NOTICE
Nous avons complété le Bordel des Muses par le J^aiis ridicult^ (1668) et par le Madrid ridicule {i- l'i), ces deux poèmes burlesques en faisant partie, mais est-ce bien le texte du Madrid ridicule de Claude Le Petit que nous reproduisons? C'est probable, bien que ce Madrid ridicule ait été imprimé sous le nom du sieur de B***. Voici ce que dit la préfiice de l'éditeur du volume : Rome^ Paris et Madrid ridicules avec des remarques historiques, et un recueil de poésies choisies. Par M. de B"*. A Paris chez Pierre le Grand, M.DCC.XIII (1713), in la.
« Celui qui a bien voulu me les communiquer {Rome ridicule et Paris ridicule] y a joint le Madrid ridicule, Poème de sa façon, de môme nature que les deux autres et qui n'avoit jamais été imprimé. 11 le fit à Madrid il y a i5 ou 16 ans, lorsqu'il y étoit Secrétaire d'une ambassade considérable... »
L'attribution est formelle et précise, elle s'applique, sans aucun doute, au sieur de Blainville, réfugié aux Pays-Bas en 168G, à l'époque de la révocation de l'Edit de Nantes et qui était secrétaire de l'ambassade des Etats-Généraux de Hollande à Madrid dès i6c).'i(i) sous Van Citter.
Mais ceci acquis, s'en suit-il que le Madrid ridicule el les poésies mises sous les initiales de B*** lui appartiennent en propre? Pas le moins du monde. Il suffit d'examiner les deux éditions qui les reproduisent pour être fixé sur leur origine.
La première Rome, Paris et Madrid ridicules..., iy\3, porte le nom d'un libraire imaginaire : Pierre le Grand. Le volume a-t-il été imprimé à Paris ou en province sur des presses clandestines? a-t-il vu le jour en Hollande? Nous l'ignorons. Cette première impression défavorable ne s'atténue pas, au contraire, si nous nous arrêtons aux pièces données au sieur de B**' ; lit encore, ii côté de morceaux qui peuvent lui appartenir, il en est d'autres qui sont de poètes, connus, par exemple les stances de Scarron sur le portrait de mademoiselle Du Lude : Bel enfaut de quinze ans dru comme
(i) Travels llirou^li HoUitiiil, (iermany, Swit/erlaïul. Hiit cspocially llaly by the late Monsieur de Blainville, sonietinie Seeretary lo the Knihassy of llie States-. Geueral at llie Coiiit of Spaiu. In \hvau vulunics, trunslaled Iroin ihe Author's Manusciipt. f.ondDn, John Noon et JosephNoou. 1757. i vol. in-4' (.\).
père et mère; deux madrigaux de Monlreuil : Depuis le triste jour que je vis sous s>os lois; Urgande (Chris) <) vingt ans estait belle, etc., etc (i).
Mais il va mieux si c'est le même colleotour qui, l'année suivante, a donné une seconde édition — diminuée — des poésies du sieur de B*" : Les œuvres diverses du S"^ D*** augmentées de Rome, Paris et Madrid ridicules, avec des Remarques Historiques, et un Recueil de Poésies choisies. Par M' de B... A Amsterdam, chez Frisch et Bohm, Marchands Libraires. M.DCC.XIV iJHk), 2 vol. in-1.2. La fraude prend, en ell'et, dos proportions qui seront difficilement dépassées : Le tome premier contient une Préface (en partie celle àe?, Discours satyriques de Louis Petit, de Rouen, 1686), un discours en vers Sur le bonheur de la vie champêtre, la satires (onze de Louis Petit), 10 épîtres (une de Louis Petit), des stances (de Louis Petit), sonnets, etc., le Portrait [eïwcvs) d'Iris des Divers portraits, 1659, sig. P., et atribué à Perrault (il est peut-être de Louis Petit), une lettre à madame de F., en lui envoyant un portrait naïf de moimême avec un sonnet des Pièces diverses de 1668, du Président de Métivier, des imitations de quelques odes d'Horace et de quelques épigrammes de Martial qui figuraient dans les poésies du sieur deB***, i^i3,et qui lui sont ainsi enlevées; le tome second renferme : VArt d'aimer, en vers, imité d'Ovide, le Remède d'Amour traduit d'Ovide, des fables et contes dont un conte Les Frayeurs se retrouvera dans les Œuvres diverses de Vergier, 1726. A la p. lyg commencent les poèmes : Borne, Paris et Madrid ridicules suivis des Poésies du sieur de B***, de 17 13, amputées, bien entendu, des imitations (T/forace et des épigrammes de Martial.
La conclusion a tiier de nos constatations est celle-ci : Nous sommes en présence d'un collecteur — un libraire ou le sieur de Blainville — ayant réuni, sous un titre destiné à retenir l'attention, une série de pièces de différents auteurs.
Si c'est un libraire, il a pu avoir communication de papiers appartenant au sieur de Blainville, mais il h'a su ni pu distinguer ce qui était original de ce qui n'était que copie ; \e Madrid ridicule et les vers de Paul Scarron et de M. de Montreuil sont de cette dernière catégorie. Notre hypothèse se vérifie par le fait, déjà signalé, que, dans l'édition des Œuvres diverses du sieur /)***, 1714» 'e
(i) Ces trois pièces avaient paru dans la Troisième partie du Recueil de Sercy, 1606.
NOTICE <,yij
collecteur, mieux renseigné, a enlevé les imitaliuns d'Horace <l l:i traduction des épigrammes de Martial Ag 171 3 du bagage poétique du sieur de Blainville qui, d<? ce ehel', se trouve très sensiblement réduit. Enfin le titre môme : Œii\>ren diverses du sieur D'" , indiquait nettement la volonté de créer une confusion avec les Œuvres du sieur Z)"* fDcspréauxj, petite sujiercherie d'éditeur!
Si c'est le sieur de Blainville, il ne mériterait aucune créance, s'étant emparé du bien d'autrui chez Scarron et chez Montreuil. mais, hâtons-nous de le dire, il ne doit pas être incriminé, car il n'aurait eu aucune raison de publier les Œuvres diverses du sieur D**' !
Pour nous, le sieur de Blainville a peut-être rapporté de Madrid une copie du poème de Claude Le Petit, il l'a annotée au même titre que celles du Paris ridicule et de la Home ridicule; un libraire l'a reçue de lui ou de tout autre personne et l'a mise au jour dans les conditions que l'on sait en se méprenant sur le nom de l'auteur du Madrid ridicule.
Le Bordel des Muses
uii les
neuf Pucelles putains.
Caprices satyriques de Théophile le jeune, divisés en quatre parties.