RÉPONSE A UNE BALLADE DE MADAME DESHOULIÈRES
dont le refrain étoit :
On n'aime plus comme on aimoit jadis '
Dans les siècles passés, quand l'amoureuse llamme
Avec quelque vivacité
Pressoit une jeune Beauté L'Amant qui lui plaisoit en faisoit une femme.
1. Celle pièce a paru pour la première fois dons le Noiiv. choix de pièces de poétie, 1715, r* p., sous la sitriiature de La Fare; elle se lil égalemenl dans les Œuvres de Pavillon. — Voir a la p. 52 de la notice biographique de madame Deshoulières.
C'est ainsi qu'on aimoil dans le temps d'Amadis : Dune manière si commode Nous n'avons pas perdu la mode :
On aime encor comme on aimoit jadis.
Le beau sexe autrefois pour la galanterie, Prenoit In fine fleur de la Chevalerie ;
Il lui falloitdes Paladins:
Aujourd'hui ce n'est pas de même; Il met tout en usage, et jusqu'aux Baladins : On n"a jamais tant aimé que l'on aime.
Nos Pères qui vivoient dans un siècle peu fin, Ne vouloient qu'amour et simplesse, Et sur le fait de la tendresse Alloient toujours leur grand chemin.
Us cherchoient à se satisfaire; Et sans toucher au bien d'autrui Se contentoient de l'ordinaire :
On n'aimoit point comme on aime aujourd'hui.
Jadis du moment qu'une Belle, Avoit subi le joug de quelque bon Gaulois,
Dût-elle enrager de son choix.
Il l'jiUoit qu'elle i'ùt fidelle.
A présent on fait grâce à leurs divins attraits.
Les femmes sur cette matière
Ayant indulgence plénière,
En usent toutes de manière Qu'on aime plus que Ton aima jamais.
Au bon vieux temps, Dieux! quels supplices!
L'Amour ne trouvoit que rigueur;
On payoit la moindre faveur
D'une éternité de services.
Aujourd'hui nul en vain ne paroît enflammé.
On nallend point la l'écompense
Dune triste persévérance; On est payé comptant, et souvent par avance: On aime mieux qu'on n'a jamais aimé.
Sous l'antique et triste esclavage
D'un honneur sottement placé.
Un pauvre cœur, le temps passé,
Etoit, à la fleur de son âge.
Impitoyablement forcé
De s'en tenir au mariage.
Nous sommes aujourd'hui sous de plus douces loix; Nous suivons nos désirs ; et sans pudeur aucune,
228 LA FARF-, POÉSIES
Chacun, comme il lui plaît, vit avec sa chacune : On aime plus qu'on aimoil autrefois.
On ainje à droite, on aime à gauche; Par-toul en liberté l'on conte ses raisons, lîien chez nous aujourd'hui ne s'appelle débauche, El l'Amour est enfin de toutes les saisons.
('.hacun en prend sans se contraindre;
Et je ne vois que les maris.
Oui puissent justement se plaindre :
(Ju'on aime plus que Ton aimoit jadis.
\ ivez, heureux Sujets de l'amoureux Empire; Dans ces jours fortunés où tout vous est permis; Suivez les mouvements que le temps vous inspire, Et soyez à l'Amour sans réserve soumis. Va vous, jeunes Beautés, il est de votre gloire De faire ici mentir vos plus grands ennemis. Commencez chaque jour quelque galante histoire ; Et par le nombre enfin de vos tendres amis, Confondez les rêveurs, qui veulent faire croire Qu'on aime moins que 1 on aimoit jadis.