AIR XXX
Je bois à toy, mon cher Marsin (3) (bis) ; Je crois que Mars est ton cousin (bis),
(1) Cette chanson est une allusion à un ancien vaudeville qui commence : Que le cabaret a d'appas, ceci est un conseil que ceux du parti de Gaston lui donnèrent (12 666). 11 avait paru dans le Cabinet des chansons plaisantes et récréatives. Paris, chez Pierre Des Ilayes, rue de La Harpe, à l'Escu de France, proche la Roze Rouge, M. D. C. XXXI (1631), in-16 de 118 p. chif. et 1 IL (N., Ye 2631 Rés.).
Voici le premier et le dernier couplet (sur trois) :
Que le cabaret a d'appas.
Je n'ay point faict de bons repas.
Que son séjour m'est agréable, Qu'en ce divin lieu délectable, Non pour le vin triant et beau, Ny pour la délicate viande, Mais parce qu'au tac du Cousteau Il vient tout ce que l'on demande
Ce Don Quichot qu'on a vanté
L'honneur de la cavalerie,
Eust creu pour vray eslre enchanté
En voyant ceste drôlerie,
Car valets à rouge museau
Les plats en main garnis de viande.
Viennent au seul tac du cousteau
Plus vite qu'on ne les demande.
(2) Voici la traduction de cette chanson : Le cher amy La Moussaye : Bon Prince, quel temps ! Landerirette ; Nous crevons sous la pluie, Landeriri, Nos vies sont assurées, Car nous sommes sodomites, Landerirette ; Nous ne crèverons que dans le feu, Landeriri.
(3) .Jean Gaspard Ferdinand, comte de Marchin.
Et Bellonc ta mèro, Tiutin, relin, tintin.
Je ne dis rien du père Car il est incertain.
Chanson sur la belle Dupais, gouvernante des filles de la Reijne en 1648.
Belle Dupuis, je quitte Lens Et toutes mes conquestes Pour estre à la teste De tous VOS galans.
Rien ne me peut plaire Comme vostre peau :
J'ayme la bergère Plus que le troupeau, Quoy qu'il soit bon et beau.
Cyrano de Bergerac.
Couplet (1649).
AIR I
La troupe des bons catholiques Va boire à ses chers hérétiques.
Sus, compagnons, prenons du vin ; Que nul plaisir ne nous eschappe 1 Vous direz : Foutre de Calvin, Et je diray : Foutre du Pape (1) !
Hotman (2).
Couplet (1643).
Du Vigean au teint tout terni Dit d'un triste langage
(1) Var. : Le party des bons catholique Boit à vous autres hérétiques, Mes chers amis prenons du vin
■ Et pour que personne n'échappe
Vous direz : Nargue de Calvin, Et nous dirons : Nargue du Pape I
Ce couplet est donné à Blot dans quelques Ms. (Voir chanson p. 49). (2) Hotman commissaire des guerres (It ce couplet contre M. Du ^ 'Çf«"' fO""; dent des amours de Richelieu avec sa nièce, la ducliesse d'Aiguillon (12 68b). cet
70 iiiANSoNS ih:s amis Di: blot
Jo vois loul mon ciuploi fini ICI mou iiuuiiu'rrllagc Si Monsieur de Mazaiini Ne (luitle point son page.
Sur la tî'k de Mazarin mise ù prix.
Couplet (1051).
Creusons à l'envi le lombeau
De ([ui nous ])ersécute ;
Ginnd Dieu ! que le eoup seroil beau,
Qui eauseroil sa chute.
l'our perdre ce Jules nouveau
Clierehons un autre Brute.
Marigny (1).
Chanson (1648).
AIH XVI II
Or eseoutez, peuple de France, Le propre avis, en termes exprès.
Du grand Beaufort (2), dit en présence Du Parlement, dans le Palais.
II salua la Compagnie De son chapeau fort humblement, l!^t puis d'une voix très hardie Luy fit ce beau raisonnement :
« Il est Irois points dans cette a flaire : Les Princes sont le premier point ; .le les Iwnore et les révère.
