grand Alexandre

F'ormoit quelque dessein,

Avant que d'entreprendre

Il prenoit du bon vin :

Tu ne cèdes point à son courage, A sa valeur, à son nom ;

Efface son renom.

Bois de bonne façon Pour ne luy pas céder l'avantage D'avoir plus fait qu'un Bourbon.

(1) La naissance de M. Le Prince avolt été disputée (12 666).

(2) Ce vers fait allusion au procès en légitimation du prince de Condé, le père. Henri de Bourbon, grand-père du Grand Condé, mourut en 1588 ; sa veuve, Catherine-Charlotte de La Tri mouille, fut un moment poursuivie comme étant coupable de sa mort.

SUH DIVERS PtRSONNAGLS 39

Vcux-tu que la victoire

Suive partout tes pas?

Grand Prince, il te faut boire

Et ne te lasser pas.

Le Dieu des buveurs vainquit les Indes ;

Ce Dieu, vaillant comme toy,

Remplissant tout d'efïroy,

Les soumit à sa loy ; Mais il lit plus de cent mille brindes

Avant que d'en estre Roy.

Sur Gondé et Mazarin.

Couplet.

Je dis f du Prince

Comme du Cardinal,

Puisque dans nos provinces

Ils nous font tant de mal !

Ces deux tyrans nous tourmentent

De différente façon :

Pour chasser les barbons

L'un se sert des Wallons, L'autre avec la gouvernante

Fait la guerre en caleçons.

Sur François Coquet et François Paumier.

Couplet (1612).

Paris, que l'on t'est redevable D'avoir produit à la fois Un beau couple de françois, Tous deux vraiment plaisans à table !

François Coquet (1), est le premier

(1) François Coquet, contrôleur général des finances, mort à 4 1 ans en mai ItVlô. Voici ce que dit Guy Patin de sa mort : » Ces jours passés, fut enterré icy un nomme François Coquet, controUeur de la maison de la Reyne. Il avoit les cheveux blancs et n'avoit que quarante-quatre ans. Il esloil le plus beau disneur et lo plus gram buveur de Paris. Bon com-)agnon et fort friand... Enfin, il est mort avec «rand jugement et grand regret de sa vie passée. Le \1n pur qu'il a bu a fait tout cela ..

Comme le plus considérable,

Et le second, François Paumicr (1)

Sur Jean Ck>ulon.

Couplel.

AIR I

Coulon (2) est un fort galand homme, Et malgré le prestre de Rome (3) Il nous donne un fort bon repas, Beaucoup de vin, peu de contrainte, Ah ! que J'ayme le INIardy-gras Quand il tombe en Seiuaine Sainte !

AIR XIX

Coulon est dans son lit, Qui faute d'assistance..., Coulon est dans son lit.

Qui se br le v. .,

Reniant cresme et baptesme.

Disant son v . . dans son poing.

Qu'il se f luy-mesmc

Mais son c. . . est trop loing (4)

Chanson (1648).

AIR XVII

le te le dis sans raillerie, Coulon : il faut baiser les mains A messieurs de la Fronderie.

1^5 registres des Insinuations du Chaldd contiennent lacté suivant: donation par Fr. Coquet à Antoinette, Claude, .Jean et Jacques Coquet, ses neveux et nièces, de maisons et terres à Pontaillcr-sur-Saônc, à Hcrrilley-sur-Saône, Maxilly-sur- Saônc, etc. — 28 mars 1624 (Y 164, f. 289v).

(1) ftfmonulrance faite au Roi par François Paumicr sur le pouvoir et l'autorité que sa Majesté a sur Ir temporel de l'estal ecclésiastique, Paris, 1650, in-4o.

(2) Jean Coulon, conseiller, célèbre frondeur, avait épousé Marie Cornuel le premier des amants en titre de Ninon de Lenclos.

(3) Var. : Et malgré l'apostrc de Rome ou En dépit du Maisirc de Rome (12 666).

(4) Dans le Mi. 12 667 ce couplet n. s. est mis à tort sous la date de 1656.

Car, avant qu'il soit la Toussaint, Tu seras sec ; et tout le monde Dira, sur le chant de la Fronde : « Cy gist, de son long estendu, Goulon, frondeur, qui fut pendu (1) !

Comme on a bien gardé Brousselle (2) Et transféré le Parlement, Affamé le peuple rebelle Et pris Paris dans le moment, Réduit Bordeaux et la Provence, Et mis en paix toute la France, Ainsi nous verrons estendu Coulon, frondeur, qui fut pendu.

Chanson (1649).

Tuteur des Roys de France, Coulon, quoy que l'on ayt dit.

Courage ! vous avez du respit Jusqu'à la potence, Mais dedans l'avenir je voy enfin pourtant Un peu de gibet à vostre ascendant.

Vostre charge est très belle ; J'appréhende seulement Si vous rendez compte exactement De vostre tutelle, Que vostre pupille estant devenu majeur Ne fasse brancher Monsieur son tuteur (.>)•

Sur d'Alluye.

Couplet.

Gloire soit au marquis d'Alluye Et au triste Montluc son frère !

