Les charmes de la fiction
lUO CMAL'LIEU
Qu'à ses traits, sa gentillesse, Et qu'à mon émotion Je reconnois ma Déesse !
C'est l'Imagination,
Reine aimable des mensonges, Viens-tu, Mère des erreurs.
De l'yvresse où tu nous plonges.
Me rappeler les douceurs?
Ton brillant et la jeunesse Pour moi sont hors de saison :
Laisse en repos ma Vieillesse Suivre à la lin la Raison.
Non, Déesse; je m'égare :
Reste toujours avec moi.
Quoi que le Sort nous prépare, Nous le bravons avec toi.
L'amertume du Calice Par toi se change en douceurs; Et les bords du précipice Par toi sont semés de fleurs.
Tu peux, quand la Destinée Nous réduit au désespoir, Prêter à lame étonnée Ta façon de concevoir, Qui du courage héroïque Fait le généreux elFort Et dans une âme stoïque* Fait le mépris de la mort.
C'est par toi, divine Fée, Qu'au sein même du repos ^ L'essor seul de la pensée Faitéclore les Héros, C'est toi qui les illumines Par la beauté des objets; Et seule les détermines A tous leurs vastes projets.
Ta divine frénésie Pouvoit seule' enfler le cœur De ce Grec, qui de l'Asie Osa devenir Vainqueur.
i. 1724 : Et dans l'âme du stoïque.