C'est jwurquoy je n'en parle point.
Hotmail, commibbairc des guerres, ne serait-il pas Vincent Hotman, seigneur de Fontenay-sur-Conte, qui avait épousé une fille d'Oudard Colbert?
(1) Jacques Carpintier de Marigny. Voir Bibliographie des recueils collectifs publiés de 1597 à 1700.
(2) .M. de Beaufort, ayant très mal harangué le Parlement, voulut se fâcher contre ceux qui avaient mis son avis en vers, et M. de Guimené lui dit qu'il avait tort parce qu'auparavant son avis n'avait ni rime ni raison.
CHANSONS DES AMIS DTi BLOT 71
« Le second, c\st de rÉmiiience Du grand cardinal Mazarin ; Sans barguincr, j'ayme )a France, Et vais lousjours mon grand chemin.
« J'ay le cœur franc comme la mine, Je suis pour les bons sentimens ; Ainsi je conclus et opine, Comme fait monsieur d'Orléans,»
A ces beaux mots, la Cour ravie Battit des mains et dit tout haut :
« Voicy comme pour la patrie Beaufort opine comme il faut ! »
Remercions la Vierge aymable
Et le Rédempteur souverain
De quoy ce Duc n'est point coupable
D'estre, comme on dit, Mazarin.
AIR XVII
Je vous le dis sans raillerie :
C'est la véritable efligie De Jules, ce fourbe éternel ; La Fronde jamais ne se raille.
C'est son portrait au naturel :
Il est un ministre de paille (1).
L'Oignon ou i Union qui fait mal ù Mazarin. Sonnet (1618).
Qu'est-ce que cet arrêt d'Oignon (2) Qui vous cause tant de grabuge, Dit tout triste à son compagnon Le Pantalon au bonnet rougo?
(1) Marigny fit ce couplet sur une figure de paille de Mazaiia que le peuple brûla à Paris en 1650.
(2) Arrêts d'union du Parlement et autres compagnies du royaume des 13 et 15 juin 1648. Mazarin ayant dit que cet arrêt d'ognon (pour union) était attenUtoire et l'ayant fait casser par le Conseil, ce seul mot d'ognon le rendit ridicule. Les frondeurs ne perdaient d'ailleurs aucune occasion, futile soit-eilc, de s'attaquer à leur ennemi le Cardinal.
Lors une fenimo, qui l'enlenrl, Kt pense que p^r moquerie.
L'union des cours il prétend Ainsi tourner en raillerie :
« Cet oignon te fera pleurer, Et ne pourras le digérer, »
Dit-elle alors tout en colère.
In autre dit : « Tu le déçois.
Cet italien, ma commère,
Ne fait qu'escorclier le françois. »
Le Pape des Maltotiers. Sonnet (1648).
Tout est soumis à sa puissance, Et, sy sa Majesté vouloit.
Pas un seul officier de France Ne porteroit glands au collet (1).
Grand fourbe ! est-il vraiment croyable Que vous veuillez, ambitieux, Passer pour un Saint dans ces lieux Où chacun vous tient pour un Diable?
L'enlèvement de nos deniers.
L'oppression des officiers, Le peuple mis à l'Indigence,
Et tant de maux dont on se plaint, Que seul vous causez à la France, Sont-ce les ouvrages d'un Saint?
Triolel (1649).
Le vaillant prince de Condé Nous refuse miséricorde.
(1) Les frondeurs appelaicnl Mazarin le Pape des Maltotiers. Le Cardinal, voulant persuader à Bouqueval, doyen du Grand fLonseil, que les assemblées n'étaient point permises, lui dit en propres termes : « Venez ça, vous portez des glands ; si le roi vous défendoit d'en porter, vous serait-il permis d'en porter après sa défense ? Répondez, » Or, je dis de même : « Puisque le roi vous défend de vous assembler, pourquoi ? » etc. Cette comparaison burlesque servit, le lendemain, de matière à tous les rieurs.