(1) Ms. 865 : C'csioU CUncliamp et en marge du couplet : La réponse est de BM.

(2) Le 26 août 1648 Comminges arrêta, par ordre de la Reine. lierre de Brousselle, conseiller de Grand'Chambre, et René Potier, sieur de Rlancmesnil,

(3) Ces deux couplets ont donné lieu à la réponse suivante :

Ce sont deux grands donneurs d'ennuy Sicui erat Monsieur leur Père (1) ; Ils le sont et ils le seront Per saecula saeculorum.

Couplcl.

D'Alluye s'en va dans Orléans Au moindre petit bruit de guerre.

C'est un fort bon gouvernement.

Car il n'est pas sur la frontière ; Si par malheur il y estoit, Au diable si on l'y verroit I

Sur le marquis D'Andelot.

Coup/e/ (1648).

AIR H

Quand nous ne serons plus au monde, Nous n'aurons plus de Dandelots (2) :

Les jeunes gens à teste blonde Ne se donnent point aux cagots ; Les bardaches des gens d'Église (3) Sont sans collet et sans chemise.

Tu pends Coulon en fantaisie, Tu roues en idée Guyonnet ; Mais ta brutale frénaigie N'aura jamais aucun effet :

Un demi-jour de barricade,

Un peu de graine de frondade,

Nonobstant ce grand micmac,

Les garderont bien du tic-tac (12 666).

Ces trois couplets ont pour sujet l'arrestation de Coulon, conseiller au Parlement que la Reine avoit fait arrêter pour l'envoyer à Quimper-Corentin, mais le peuple s'estant mutiné, elle fut obligée de le mettre en liberté (12 666).

(1) Paul D'Escoubleau, marquis d'AUuye et de Sourdis, marié le 16 février 1667 à Bénigne de Meaux de Fouilloux, fille d'honneur de la Reine. Mort le 6 janvier 1690. Tallemant lui a consacré une Historiette, T. VU, p. 139. Il est question du marquis de Sourdis dans l'Historiette de Madame Cornuel, de Tallemant des Réaux: « On a fort mcsdit du marquis de Sourdis. Enfin, cette amourette (avec Madame Cornuel) s'est changée en une bonne amitié, car elle dure encore. Elle dit de plaisantes choses de cet homme. C'est, dit-elle, un gouverneur d'eau douce. J'appelle ainsi les gouverneurs de la rivière de Loire ».

Henry d'I-:scoublcau, comte de Montluc, marié à Marguerite Le Lièvre, fille du Président au Grand-Conseil.

Charles d'Escoublcau, marquis de Sourdis, marié à Jeanne de Montluc, comtesse de Cramail.

(2) Gaspard IV, marquis d'Andelot, fut le mari de la célèbre Isabelle-Charlotte de Montmorency, tué le 9 février 1649, devant Charenton.

(3) Et les bougres des gens d'égUse (Ms. 12 666).

SUK DIVLHS PEHSONNAGEï> 43

Sur Desnos, apothicaire,

Cowp/d (lOW).

AIR I

Desnos, ïameux apothicaire,

De toy je veux prendre un clystère,

M'en deust-il couster un cscu !

Je n'en plaindray pas la despense ;

Tu m'as monstre ton éloquence,

Et je te veux jTionstrer mon cul (1^.

Sur Des Roches, capitaine des gardes de M. le Prince.

Couplel.

AIR I

On connoit dans chaque province

Des Roches, qui sert un grand Prince ;

On sçait le courage (ju'il a :

Il ne craint canon ny bombarde.

Un jour le Diable le fera

Le capitaine de sa garde (2).

Sur le comte d'Harcourt.

Couplet.

Pour le Grand Escuyer de France Vous pouvez en toute assurance Luy mettre le v . . dans le c . . :

C'est un Prince si débonnaire, Qu'il ayme mieux cstre foutu Que de s'estre mis en colère.

(1) Desnos harangua Condé à l'Hôtel de Ville en faveur de la paix. (Ms. 12 666). Georges Desnos, marchand apothicaire et épicier, bourgeois de Paris, rue de la Calandre, paroisse Saint-Germain-le- Vieux, marié à Elisabeth Foucault. Donation mutuelle, 18 novembre 1636 (Arch. nai., Y \11, f. 72v).

(2) Des Roches succéda dans cet emploi à La Roque Monvillc.

AIR XXI

Cet homme gros et court.

Si fameux dans l'histoire, Ce graud comte d'Harcourt Tout couronné de gloire, Qui secourut Casai et regagna Turin, Est maintenant recors de Jules Mazarin (1).

Sur Du Boulay.

Couplet.

Tu crains la peine et crois la gloire, Vieux Boulay (2), tu ne veux point boire Ta manière d'agir me f...

La peur en tous lieux t'accompagne ; Nous sommes bougres de par tout.

Tu n'es bougre que de campagne.

Sur madame la comtesse de Fiesque, estant à Herbaut.

Couplets.

Malgré les bcautez d'Herbaut, La Comtesse (3) a dit tout haut :

« Veut-on m'obliger?

