VII. Une quantité misérable
De carrosses dont la moitié
Xe sont que Portraits de Pitié
Font un Tracas épouvantable (2) :
Un pauvre diable d'Arlequin
Chaussé d'un maigre brodequin
Sert de tout, de cocher, de laquais et de page,
Soit à la ville, soit au cours (3),
Et deux mules font l'attelage,
Qui n'ont mangé depuis deux jours.
VIII, Dans ce carrosse à l'agonie
Dom Quichot (4) pour se faire voir,
Se promène jusques au soir
Tout confit en cérémonie :
Son phaëton crie à la faim ;
Ses mules ont perdu leur Irain;
Il arrive au logis, et l'on sert sur sa table
Un triste oignon mal préparé,
Que le Sehor impitoyable
A bientôt cuit et digéré.
(i) Les Jésuites qu'on .appelle à Madrid Théatins, se font une aEFaive particulière aussi bien que le» Cordeliers et Capucins, de prêcher sur les places publiques et aux coins des rues, où il font des sermons à la Maillard et à la Barlette (de Bl.).
[1) Les espagnols soutiennent qu'il y a plus de carrosses dans Madrid quoique mcdiocreiueut grand que dans aucune ville du monde (de Bl.).
( J) Le Cours s'appelle à Madrid El Prado. C'est une promenade assez nïédiocre, bord<je de deux rangs d'arbres, avec quelques fontaines (de Bl.).
(4) Par Dom Quichot l'on entend chaque particulier ayant carrosse (de Bl.).
MAUUIU RJDICULt Hl
IX. lin ûoin Carlos de conséquence (i) Se fuit traîner à plus grand bruit:
Le nombre de gens qui le suit Marque son homme d'importance :
Dans un carrosse moins pelé De qualrc mules attelé,
Qui marchent pas-a-pas et selon leur pratique : Il se quarre comme un Jason Avec cet Ordre magnifique, Qui vient d'une sale Toison (2).
X. Plus loin j'appercoib une troupe De gens armés en Jaquemars (3), Chaque garde de leurs poignards Peut servir à manger la soupe :
Ueupade leur bat les talons,
La dague pend sur les rognons
D'une façon guerrière et presciue inimitable :
Mais je crois que ces hobereaux
Sont sujets à craindre le Diable
Ils ont des Croix sur leurs manteaux.
XI. Ce sont Chevaliers de Saint-Jaques Restes des anciens Visigots (4).
Gens fiers comme des Ostrogots
Et qui ne sont que des Veillaques (5) : Ceux-ci sont de Calatrava, Ces autres sont d'Alcantara (6),
U) Un Grand d'Espaj^ne, Chevalier de la Toison d'Or (de BIV U Philippe le Bon, Duc de Bourgogne, institua tordre de la lo,«on d Or à Bruges en 1429 à l'honneur d'une de ses maîtresses qui avoit le poil roux
*'*^3)'Los Chevaliers des n.oiadres Ordres sont fort communs en Espagne. Il y a peu de secrétaires ou d 'inlendans de grands Seigneurs qui ne soient
"'(I^Le: l^.^uols pour ,a plupart so disent descendus de ces derniers Visigots qui échappèrent à la bataille où leur Roi Dom Kodr.go pent. et se retirèrent dans les montagnes des Asturies (de Bl.)^
(5) Fe/7/a««r. en espagnol veut dire /;o//ron (de Bl.).
Ig) DeuK ordres de Chevalerie en Espagne outre ceux de la lo.son d o. e. de St Jacques (de Bl).
1"2 LE BORDKL ]>E8 MUSP^S
Tous plus nobles encor que n'est le Roy leur Sire (i)
Ces fanfarons me font pitié,
Car, Muse, puis qu'il faut tout dire,
Ce sont des Chevaliers à pié.