Vertubleu ! qu'il sera fronde.
Le vaillant prince de Condé !
Car on dit qu'il est secondé Par des gens de sac et de corde.
Le vaillant prince de Condé Nous refuse miséricorde.
Les généraux de la Fronde.
Triolet (1649).
Qu'il fait beau voir nos Généraux Dans l'enceinte de nos murailles Monter dessus leurs grands chevaux !
Qu'il fait beau voir nos Généraux !
Dieu les préserve de tous maux Et de combats et de batailles !
Qu'il fait beau voir nos Généraux Dans l'enceinte de nos murailles !
Messieurs nos quatre Généraux (1) Avecque leur troupe bourgeoise Nous ont fait de fort beaux cadeaux.
Messieurs nos quatre Généraux, Et mesme un grand pont de bateaux Pour mettre Viljuif dans Pontoise, Messieurs nos quatre Généraux Avecque leur troupe bourgeoise.
Sur Gondij, coadjuteur de Paris.
Triolet (1019).
Monsieur nostre Coadjuteur (2) Vend sa crosse pour une fronde ; 11 est vaillant et bon pasteur.
Monsieur nostre Coadjuteur !
Sçachant qu'autrefois un frondeur Devint le plus grand Roi du monde.
Monsieur nostre Coadjuteur Vend sa crosse pour une fronde.
(1) Le duc d'Elbeuf et ses trois enfants.
(2) Jean-Paul-François de Gondy de Retz, né en 1«13. coadjuteur de I ans en 1643, cardinal en 1651, mort en 1679, auteur des fameux Mémoirts.
Monsieur iioslrc Coudjulcur Veut avoir part au ministère ; On dit qu'il est fourbe et menteur, Monsieur nostre Coadjuteur.
Le petit frère avec la sœur Seront fourbis, c'est chose claire, Monsieur nostre Coadjuteur Veut avoir part au ministère.
Monsieur nostre Coadjuteur Est à la tète des cohortes ; Comme un lion il a du cœur.
Monsieur nostre Coadjuteur !
En sortant, il est en fureur ; Mais s'il faut regagner les portes, Monsieur nostre Coadjuteur Est à la tête des cohortes.
Corinthien (1), c'est trop de chaleur.
Vous avez l'esprit trop alerte ; Un chapeau de rouge couleur !
Corinthien, c'est trop de chaleur.
Quand vous ne seriez pas pasteur.
Il en faudroit de couleur verte.
Corinthien, c'est trop de chaleur.
Vous avez l'esprit trop alerte.
Coadjuteur, qu'il te sied mal De nous exciter à la guerre En faisant le brave à cheval !
Coadjuteur, qu'il te sied mal !
Tu devrois estre le canal Des grâces de Dieu sur la terre.
Coadjuteur, qu'il te sied mal De nous exciter à la guerre !
Le Prince (VElbeuf el .ses enfants.
Triolets (1649).
Monseigneur le prince d'Elbeuf, Qui n'avoit aucune ressource
(1) Gondy avait levé un régiment qu'on nommait le régiment de Corinthe, parce qu'il était archevêque titulaire de Corinthe.
CHANSONS niiS AMIS OL BLOT 75
Et qui no iiunigioil que du bœuf.
Monseigneur le prince d'Elbeut A maintenant un habit neuf Et quelques justes dans sa bourse, Monseigneur le prince d'Elbeuf (1), Qui n'avoit aucune ressource.
Monsieur d'Elbeuf et ses enfans Ont fait tous quatre des merveilles ; Ils sont pompeux et triompha ns, Monsieur d'Elbeuf et ses enfans 1 L'on dira jusqu'à deux mille ans, Comme une chose sans pareilles :
Monsieur d'Elbeuf et ses enfans Ont fait tous quatre des merveilles.
Ils se promènent, ces Césars, Tout chamarrés d'or par les rues ; Oui, comme de petits dieux Mars, Ils se promènent, ces Césars.
Alors qu'au milieu des hasards Nos braves ont leurs dagues nues.