Il faut dcsloger, Ou bien je seray malade :

•Te ne vis que pour m 'affliger.

Loin de mon camarade, au guay !

Loin de mon camarade.

(1) Sur ce que le comte d'Harcourt (Henry de Lorraine) transféra Messieurs les Princes du château de Vincennes au Havre le 4 novembre 1650.

(2) Nicolas Bruslart, sieur du Boulay, chambellan de Gaston et capitaine du Luxembourg, il mourut en octobre 1659.

(3) Gilonne d'Harcourt, d'abord marquise de Piennes, puis remariée à Charles- Léon, comte de P'iesque.

SUR DIVERS PKRSONNAOES

Pour quitter cette maison, Il faut plus d'une raison ; Disons franchement Nostre sentiment Et le sujet qui me presse De m'en retourner promptement :

C'est pour voir ma Princesse, au guay ! C'est pour voir ma Princesse.

Sur Fontrailles.

Couplet (1642).

Fontrailles (1), le fichu repas 1 Tout l'entremets y estoit gras.

Tout le rosty en estoit maigre.

Je déteste ce cabaret Où l'on nous donne du vinaigre Qu'on travestit en vin clairet.

Chanson.

AIR I

Hé quoy ! pouvons-nous voir Fontrailles (2),

Ce puissant dévot des crevailles,

Ce grand protecteur du piot,

Ce desbauché illustre et rare,

Jeusner ainsi qu'un idiot,

Et f ce fichu Corna re (3) !

(1) Louis d'Astarac, marquis de Marestang, vicomte de Fontrailles. — Madame de Motteville, dans ses Mémoires (II, 197) dit « qu'il empoisonnait d'athéisme tous ceux qui le pratiquaient familièrement. . . » Tous les intimes de Claude de Chauvigny, baron de Blot-l'Église, apparaissent à peu près aussi dangereux que lui ; la génération qui avait atteint l'âge d'homme au lendemain de la mort de Théophile était nettement areligieuse, quand elle n'était pas athéiste.

(2) Blot nt ces couplets sur Fontrailles, qui s'estoit sauvé en Angleterre, lorsque MM. de Thou et de Cinq-Mars furent arrêtés pour leur négociation avec les Espagnols en 1642. C'étoit Fontrailles qui avoit porté le Traité de Madrid (Ms. 12 666).

(3) Louis Cornaro, patron des Cornaricns, était à quarante ans épuisé par des excès de toute espèce et abandonné des médecins, quand il se sounùt à un régime des plus sévères. Il se contentoit tl'un demi-jaune d'œuf par repas. Il vécut près d'un siècle. A quatre-vingts ans, il lit un livre : Conseils pour vivre longtemps.

Var. : Ce débauché d'Illustre race || Il Kt f une grande connasse

(Ms. 12 666).

Fontrailles, sans grande révérence (1),

Torcha son cul d'une indulgence

Et mcsprisa la station ;

Mais le Seigneur luy bailla belle,

Car il en soulîrit passion

Entre les mains de Pimpernelle (2).

Quoy qu'à son retour d'Angleterre Il ne vuidast jamais le verre Que remply de décoction, .le n'en dis pas une parole ; Mais je suis dans l'affliction De le voir sobre et sans vérole.

Chanson (1649).

Cher amy Fonteraille, Vis-tu jamais un marmouzet Ny visage qui vaille La Fieubet (3), La Fieubet?

Pilou (4) luy cède ; Elle possède Tout ce que le monde a de laid,

Chanson (1651).

Célébrons tous à haute voix L'humilité du Roy des Roys D'estre descendu aux entrailles De Fontcrailles (bis).

Tu l'as au prestre dérobé, Ce pauvre petit nouveau-né ; 11 estoit bien mieux h la crèche Sur paille fraische (bis).

(1) Var. : Fonlraille. dedans la souffrance (Ms. 12 666).

(2) Fameux chirurgien.

(3) Femme de Gaspard Fieubet, trésorier de l'Épargne.

(4) Anne Baudcsson, femme de Jean Pilou, procureur au Chatelet (1578? 1668). Tallemant lui a consacré une historiette, T. IV, p. 3."j0. — Madame Pilou, laide comme le diable, n'était pas moins célèbre par ses bons mots que par son excellent esprit. FJle mourut le 4 juin 1668, dans une maison de la rue Saint- Anthoine.

SUR DIVERS PF.RSONNAflF-S 47

Sur Nicolas Goulas, sieur de La Mothe.

Chanson (l*j 13).

AIR XXII

J'ay ouy Goulas (1) jurer L'escritoire qu'il porte, Qu'il vouloit avancer Ce Monsieur de La Mothe.

Monsieur ayme cet homme, Il en fait si grand cas Qu'il l'a fait gentilhomme (Car il ne l'estoit pas.)

Courtisans, vous bruslez Près de Monsieur vos bottes, Si vous ne courtisez Monseigneur de La Mothe.

Monsieur ayme cet homme.

Il en fait si grand cas Qu'il l'a fait gentilhomme (Car il ne l'estoit pas.)

Sur Grognet.

Chanson (1652).

