XIV. Voicy de toute la Castille
Le plus orgueilleux animal (3) Qui monté sur un beau* cheval Tient son corps droit comme une quille (4) :
(i) Les espagnols se vanlenl d'ôlre Hidalgos conte El liei, y poco mas; c est-à-dirc nobles comme le Roi et un peu plus (de Bl.).
{1} Les cari<;sses du Roi d'Espace sont faits comme nos coches de France, couverts d'une toile cirée verte et fort étroits (de Bl.).
(J) Le Clapilainc des Gardes qui sont en tout une quarantaine de liallebardiers en pourpoint et manteaux de méchante serge jaune, avec un polit galon cramoisi de la largeur d'un doigt (de Bl.).
(4) Les espagnols se tiennent fort droits à cheval, mais les genoux raccourcis jusqu'au pommeau de la selle, ce qu'ils appellent à la jeneta (de Bl.).
Les cheveux gras et bien lissés
Sur les oreilles retroussés,
La flamberge qui fend et menace la bise :
Pour contrepoids un grand poignard,
Le manteau d'une vieille frise,
Qui va flottant en étendard.
XV. Qui sont ces Barbes vénérables Qui marchent en procession ?
C'est la Sainte Im/nisition, Ce sont ses suppôts redoutables (i) :
Ouy, ce sont ces cruelles gens Qui font brusler tant d'innocens...
Mais il vaut mieux nous taire ou changer de langage : Quiconque seroit assez sot Pour pincer ces gens davantage Pourroit bien sentir le fagot.
XVI. Ce jour de malheureux augure, De plus d'un moine gros et gras Monté sur sa mule de pas (2) M'ofi're la grotesque figure :
Icy cette paternité Fait des Œuvres de Charité
Dont souvent le prochain reçoit douce allégeance (3) : Chacun luy vient baiser les mains,, Et de deux doigts sa Révérence Bénit le front des Sots Humains.
XVII. Mais vous, grands porteurs de marotte, Pauvres Cabrons (4), hommes de bien, Qui voyez tout sans dire rien, Pouri'cz-vous parer cette botte?
(i) On les appelle en espagnol Los Familiales I>el S'- Officia.
{1) En Espagne les moines sont presque loujours sur des mules (de Bl.).
(3) La plupart des moines d'Espagne servent d'étalons et de maquereaux, et lorsqu'ils vont par la ville, quantité de gens se présentent devant eux pour recevoir la Bénédiction.
(4) Cabron eu Espagnol veut dire un cocu conimnde i-l c est la plus graudr injure qu'ils puissent se dire entre eux (de Bl.|.
\ous estes avides d'argent;
Vos femmes qui n'ont que du v(Mit,
Paroissent tous les jouis plus richement parées :
D'où vient ce grnnd nombre déçus
Qui les fait aller bien dorées?
Dites, parlez, pauvres (locus !
XMII. Xe pensez pas qu'on vous oublie
Vieux jaloux tout composés d'yeux (ij!
L'original est curieux,
J'en veux tirer une copie :
Combien endurez-vous de maux?
Vous n'avez jamais de repos;
Vous ne sauriez souffrir seulement qu'on grimace
Une femme ayme l'entretien,
Eh! que voulez-vous qu'elle fasse?
Vous ne luy faites jamais rien.
XIX. Place, place aux peaux tavelées (y), Ces visages de chappelet,
Plus maigres qu'un vieux Récolet,
Avec leurs caboches pelées :
Leur sang trop chaud s'est morfondu,
Ou c'est l'air qui l'a corrompu,
Et qui dans ce Pays engendre la vérole ;
Suez-la bien, vilains Punais,
Je vous engage ma parole
Que vous n'en guérirez jamais!
XX. Malheureux esclaves du vice, En fans malades de Cypris, Tout aura part dans mes escrijs Jusqu'au chancre et la chaude-pisse :
Messieurs du Prado, pour avis Tenez-vous rarement assis,
(1/ Les espagnols aussi bien que les Italious son. honiblomenl jaloux de
véro et leurs fe±r'" r'^'™''"^' ^"'^'^ "^'^^^^"^ P-^^- »-- -ec lu pa ; d la ". :Td Vrr " ^"--~^--» <]-' 'es au.es fe.xnes
Abandonnez le vin, truffes, épice et carde : Tenez bien vostre gravité.
Et surtout lors qu'on vous regarde Marchez en Gens de Probité.
XXI. Tendres sujets de leur envie, Beaux Anges (i) qui les guérissant D'un amour qui rend languissant, D'aise semblez perdre la vie :
Ames sensibles, leurs écus
Sont ce que vous aymez le plus,
Et le premier objet de toutes vos caresses •
Sans cet attrait, il pourroit bien
Vous pousser de belles tendresses,
Que vous seriez Femmes de Bien.
XXII. Canailles qui vivez du vice, Recors infâmes et mutins, Alguazils (2), troupe de lutins, Des malheureux cruel supplice!
Estrange et dernier fléau de Dieu, - N'attendez pas que dans ce lieu
Je veuille éterniser vostre horrible mémoire ! Quelques vilains que soient mes traits, Mon encre n'est pas assez noire Pour tracer vos chiens de portraits,