Ils se promènent, ces Césars, Tout chamarrés d'or par les rues.
Vous et vos enfans, duc d'Elbeuf, Qui logez près de la Bastille, Valez tous quatre autant que neuf, Vous et vos enfans, duc d'Elbeuf.
Le rimeur, qui vous mit au bœuf, Méritoit quelque coup d'estrille.
Vous et vos enfans, duc d'FJbcuf, Qui logez près de la Bastille.
Rentrez, bourgeois, ne dormez pas.
On a trop soin de vostrc vie :
Monsieur d'Ellbeuf ne le veut pas.
Rentrez, bourgeois, ne dormez pas.
(1) Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf et ses enfants : Charles III. duc dElbeuf; François, tige des comtes d'Harcourt; François-Marie, comte de Lillebonnc. Cette pièce fait allusion à leur arrivée à Paris, le 9 janvier, où ils venaient olTrir leurs services au Parlement. Les parisiens reçurent Charles de Lorraine comme leur sauveur et le nommèrent leur général.
76 t:HANSONS DES AMIS DE BLOT
Puisque vous remplissez ses plats Et rendez sa table garnie.
Rentrez, bourgeois, ne dormez pas.
On a trop soin de vostre vie.
Sur le prince de Conli.
Triolets (1649).
Le petit prince de Conti (1) S'est déclaré pour nostre ville ; Il n'eut jamais pris ce parti, Le petit prince de Conti, S'il n'avoit esté perverti Par les conseils de Longucville.
Le petit prince de Conti S'est déclaré pour nostre ville.
Le bossu prince de Conti Sert de rempart à nostre ville ; Il est chef d'un puissant parti.
Le bossu prince de Conti 1 vSi son frère, mal averti, VienL ici troubler nostre asile.
Le bossu prince de Conti Sert de rempart à nostre ville.
Le jeune prince de Conti Fait des merveilles à son âge ; Il est chef d'un fort grand parti, Le jeune prince de Conti !
Combien de fois est-il sorti Pour donner aux vivres passage !
Le jeune prince de Conti Fait des merveilles à son âge.
Sur le duc de Beaulorl.
Triolets (1649).
Le brave monsieur de Bcaufort I'2st pour le moins Roy de la halle ;
j(l) Armand de Conti, frère du prince de Condé, né en 1629, fut nommé généralissime par le Parlement, le lendemain du jour où le duc d'Elbeuf avait été nommé général, mais à la condition qu'il ne sortirait pas de Paris.
CHANSONS DES AMIS DK DLOT 77
Il est courtois, il est accort, Le brave monsieur de Beaufort !
Mais si Louis est le plus fort Et que la France se cabale.
Le brave monsieur de Beaufort Est pour le moins Roy de la halle.
Beaufort, qui n'est point endormi Alors qu'il s'agit de combattre, Devoit craindre son ennemi, Beaufort qui n'est point endormi.
A vaillant, vaillant et demi I Je crains qu'il ne se fasse battre, Beaufort, qui n'est point endormi Alors qu'il s'agit de combattre.
Considérant cet amiral (1), Diroit-on pas voir Barberousse?
Le sort lui seroit-il fatal.
Considérant cet amiral?
Non, non, il n'aura point de mal ; Il n'est amiral que d'eau-douce !
Considérant cet amiral, Diroit-on pas voir Barberousse?
Sur le duc de Bouillon.
Triolets (1649).
Admirez monsieur de Bouillon (2) !
C'est un Mars, quoy qu'il ait la goutte ; Son conseil est tousjours fort bon.
Admirez monsieur de Bouillon !
11 est sage comme Caton,
Quoiqu'il boive bien et qu'il f
Admirez monsieur de Bouillon !
C'est un Mars, quoy qu'il ait la goutte.
Le brave monsieur de Bouillon Est incommodé de la goutte ; Il est hardi comme un lion
(1) Beaufort tenait de son père la charge d'amiral de France.
(2) Frédéric-Maurice de la Tour, duc de Bouillon, frère aîné du vicomte de Turenne ; il mouiut, à quarantc-lmlt ans, en 1652.