AIR IV

Qu'on m'apporte un verre net,

D'Avenet,

Pour boire à mon cher Grognet (2) !

Il est homme de mérite,

Vérole et Sodomite.

(1) Nicolas Goulas, sieur de La Mothe, intendant de Gaston d'Orléans, auteur de Mémoires publiés par la Société de l'Histoire de Fratxce, 3 vol. in-8. Il naquit à Paris, le 14 mai 160.3 et mourut le 3 avril 1683. Il était le second des neuf enfants de .Jehan Goulas, seigneur de La Mothe, secrétaire du roi ; sa mère. Marie Grangier, était nile de .Jehan Grangier, soigneur de Llvcrdis. 11 est possible que Tallemant ait eu en vue son cousin Léonard Goulas. secrétaire des conunandements de Gaston d'Orléans, né le 2 octobre 1594, mort le 19 juillet 1G61. .\yanl perdu son père peu de temps aprOs sa naissance, ce fut Jehan Goulas, le père de Nicolas, qui prit soin de lui et le fit entrer dans la maison du friVe .lu roi.

(2) Probablement Groignet de Vassé.

Sur le pape Innocent X.

Couplet.

Maugiebieii du sacré collège 1

Gerny dieu du foutu cortège !

Quoy I me prend-on pour un oyson (1),

Moy, qui ne croy point d'Évangiles,

Je me f... bien qui ait raison

Des Barberins ou des Pamphiles (2).

Couplet (1648).

AIR I

Le Pape f... la dame Olympe (3) Le cardinal Patron la grimpe :

L'un la i... en c. ., l'autre en c. .

Pour s'exercer en ce manège Elle répète sa leçon Avecque le Sacré Collège.

Sur le marquis de La Gaze.

Couplet (1649).

AIR I

Monsieur le marquis de la Gaze, Vostre nom ryme avec emphaze.

Pour vous traistcr plus dignement, Je vous rimeray sur Pegazc ; Mais si vous grondez seulement.

J'y trouverois un grand viédaze.

(1) Var : .Mauprobicu du foutu Cortège || Et de tout le Sacré Collège || On me prend bien pour un oyson (12 666).

(2) Var : Que m'importe qui ait raison || Des Cardinaux ou de Pamphiie. Le cardinal Pamphiie (Innocent X) fut élu pape en 1644 ; 11 chassa de Rome

les neveux de son prédécesseur Urbain VIII, qui s'appeloient Barberins, parce qu'ils s'estoient opposés à son élection (Ms. 12 666).

(3) Dona Olympia, belle-sœur d'innocent X qui estoit un Pamphiie ; elle a eu beaucoup de crédit sous son pontificat, qui dura de 1644 à 1655. Elle disoit un jour à un galopin qui l'exploitoit : amato colbo faroti far cardinale (Ms. 12 666).

SUR DIVERS HKRSONNAGF.S

Sur un aisné des La Feuillade, qu'on appeloit le Cochon.

Couplet.

La Feuillade, petit rousseau,

Ne vaut rien pour bardache ;

Personne ne le trouve beau

Avec son poil de vache (1).

Nature l'a fait si maudit Qu'il n'est bon qu'à branslor le v. ,

Couplet.

AIR XVII

Vostre esprit est aussy malade Que l'est celuy de la Feuillade (2).

L'on vous mesprise avec raison ; Et si quelque chose ressemble Beaucoup aux Petites-Maisons, C'est de nous voir tous deux ensombio

Sur La Moussaye.

Couplet (1649).

AIR I

La Moussaye (3), que tu es blasmable ! Pour Charenton quitter la table, Sans gouster le plaisir du vin, De crainte qu'on ne t'y rattrape.

Mon cher amy, fais pour Calvin Ainsi que je fais pour le Pape (4) !

(1) Var : Avec son poil de vache || Est un ridicule museau || C'est un brandie moustache.

(2) Var : Vostre esprit est desjù malade |l Comme celuy de I.a Feuillade (12 66f.).

(3) Amaury Goyon, marquis de La Moussaye, gouverneur de Stenay, mort en novembre IG.'îO ; il avait épousé Catherine de Champagne'. Il eut i)Our fils le comte de Quintin.

(4) Ces deux derniers vers se retrouvent dans une autre chanson de Cyrano de Bergerac, voir plus loin Chansons des amis de lilot.

50 SLR niVERS PERSONNAGES

Sur le vicomte de Lestourville (1).

Couplet.

Il ne manque point de deniers, 11 a du bied dans ses greniers, 11 boit sans mesure et sans compte, .le l'ayme mieux que vous, monsieur, 11 est laboureur et vicomte, H est vicomte et laboureur.

Sur Malicorne.

Triolet.

C'est un tigre affamé de cœurs Que l'agréable Malicorne (2).

Prudes, fuyez ses airs vainqueurs :

C'est un tigre affamé de cœurs.

Aux femmes il cause des langueurs, Aux maris il plante des cornes.

C'est un tigre affamé de cœurs.

Que 1 agréable Malicorne.

Sur Monsieur de Metz.

Couplet.

AIR XXIIl

Monsieur de Metz (3), prélat insigne.

