XLV. Enfin après maintes lavûres
On me rend net comme un denier;
Dom Francisco (i) tout le premier
M'apporte quelques confitures:
Il fait servir le chocolâ,
Il me raille sur la Duegna,
Et je prens, malgré moy, le tout en patience :
Ensuite il me fait mettre au lit
Où sur ma malheureuse chance
Je rêvasse toute la nuit.
XL VI. Madrid, cloaque d'immondices!
Séjour détestable et puant!
Dont plus d'un Prince Chathuant (a) Faisoit autrefois ses délices :
Je voudrois par cent traits divers Te tinipaniser dans mes vers.
(i) C'est le nom d un chevalier de Calatiava, ami de l'auteur (de Bl.,. (2) Philippe H, Philippe IH. et Philippe IV étoienl des princes fort laid^ ils aimoient exlrêmenienl le séjour de .Madrid (de Bl).
On ne hunio chez toy que merde ou que poussière Puis qu'il faut avoir sous le nez A tout moment la tabatière Pour n'estre pas empoisonné.
Xf>VII. Muse, finissons la peinture, Et quittons cet infâme lieu ; Moines. Cocus, Duegnas, adieu.
Demain je cherche une monture :
Pluslosi que de n'en pas sortir, Belzebut me viendroit quérir, Et j'aymerois autant estre dans son empire : Tant i'ay pour vous conçeu d'horreur...
J'aurois mille chose à dire, Mais l'abondance me fait peur.
VIRELAY".
Le garçon est pour la fille^
La fille pour le garçon;
Quoy qu'on fasse, et qu'on babilh
Ce n'est ma foy que vétille.
Que mystère et que façon :
Le filet est pour l'éguille,
Et le trou pour la cheville.
La limace a la coquille,
La coquille au limaçon :
Le garçon est pour la file,
La fille pour le garçon.
Le manche pour la faucille,
Et la balle pour la grille ;
Le fil pour la cannetille,
Et le pommeau pour l'arçon ;
L'appas est pour l'hameçon,
Le bout pour le nourrisson,
Et l'oyseau pour le buisson :
Fa le garçon pour la fille.
La belouse est pour la bille,
Et la boule pour la quille ;
La marge est pour l'apostille,
La gayne à l'estra maçon ;
Pour le corps la souquenille,
Et pour le bras la mandillc;
Pour le cul le caleçon,
(0 Ce vireloY avait paru pour la première fois dans Les œuKies cualières ou pièces galantes et curieuzes de M' li. D. H.. Cologne. Pierre du Marteau. 167 1 (voir Bibliographie, A7). On ipnorc la date de «a composition, mais Claude Le Petit ne l'avait pas recueilli dans son Hordel des Muses.
186 VIRELAY
Et pour le pied le chausson :
La fille pour le garçon .
Pour le gueux est hi guenille,
Pour le goutteux la béquille,
Pour le beuvcur la boisson.
Et pour la truye le son ;
Pour Tenragé la manille.
Pour le frondeur la Bastille,
Et pour le Roy la Castille :
Et le garçon pour la fille.
La truelle est au maçon,
La coupe pour l'échanson,
Et la cloche pour le son ;
La géline est pour le drille,
Et le choux pour la chenille,
Et l'argent pour qui le pille ;
Le cheval est pour l'étrille,
Et pour le caparasson ;
Le tillac est pour la quille,
La cage pour le pinçon,
Et l'étang pour le poisson,
Et Tante pour l'écusson.
Et lépy pour la moisson ;
Le rocher est pour l'anguille :
La fille pour le garçon.
Quand je voy Nymphe gentille
De belle et bonne façon,
Qui se frise et se tortille,
Se dresse et se recoquille.
S'habille et se deshabille.
Puis se mire et se morcille.
Se parfume de pastille.
Ou d'ambre, ou bien de jonquille,
.le ne suis pas un Gerson,
Qui censure et qui vétille,
Qui gromelle. qui nazille,
Ny qui fasse de leçon ;
Qu'elle danse, qu'elle brille.
Se culbute et se brandille,
(Qu'elle fourmille et frétille.
VIRELIT
Qu'elle sautille, ou pétille
A rompre le cannecon ;
Qu'elle boive la roquille
Chez Boussingaut ou chez Guille (i),
Qu'elle vendange et grapille,
Qu'elle croustille et broutille
La salade ou la morille,
La macreuse à la lanfille,
Ou la poularde au cresson ;
Qu'on la baise ou la houspille,
Qu'elle folastre ou gambille
Avec Gautier ou Garguille,
Avec Perette ou Lucille,
Ou Brusquet, ou Bruscambille,
Panurge, ou Bringuenarille.
Ou Castelan ou Fourille,
Elle n'est point un glaçon :
Le garçon est pour la file,
La fille pour le garçon.
Si la fille point ne fille,
Ny n'enfle point sa roupille.
Et ne cause ny soupçon,
Ny murmure, ny bisbille,
Ny querelle, ny castille.
Dans une honncstc famille:
Une telle peccadille
Ne vaut pas qu'on en sourcille :
Le irarcon est pour la fille,
La fille pour le garçon.
Qu'on nie frotte, qu'on métrille.
Qu'on me berne, qu'on me quille.
Qu'on me brûle, qu'on me grille.
Qu'on me pende, ou me pendille,
.le diray cette chanson :
Le gavion est pour la fille,
La fillf pour le garron.
APPENDICE