Le brave monsieur de Bouillon !
Mais s'il faut rompre un bataillon Ou mettre une armée en déroute, Le brave monsieur de Bouillon Est incommodé de la goutte.
Sur le maréchal de La Mothe-Hoiidancoiirt. Triolet (1649).
La Mothe (1), souvenez- vous-en De la prison de Pierre-Encize ; Il n'y avoit pas si long temps, La Mothe, souvenez-vous-en.
On pourroit vous en faire autant Si vostre personne estoit prise :
La Mothe, souvenez-vous-en, De la prison de Pierre-Encize.
Sur MiHij, Sillij et Montatère.
Triolet (1649).
Ah ! mon Dieu I le cruel ennuy Que nous souffrons en tems de guerre ! A chaque pas, on voit Milly ; Ah 1 mon Dieu, le cruel ennuy !
A chaque halte on voit Silly (2), A chaque table Montatère. (3) Ah ! mon Dieu ! le cruel ennuy Que nous souffrons en tems de guerre !
Triolet (1649).
Bon Dieu ! le bon tems que c'estoit A Paris, durant la famine I Tout le monde s'entre-baisoit
(1) Philippe (le I.a Mothe-Houdancouri, dur de Cardonnc, maréchal de France el vice-roi de Catalogne, eut la possibilité de faire prisonnier le roi d'Espa- Rnc, il ne saisit pas cette occasion de crainte d'offenser la nouvelle régente, sœur du roi d'Espagne. Celte faute fut suivie de la perte d'une bataille devant Lcrida. Ses ennemis le desservirent auprès du roi, on l'enferma au château de Pierre-Encize d'où il ne sortit qu'en 1648. Il mourut en 1653, âgé de cinquante ans.
(2) François de Silly, comte de La Roche-Guyon.
(3) Louis de Madalllan de Lesparre, marquis de Montatère.
Bon Dieu le bon tems que c'estoit !
La plus belle se contentoit D'un simple boisseau de farine.
Bon Dieu ! le bon tems que c'estoit A Paris, durant la famine I
Trivelinade ou Tour de Baladin.
Triolet (1649).
Devant la Reyne, Mazarin A fait une trivelinade (1).
Il saute comme un arlequin, Devant la Reyne, Mazarin ; Mais devant Cambray (2), le faquin A fait une mazarinade.
Devant la Reyne, Mazarin A fait une trivelinade.
Sur Boilèue.
Chanson (1651).
Boiléve (3) n'est qu'un pendart, C'est un Mazarin de rempart.
Je vous en donne avis Saint-Père, Laire la lan lan laire, Laire la lan lan la.
S'il est prélat par ce soufflet , Pour le baston qu'aurait-on fait?
Que servit-il pour l'estrivière?
Laire la lan lan laire, Laire la lan lan la.
Epitaphe de Mazarin.
Je n'ay jamais pu voir Jules sain ny malade. J'eus maintes rebufades à sa porte, i\ son degré. Mais enfin je l'ay veu dans son lit de parade. Où je l'ay veu fort ii mon orv,
(1) Allusion à une gaminerie de Mazarin : Étant un jour en promenade avec la reine, au moment où cette princesse voulut remonter dans son carrosse, il sauta par dessus la portière avant que cette dernière fut abattue.
(2) Allusion à l'échec du siège de Cambray. juillet 1649.
(3) Un soufflet de Marigny valut à BoUève l'évèché dWvranches.
Sur Don Juan iV Autriche Chanson.
(Juand Don Juau (1), tout brillant de lumière, Vint pour régir cet aymable séjour,
Oluique Belle dit :i la Cour Plaise fi Vénus que je sois la première Qui l'introduise au Temple de l'Amour.
Lors Don Juan voyant que sa présence Avoit troublé les Dames de la Cour, Beautés, dit-il, donnez-vous patience Avec le temps chacune aura sou tour.
Pierre Patris (2), gentilhomme de la Chambre du duc d'Orléans.