Que nous avons tous jugé digne

(1) Le vicomte de Lestourville figure dans l'état de la Maison de Gaston d'Orléans à la date de fin 1644, comme gentilhomme de la Chambre aux gages de L800 livres tournois.

(2) C'est pour Malicorne que mademoiselle de Pons fut infidèle au duc de Guise; il était frère du chevalier de Hautefeuille.

(S) flenry de Bourbon, duc de Verneuil, fils naturel d'Henri IV, né en octobre 1601, mort le 28 mai 1682. Légitimé en 16U:i, il fut pourvu en 16U8 de l'évêché de Metz, dont il ne se démit qu'en 1632, et de l'abbaye de Saint-Germain des Prés ; chevalier des Ordres en 1662, duc et pair le 15 décembre 1663, avec le titre de duc de Verneuil, il reçut en 1665 une mission extraordinaire en Angleterre. Il avait épousé en 1668, Charlotte Seguier, veuve du duc de Sully. — Ce couplet a été mis. ^1 tort, sous la date de 1658, dans le Ms. 12 667.

De n'aller point en Paradis (1).

A si fort changé de manière Qu'il fait maigre les Vendredis Et qu'il engraisse son bréviaire.

Sur Monlieu.

Voir Monlieu donner sur la longe.

Il me semble que c'est un songe.

Il estoit dans le repentir Et mesme dans la frénésie ; Mais le bon sang ne peut mentir :

Il est las de l'hypocrisie.

Sur madame de Montbazon.

Couplet (1643).

Belle de Montbazon (2)' Vous avez bien raison D'en vouloir à nos Princes (3) :

De Lorraine et Bourbon Vous ont mise en renom, Dans toutes nos provinces.

(1) Var : Et qu'on n'avoit jamais cru digne |1 D'entrer dedans le Paradi.s.

(2) Marie d'Avaugour de Bretagne, seconde femme d'Hercule de Rohan, duc de Montbazon, belle-mère de madame de Chevreuse ; elle avait pour amants le prince de Condé, le comte d'Harcourt, le maréchal d'Hocquincourl, le duc de Beaufort, etc. ; elle s'appelait avant son mariage mademoiselle de Vertus. Sa mère. Catherine Fouquet. mariée à Claude de Bretagne, comte de Vertus, était née vers 1690. Marie de Bretagne était fort jeune et en religion, dit Talleniant. (luand le bonhomme île Montbazon l'épousa, c'est pourquoi il l'a toujours appelée « ma religieuse ». Voici à son sujet une anecdote curieuse : <« l'n extravagant rimeur et chanteur, qu'on api)elle M. D'iCnfant. devint anioureu.v d'elle et, un jour qu'on lui arrachait une dent : « Misérable mortel que je suis, s'écria-t-il. j'ai toutes mes dents et on va en arracher une à celte divinité ! ». Il part de la maison et s'en alla faire arracher seize ».

(3) Louis de Bourbon, comte de Soissons, le duc de Chevreuse. qui avoit acheté ses bonnes grâces cent mille livres, et lui avoit fait une donation (Note tirée d'un ancien manuscrit). — Louis de Bourbon, comte de Soissons. le duc de B*-»iufort et le duc de Chevcuse.

Sur Moulin -Robert.

Que le sieur tle Moulin-Robert (1)

Dit de vaines paroles, Et que c'est un seigneur expert (2)

A conter fariboles 1 Pour ne pas connoistrc s'il ment, 11 faut être plus allemand

Que .lean de Werth.

Sur Ninon de L'Enclos.

Chanson (1650).

AIR I

Malgré ma maudite luette Qui rend ma Muse un peu muette, Puis que l'adorable Ninon (3) Trouve bon qu'on chante en caresme.

Je ne luy diray jamais non.

Plust à Dieu qu'elle en fit de mesme 1

Sur Antoine de Noailles.

Couplet.

Que Noailles (4) soit bon garçon, Qu'il raille de bonne façon Et qu'il soit une rude lame.

Pourvu que j'aye son chien courant Et que je couche avec sa femme, Tout cela m'est indifférent.

(1) C'est Moulin Robert, gentilhomme, qui bâtonna Javerzac pour le compte de Balzac (voir Tallemanl, Historiette de Balzac, T. IV, p. 90).

(2) Var. : Pour .Monsieur de Moulin-Robert, || Cet homme d'hyperboles, I| On nous dit qu'il est fort expert || A conter fariboles...

(3) Anne de I^nclos ou L'Enclos, dite Ninon, née, en novembre 1620, de Henry de Lenclos et de Marie Barbe de La Marche, morte le 17 octobre 1705.

(4) Antoine de Noailles, comte d'Ayen, mort en 1645.

Sur Monsieur de Passy.

Couplet (1653).

AIR V

Monsieur de Passy, fils de Monsieur de Passy,

De Monsieur de Nielle (1) est le meilleur amy,

En se voyant, ils ne se disent rien,

Ils font fort bien

Car un long entretien

Entr' eux ne vaudroit rien.

Sur le chevalier de Rivière.

Le chevalier de Rivière à Blot (1652).

