M. DC. LXII
^ucc PriuHege du Roy,
L'Heure du Berger, comme Jj Escale de Hntcrcst, a obtenu un pi ivilège en règle, elle n'a été robjet d'aucune mesure de police sous Louis Xl\ , avant comme après le supplice de Claude Le Pelit. Moins heureux sous Napoléon III, ce petit roman, qui raconte une aventure amoureuse de ce Wbertin, a été compris dans les poursuites intentées au libraire Gay en i863 et i86/»pour la publication de livrets rares et curieux, poursuites qui se sont terminées par la condamnation de leur éditeur à quatre mois de prison et 5oo francs d'amende. ////.«»;•/' du Bcri^cr n'avait été tirée qu'à loo exemplaires.
Nous avons mis en italique les passages incriminés.
50 l'heure du berger
KPfSTRl- Dl'DICATOIHi:.
A Monseigneui", Monî^ieui', ou \ressii'e Zoroltahel Pirondeski, Liber Daro Aiifr Camploskov, GralF von Koxiska iint Chifrisko, colonel d'un Régiment do Wisigols ponr le service de son Altesse Serenissinie (Ihiniin lanos, Deniy-Dne de Transilvanie, et Premiet' Valet de Gardorobe (k- dt-luiit Monsieur sou pèi'c Ragoski, etc. ( i).
J'avois composé la plus belle Lettre de Constance qu'on ait jamais faite pour une Personne qu'on n'a jamais veiie, et je n'en attendois rien moins qu'une de Change de cinq à six cens rixdalles (car je ne m'adrcssois pas à un Gueux comme vous pouvez juger par récliantillon), mais comme nous sommes tous njortels, et que tel qui mange aujourd'huy des Ortolans sera demain rongé des vers : Par le plus grand mallieur de la Terre pour moy, et encore plus pour lu}', mon pauvre Meccnas a pris la peine de se laisser mourir, et justement (témoin Renaudot en sa Gazelle numéro 57'ij)) comme on achevoit d'imprimer la dernière feïiille de mon Livre à Paris en France, a rendu le dernier souspir de sa vie à Brcslaw en Silezie, au grand regret de ses Créanciers, et au grand plaisir de ses Héritiers. De sorte qu'estant maintenant dans un estai, où il a plus besoin de Prières que de Louanges et d'Epilaphes que de Panégyriques, j'ay fait de mon Hpistre dcdicaloire un sacrifice mortuaire à ses Mânes, et suis présentement sol comme un Mousquetaire qui a ^>ris un rat devant le Roy (car de dire comme un Fondeur qui a fondu sa Cloche devant celuy qui l'a fait faire, ce seroit ne servir que d'écho à Scarron qui s'en est servy une fuis fort à propos), avec un Livre à vendre ou à donner au plus offrant et dernier enchérisseur. J'aurois cpiazi dessein de chercher ailleurs mon mieux : Le Monde est si grand qu'il me semble que je n'aurois pas grandpeine à trouver un Protecteur vivant qui valut le trépassé et haye au bout. Mais de peur de tomber de fièvre en chaut mal, et de changer mou cheval borgne en un aveugle tout à fait, j'ayme mieux me tenir comme je suis, et ne dédier ny moy nv mon l^ivre à personne. Ne vous fâchez donc point, Messieui-s les Lecteurs, si vous ne trouvez point icy d'Epistre dédicaloire, la Pai-que vous fâchera assez sans cela. Vous voyez bien (|ue ce n'est pas ma faute; c|ue j'ay fait ce (jue jay pu pour bien faire, et que je ne pouvois pas
(1) Celle dédicace serait, dit .M. (iustave Brunet, un des premiers spécimens de ces épîlres dédicatoires plus ou moins facétieuses, dont la littérature badine du wiii» biècle nous ofbe plusieurs exemples.
LHKURK nu BEnGKH 51
m'adiesser à un Seigneur pins qualifié. Mais puis que Dieu a voulu que mon Heure du Jîcr^^cr se rencontrât avec l'Heure clr sa Mort, je crois que vous le voudrez bien aussi. 11 ne vous sera pas hien difjicile devons consoler de retle perle, car c'est autant de peine épargnée pour vous; il n'y a que nioy misérable qui en ay dans l'aisle, et qui en liens pour mon compte : cai* oulie la peine d'avoir travaillé pour le Turc, outre la douleur d'avoir vu mourir mon Mécène à la veille de son Immorlalilé, et de me voir haut et puissant Seigneur, ay encore le desplaisir d'estre si enrumé que j'aurois toutes les peines du monde à me faire entendre, si l'on parloit à la fin des Lettres quand on dit : Je suis vostr»très-luinible et très-aU'eciionni; Serviteur.