Sur le siège de Gravelines par Gaston d'Orléans (1C45).
AIR II
A vous parler de Graveline (.i) Kn conscience et vérité, .T'estime autant sa bonne mine Que je crains sa sévérité ; •Je croy que cette damoiselle En fera bien mourir pour elle.
Dès qu'on approche son visage (4) Pour en remarquer les beautez.
Ce n'est qu'ire, ce n'est que rage, Elle est en feu de tous costez ; Enfin, jamais nulle autre prude X'eut la négative si rude.
(1) Quand Don Juan arriva à Bruxelles pour gouverner les Pays-Bas.
(2) Pierre Patris ou Patrix, sieur de Sainte-Marie, né à Caen en ir)83. Sa famille était originaire de Beaucaire, son père Claude, conseiller au bailliage de Caen, et sa mère mademoiselle Le Bras. Il entra au service de Gaston d'Orléans en 1623, écuyer de la duchesse d'Orléans en 1060, il mourut le 6 octobre 1671, ù Paris.
(3) Ville entre Calais et Dunlcerque, prise par les français, le 28 juillet 1644, le duc d'Orléans commandait. Var. de l'imprimé : Pour vous parler... (Ms. 12 666).
(4) Var. de l'imprimé : Quand on regarde son visage
Id. : .Jamais la plus sévère prude
CNANSONS DES AMIS DE lîLOT 81
Gaston, dans l'amour qu'il luy porte, Ne met plus ailleurs son désir ; Il n'en bouge, il couche à sa porte (1), C'est tout son soin et son plaisir.
Il n'est jour ny nuit qu'il ne donne Quelque aubade à cette mignonne.
Mais tant plus elle se chagrine Plus on rit de l'ouïr tonner, Elle a beau faire la mutine Tout cela n'est que façonner. Je suis trompé si la rebelle N'est mise à bas en despit d'elle (2).
Qu'elle fasse un peu la cruelle (3), Le premier et le second jour.
Ce n'est pas chose fort nouvelle (4) A qui sçait ce que c'est qu'amour :
La pluspart de celles qu'on ayme Ne font-elles pas toutes de mesme?
Tout ce que je trouve à redire, C'est son peu de civilité De se fascher, quand il l'admire.
Sans respecter sa qualité ; Comme un autre, elle le repousse Et n'en a pas la voix plus douce.
Cette beauté qui n'est commune Avec son harnois endossé, A defïendu sa demi-lune Pour conserver son beau fossé.
Mais nos soins rendront inutilles Les deffenscs de cette fille.
Jamais une belle entreprise Ne se voit sans diiïiculté Rien ne s'estime ny se |)ris(',
(1) Var. de l'imprimé : 11 en l)rillc, il couche il sa porlo
(2) Id. : Je suis trompé si la cnielle |! N'est liicn lost prise en dépit d'elle. Cette stance est la dernière du Ms.
(3) Var. de l'imprimé : Car de faire un peu la cruelle
(4) Id. : N'est pas chose bien nouvelle.
S'il n'a esté bien disputé.
Ainsi nos peines et nos pas Font la gloire de nos combats (1).
Chevalier de Rivière (2).
Sur le hruil du mariage de François Sabatlier avec mademoiselle de Cosse.
Sabattier (3), nous dit-on, se vante D'avoir dessous son bonnet vert Bien finement mis à couvert Plus de vingt mille escus de rente Pour la maison Sabateius, Mot latin comme Cocceius.
Chanson ehaniée devant M. le prince de Condé durant une débauche.
AIR XXXII
Nouveau Germa nicus,
Vray sang de Charlemagne,
Tu les a donc vaincus
Os peuples d'Allemagne !
Et allons, petit chien de fripon.
Et allons Jean de Werth et Mercy,
Sçachez qu'il est Eourbon
Et de Montmorency.