Dans les plaisirs, amis, soyez plongés

Tant que les jours nous seront prolongés.

Pour ce que l'on vaut après le trespas,

Nous le sçaurons

Et nous en parlerons,

Quand nous serons là-bas.

Réponse de Blot.

Cher Chevalier, de ton madrigalct. Par la morbleu ! je suis mal satisfait. Tu doutes donc, moy je ne doute pas ; Car je sçay bien Que nous ne serons rien Après nostre trespas.

Blot au chevalier de Rivière (1652).

AIR I

Mon cher chevalier, que je t'ayme !

Tu ne fais jamais de carcsmo.

Tu n'cntens messe ny sermon, Bible pour loy n'est que chimère ;

(l) Valet de chambre du roi.

54 Si:n DIVKI'.S PERSONNAGES

Tu lias jamais f.... do c...

i:t fv ! tu ne vaux pas Ion pèic

Sur Romainville.

Couplet (1048).

AIR II

Romain, que i'aynie et que j'estime,

l'Lst un bon bougre abandonné ;

Il n'a point en horreur le crime,

.rcspcre qu'il sera damné ;

.l'en ay une joye infinie

Car nous nous liendrons compagnie (1).

Couplet (lOôO).

Pour bien gouster tous les délices Il faut, Saint-Phal, Plot et Romain, Passer la nuit entre deux cuisses.

Et tout le jour entre deux vins.

Chanson (1649).

Sur iair de Graveline.

AIR II

Le chancre du cher Romainville A nostre commerce interdit ; Quelle sûreté dans la ville

(1) Var. LeuNillc, le seul que j'estime || Des parens que Dieu m'a donné, || N'eut jamais d'horreur pour le crime...

La mère de Blot était .Marie, flilc de Jean Olivier de Leuville, baron de La Rivière ; Blot doit s'adresser à Louis 01i\aer, marquis de Leuville, son cousin, marié à Anne Morand.

Romainville ne nous était connu que par une anecdote de Tallemant : « Un jour Romainville, illustre impie, estoit à l'extrémité, un cordelier vint pour le confesser. Le chevalier de Roquciaure, son ami, qui était auprès de lui, prend un fusil et; couchant le Père en joue, lui dit : " Retirez-vous mon Père ou je tire, il a vécu rliien. il faut qu'il meure chien. > Cela fit tellement rire Romainville qu'il en Ruérit. • Mais voici un renseignement plus précis :

• .Jean de Fcrie, écuyer, sieur de Romainville, gentilhomme ordinaire de Monseigneur, frère unique du roi, capitaine d'une compagnie de chevaux-légers, et Jean de Mac, écuyer, sieur de Beaufort, lieutenant d'une compagnie de chevauxlégers, son frère, demeurant à Paris, paroisse Saint-Nicolas du Louvre, se trouvant actuellement en garnison à .Amiens, y demeurant en la maison et hôtellerie où pend

Si II- c... donne mal au v...V C... et c..., je vous fais la nique ; Désormais, je branslo la pique.

Imitez Henri, ee bon homme ;

11 vous donnera des leçons.

Car il n'cnc... ni n'enc....,

Et n'a que la main des garçons.

Il s'escrie en branslant la pique :

« C... et c,.., je vous fais la nique (1) 1 »

Chanson.

AIR XXV

Les bougres de ces lieux.

Ravis en extaze, H^n rendant grâces aux Cieux Chantoient avec emphaze :

« Dieu, qui tira de la poussière Le genre humain, Conservez-nous la bougriniére De Saint-Romain (2) ».

Pour ne te rien celer,

Toy qui me foutimasse,

•Je ne puis chevaucher

De si laides carcasses.

Car si je n'ay que Barbezière

Et que Gourdon (3),

Je m'en tiens à la bougriniére

De Bauffremont (4).

pour enseigne : L'Escu de Ponlhicu, donation mutuelle, 1" mars 1643 (Arch.

nat.. Insinuations du Chalelel, Y 183. f. 43v). On trouvera cet acte à VAppendicr.

Romainvillc ligure sur l'état de la maison de Gaston d'Orléans (fin 1644)

au titre de gentilhomme ordinaire, servant par quartier, aux pages de 1.000 li\Tes.

(1) Je m'en vais me br... la pique !I C... et c... je vous fais la nique.

(2) Var. : Du chef de Saint-Romain (Romainville).

(3) Magdeleine de la Bazinièrc, dite madame de Barbezière, à qui Talicmant a consacré une Historiette, T. IV, p. 438 ; Gourdon, une des filles de la Reine. — François de Barbezière, frère de Mademoiselle de Chemerault, fut décapltr en place de Grève, le 5 octobre 1G57. pour avoir enlevé le financier Girardin ; sa femme, Magdeleine Bertrand de la Bazinière, était fllle de Macé Bertrand, trésorier de l'Epargne, mort vers 1613. et de .Marguerite de Vertamont ; la sœur de Magdeleine, Marie, avait épousé Guillaume Bautru, comte de Serrant, conseiller du roi et chancelier du duc d'Orléans.

(4) Depuis duc de Folx.

Sur Romainville et Jumeau.

Couplcl.

De Komaiiiville et Jumeau,

Animaux,

Font des repas inégaux ;

Moy, je mange mon éclanche,

Vendredy (bis),

Samcdv comme dimanche.

Sur un curé.

Couplet du marquis de Saint-Hcrcnt (1).

Voyez-vous ce brave curé?

Il n'a point la mine hypocrite, C'est un fidelle réprouvé.

Voyez-vous ce brave curé?

Il est un ivrogne avéré.

Incrédule et grand sodomite.

Voyez-vous ce brave curé ?

Il n'a point de mine hypocrite.

Réponse de Blot.

Tu es un curé fort exquis.

Je n'en connois point de plus sage ;

Je suis ton serviteur acquis,

Tu es un curé fort exquis.

Mais pour ce que dit le Marquis,

J'en crois encore davantage ;

Tu es un curé fort exquis.

Je n'en connois point de plus sage.

n> Le .N" 12 de la Musc de la Cour du 20 mars 1658 est dédié au marquis de Saint-Héran. Ce numéro paraît être le dernier qui ait paru de la Muse de la Cour, il est probablement <lii comédien Rosimond qui s'était fait un moment gazetier. Dans les stances qui précèdent cette gazette, l'auteur dit du marquis de Saint- Héran qu'il passe t i:t pour un grand courage et pour un bel esprit», et, plus loin : . Et de plus dans la chasse, et de plus dans la Cour. |l...Ii Vous faites triompher et l'adresse et l'amour ,.. Il est vrai qu'on ne peut guère se fier au témoignage des rimeurs à la semaine qui attendaient de leur épître hebdomadaire quelques pistoles toujours bien accueillies.

Sur madame de Saint-Loup.

Couplet.

AIR XXIII

Saiiit-Loup, vostre esprit s'embarrasse

Entre l'amourette et la grâce,

Ce qui cause vostrc chagrin ;

Si VOUS aymcz le blond Candale (l),

Redoutez le Père Singlin (2),

Et Port-Royal et sa Caballe.

Sur Saint-Maigrin.

Chanson (1651).

Le pauvre Saint-Maigrin (3) de tout son cœur enrage

D'aller faire un voyage

Que luy cause sa sœur ; Car il est l'antipode de sa coquette humeur.

Il ne ressemble pas au marquis de La Cazc,

Qui fait des paraphrases

Quand il fait les yeux doux ; Car il est l'antipode de ce fier jaloux.

Sur madame de Saugeon .

Couplet (1632).

AIR XXVI

Vous me traitez ainsy qu'une tigresse.

Vous avez tort, madame de Saugeon,

(1) Candale quitta madame de Saint-Loup pour la célèbre comte^^e dOIonne... (Paulin Paris). Mademoiselle de La Roche-Posay, lune des deux filles de Jean Chasteignier, sieur de La Roche-l^osav, et de Diane de Fervaeques ; elle avait épousé un sieur Le Page à qui elle lit acheter la terre de Saint-Loup en Poitou. Tallemant lui a consacré une Historicité, T. VI, p. 171 (Le Page).

(2) M. de Singlin, un des plus célèbres jansénistes du second plan, ami et directeur de toutes les nobles pénitentes «le Port-Royal. ,,j

(3) Jacques Estuer de Caussade, marquis de Saint-Maigrin, lue en juiUel U>o* au combat de Saint-Antoine.

58 Ï^LIÎ DIVEHb l'ERSONNAGES

.To prie Dieu, je vais bien à confesse, Je ne bois plus, et je vis de goujon (1); Je n'ay battu feuillant, ny baisé feuillantine (2), Pourquoy nie faites-vous si grise mine? (!])

Cuuplcl.

Rcmeneeour (4), Saugeon, Serville

Sont toutes trois allées en ville

Pour relancer leur confesseur

Et faire les mères Thérèses.

Mais hélas ! mon Dieu, jay grand peur

Que ce soit à la bigarnaise.

Sur le comte de Soissons.

Couplet (1638).

AIR VI

Je tiens monsieur le Comte (5) Homme d'honneur et de vertu Mais je fais moins de compte, Que d'un festu Du bransle-pique (6) Du frère unique (7) Et mesme du bègue cornu (8)

(1) Var. : Je ne bois plus, je suis gobe-goujon.

(2) Allusion à la fameuse chanson des Feuillantines de l'abbé Laurent de Laffcnias, fils du célèbre Isaac de Laffemas.

(3) Blot lit ce couplet sur le champ à Blois par ordre de Gaston d'Orléans auprès duquel madame de Saugeon, dame d'honneur de Madame, et personne très dévote insisloit pour ([u'il chassât Blot ; elle l'accusoit d'avoir été d'une débauche à Blois où l'on avoit cnyvré et battu un feuillant (12 666).

(4) Madenioisclle de Remenecour à qui Mademoiselle (de Montpensicr) donna une pension de mille louis.

(5) Louis de Bourbon, comte de Soissons, pair et grand maître de France, né le 11 mai 1604, grand-maître après son père en 1612, chevalier de l'ordre du Saint-Ksprit en 1620 ; tué à la bataille de La Marféc le 6 juillet 1641.