(1) Ces deux dernières strophes ne se lisent pas clans le Ms., elles sont seulement à la p. 155 de l'imprimé suivant :
Nouveau recueil de chansons et Airs de Cour pour se divertir agréablement. A Paris, chez Marin Léché, 1656. In-12. Cette chanson se Ht aussi avec variantes dans le Recueil nouveau des chansons du Savoyard... 1665. In-12.
(2) M. Paulin Paris ne donne pas de renseignements sur la iamille du chevalier de Ri\1ère : ■ Pour le chevalier de Rivière, si célèbre par son esprit et ses vaudevilles, il se retira de la Cour en 1658, dans l'intention de finir ses jours en Guyenne son pays natal. Il avait, longtemps auparavant, acheté de Pierre de Piedefer, marquis de Saint-.Mard, la charge de premier gentilhomme de la Chambre dt» Monsieur le Prince. Ajoutons qu'en 1048, le chevalier de Rivière était chaml>ellan du Prince de Condé après avoir été gentiihonune de la Chambre.
(3) . Sabattier avoit fait banqueroute en 1639 ; il avoit épousé l'aînée de La Roche-Posay qui mourut bientôt. S'étant retiré en Bretagne, chez le duc de Brissec, mademoiselle de Brissac le trouva à son goût et l'aima si éperduement qu'on dit « qu'elle lui tiroit ses bottes •. Le bruit en courut quelque temps, maisils'appaisa jusqu'à la mort de Sabattier, qu'elle prit le deuil. » (Tallemanl, Historiettes, T. IV).
Il vient des ducs d'Enghien, De nos Roys par son père ; Mais il ne nuit de rien Qu'il tienne de sa mère, Et allons, petit chien de fripon...
C'est riiomme de Hocroy, Celuy de Thionville, Cousin de nostre Roy, Frère de Longueville, Et allons petit chien de fripon...
Sur r arrivée de Charles IV, duc de Lorraine, dont i armée était remplie d'espagnols (1652).
AIR XIX
Ils sont gens de parole.
D'honneur et de crédit ;
Ils ont force pistoles.
Nos messieurs de Madrid.
Mais si leur bon vin accompagne Piastres et doublons de poids,
Crions à haute voix
Avec nos Bordelois (1) :
Vive ce qui nous vient d'Espagne,
Hors la fille de leurs roys !
Sur Bréauté.
Quand Bréauté sortit de l'Oratoire (2) Il a prétendu Que n'estant plus de l'Institut Il pourroit chanter, manger, rire et boire. S'en est fait, le mal est sans remède, L'Amour et Bacchus échauffent ses désirs. Dans ses transports, il ne sçait que choisir Ou de Vénus, ou bien de Clanymède.
(1) La ville de Bordeaux s'était révoltée plusieurs fols en faveur de M. le Prime. Ce couplet est attribué au chevalier de Rivière et ;"» Blot.
(2) L'Oratoire avait été fondé par le cardinal de Bérulle. La bulle .lupprob:»tion fut donnée pai le pape Paul V. en 1613.
Anonyme.
Chanson (1650).
AIR XVIII
Ce qui cause la guerre en France A ce que dit sa Sainteté, C'est le pied de son Éminence, La mule de sa Majesté (1).
Ce qui cause la guerre en France A ce que dit sa Sainteté, C'est la jambe de l'Éminence, Et le bas de sa Majesté.
Ce qui cause la guerre en France A ce que dit sa Sainteté, C'est le doigt de son Éminence, Et l'anneau de sa Majesté.
Ce qui cause la guerre en France A ce que dit sa Sainteté, C'est la main de son Éminence, C'est le gant de sa Majesté,
Ce qui cause la guerre en France A ce que dit sa Sainteté, C'est le bras de son Éminence, Le manchon de sa Majesté.
Ce qui cause la guerre en France A ce que dit sa Sainteté, ]ji teste de son Éminence Le bonnet de sa Majesté.
Ce qui cause la guerre en France A ce que dit sa Sainteté, La lame de son Éminence, Le fourreau de sa Majesté.
(1) Sa Sainteté : Innocent X ; son Éminence : Mazarin ; sa Majesté : Anne d'Autriche.