(6) Henri de Bourbon, prince de Condé (12 666).

(7) Gaston d'Orléans.

(8j Le bègue rnriiii ou foutu, c'est Louis XIII.

Pour Monseigneur le Comte

Il n'a ni vice ni vertu,

Et j'en fais moins de compte

Que d'un Bgi Bgi, que d'un festu,

Du frère unique.

Du bransle pique,

VA de nostre bègue foutu.

SUR DlVliHb l'EiRbONNAGLS 50

Sur la comtesse de Sourdis.

Belle Philis, vous estes blanche cl blonde,

Vous chantez bien, vous avez de l'esprit :

Vous avez l'air le plus galant du monde.

Vous me charmez quand vous faites un récit ; ,

Vous avez dans les yeux une douceur extresme.

Jugez après cela si je vous ayme (1).

Sur Turenne.

Chanson (1651).

De tous nos amis qui disnent chez Prudhommc, Turenne, je plains qui vit selon sa loy ; Car de fausser les préceptes de Rome, C'est un des plus grands plaisirs selon moy.,

Bény soit celuy qui nous Ta deiïendu ! La viande n'est pas sy bonne le jeudy. Et nous avons là-dessus prétendu Le doux plaisir de rompre un vendrcdy

Sur Vigeon.

Par le Chevalier de Rivière et Blot.

AIR II

Lors que Vigeon (2) vit rassemblée, Qui l'assistoit dans son malheur,

(1) Dans les Airs d Vaudevilles de Cour, ce couplet a ctc reproduit, mais anonyme, il est suivi du même couplet retourné.

(2) Sur un maître d'école nommé Vigeon (ou Le ViRean), brûlé pour avoir

f des poules, 1649. Ce Vigeon avait été auparavant valet de chambre du comte

de Gramont. Saint-Pa\an a fait sur lui un sonnet reproduit dans les Sonnets gaillards et priapiques, 190.3, p. .32, et dans le cahier supplémentaire des Disciples et Successeurs de Ttiéophile de Viau, La vie et les poésies libertines de Des Barreaux et de Saint-Pavin, 1911.

Sur les cinq couplets de celte chanson, les deux premiers et les deux derniers sont du chevalier de Rivière, le troisième seulement est de Blot.

Le comte, puis duc de Gramont (1604-1678) passait pour le plus grand sodo-

Dune voix forte et non troublée Il lu3' dit : u Vous me faites honneur ; Vraymont voylà bien de la foule Pour un simple f de poule!

« Quoy Messieurs ! quand eeste potence Devroit soustenir aujourd'huy Bautru (1), ce grand bougre de France, Vous n'en feriez pas plus pour luy.

Vraymcnt voylà bien de la foule Pour un simple f de poule !

>i Si c'estoit le duc de Vendosme, Fils naturel d'un très grand Roy, Premier marguillier de Sodome, Vous n'en feriez pas plus qu'à moy.

Vrayment voylà bien de la foule Pour un simple f de poule !

« A Dieu, au Roy, à la Justice, Je veux bien demander pardon ; Mais je souffriray le supplice Sans m'excuser auprès du c...

Je veux mourir en galant homme, A Paris, comme on fait à Rome. »

Blot au Chevalier de Rivière sur le supplice de Vigeon.

Mon cher chevalier de Rivière Enfin je me suis consolé.

S'il ne l'eust fait que par derrière Jamais il n'eust esté brûlé ; Mais puis qu'il prend la volaille Parbleu, j'eusse allumé la paille!

niiLe du royaume ; c'était également un libre esprit si on en juge par celte épigramme qu'on lui prête :

Mais puisque mon destin ne se peut reculer, -, Des sacreniens, Monsieur, cessez de me parler

Qui n'a plus un moment à vivre N'a plus rien à dissimuler.

(1) Guillaume Bautru, comte de Serrant (1588-1665).

£) Chansons diverses, etc.

Chanson (1649).

Que tu nous donnes de tourment,

Factieux Parlement !

Que tes arrests

Sont ennemis de tous nos interests 1

Le Carnaval a perdu tous ses charmes ;

Tout est en armes.

Et les Amours

Sont effrayés par le bruit des tambours.

La guerre va chasser l'Amour ; Mesme de nostre Cour Et de Paris La peur bannit et les Jeux et les Ris. Adieu le bal I adieu les promenades !

Les sérénades !

Car les Amours Sont effrayés par le bruit des tambours.

Mars est un fort mauvais galant ;

11 est insolent.

Et la beauté

Perd tous ses droits auprès de sa fierté.

On ne sauroit accorder les fleurettes

Et les trompettes ;

Car les Amours

Sont effrayés par le bruit des tambours.

Mars oste tous les revenus

A dame Vénus ;

Nos chères sœurs

N'ont à présent ni cadeaux, ni douceurs (1).

(1) Var. : N'ont plus d'argent et n'ont plus de douceurs. — Celte chanson fut faite en mars 1649, après la prise de Charenton, au moment où tous les passages qui permettaient de ravitailler Paris étaient interceptés.

Page 1